Geely en visite à Viry et Bourges : « Des perspectives se dessinent » selon Sinault

Si l’aventure d’Alpine en Hypercar s’arrêtera fin 2026, Signatech s’active pour trouver un repreneur dès 2027 et éviter une année blanche. Selon les informations exclusives d’Endurance24, les discussions avec le géant chinois Geely, dont des émissaires ont récemment visité les sites de Viry-Châtillon et de Bourges, vont bon train.

Les 24 Heures du Mans marquent traditionnellement le point de bascule où se dessinent les saisons futures, et le dossier Signatech / Alpine n’échappe pas à la règle. Depuis la classique sarthoise, les négociations se sont intensifiées, culminant avec la venue en France de représentants de Geely. Le huitième constructeur automobile mondial (propriétaire de Lotus, Volvo Cars, Polestar ou encore Lynk & Co) n’a pas fait le déplacement à moitié. Ses équipes ont visité les deux sites névralgiques du programme : Viry-Châtillon, où est développé le V6 turbo Mecachrome de l’A424, ainsi que Bourges, le camp de base de Signatech qui abrite les ateliers, le simulateur et les moyens d’exploitation.

Le groupe chinois n’arrive d’ailleurs pas en terrain inconnu. Geely collabore déjà étroitement avec le groupe Renault au sein de HORSE Powertrain, leur coentreprise dédiée aux moteurs thermiques et hybrides lancée en 2024. Une proximité industrielle (les deux groupes détiennent chacun 45 % des parts aux côtés de Saudi Aramco) qui donnent du sens à ces discussions

Le ton a changé

Interrogé par nos soins, Philippe Sinault n’a pas souhaité confirmer l’identité de ses interlocuteurs, sans pour autant minimiser la portée de cette visite : « Je ne cautionnerai pas le nom que vous pourriez me donner, mais en tout cas, il y a quelqu’un qui a pris le temps de regarder précisément qui on était, ce qu’on faisait, que ce soit à Viry ou à Bourges. Ça me fait dire qu’on travaille sérieusement sur des perspectives. »

© Marian Chytka / MCH Photography

Pour qui suit ce dossier de près depuis le début de la saison WEC, le contraste est saisissant. Pendant des mois, la rumeur d’un rapprochement avec BYD a circulé, née d’une visite du constructeur chinois à Viry-Châtillon au premier semestre. Interrogé spécifiquement sur ce point par nos confrères américains lors du pesage des 24 Heures du Mans, Philippe Sinault avait d’ailleurs joué la carte de la transparence en confirmant l’existence de ces discussions. En coulisses, toutefois, l’information passée aux équipes visait à temporiser : le mot d’ordre était de qualifier ces bruits de couloirs de simples rumeurs journalistiques, tout en glissant que d’autres pistes étaient étudiées en parallèle.

Aujourd’hui, le registre n’est plus le même : « Le fait qu’on discute, qu’il y ait des rendez-vous et des échanges réguliers, ça crée forcément de la confiance. Si après Le Mans il n’y avait pas eu de discussions dans la continuité, j’aurais tendance à te dire que c’est non. La bonne chose, c’est qu’il y a des perspectives qui se dessinent. Maintenant, il n’y a aucune certitude, et très honnêtement, je n’ai pas le droit de donner un pourcentage de chances. Mais suite aux résultats du Mans, et aux entrevues qu’on a eues là-bas, on discute et on commence à rentrer plus profondément dans ces perspectives. On est tenus par le temps, donc on veut aller vite. »

Qualifiant ces contacts de « récents », Philippe Sinault ne cache pas son soulagement : « C’est rassurant parce que ça existe. Très honnêtement, avant Le Mans, il n’y avait pas grand-chose qui existait. » Signe de l’urgence qui entoure le calendrier, le patron de Signatech n’hésite pas à bousculer son propre agenda : « Si aujourd’hui [mercredi 8 juillet, ndlr] je ne suis pas à São Paulo avec les équipes et que j’ai décalé mon départ, c’est aussi pour travailler sur ces sujets. C’est mon quotidien, particulièrement en ce moment. »

© Fabrizio Boldoni / DPPI

Pour 2027, le temps presse

L’enjeu de ces tractations est vital : garantir la continuité du programme dès 2027. Toute interruption marquerait un coup d’arrêt fatal pour les compétences humaines et les infrastructures en place, qu’il serait ensuite très difficile de remobiliser. « J’espère sincèrement qu’on aura des choses à dire courant de l’été, avant sa fin », souligne Sinault, qui confirme y consacrer « beaucoup de temps avec les équipes de Viry-Châtillon, et on étudie les pistes sérieuses qui se présentent à nous, pour essayer d’apporter des réponses et des certitudes à nos équipes, à nos partenaires, à tout le monde, le plus rapidement possible. »

Sur le plan opérationnel, l’architecture de cette transition existe déjà. Signatech possède l’autonomie nécessaire, les cinq châssis A424 existants appartiennent toujours à Alpine Racing, et sur le plan technique, ORECA se tient prêt à embrayer.

Le point de vue d’ORECA

Partenaire d’Alpine pour la conception du châssis, la faisabilité d’un tel scénario serait-elle possible pour ORECA ? Rémi Taffin, directeur d’ORECA Motorsport nous a répondu méthodiquement : « Un constructeur peut-il s’engager en LMDh aujourd’hui et s’appuyer sur un travail déjà réalisé par un autre constructeur ? Oui. S’il souhaite racheter Alpine et ses voitures pour baser son projet dessus, c’est son choix. ORECA serait-il en mesure de fournir des pièces sur ce type de programme ? Oui. » Il rappelle toutefois une limite réglementaire stricte : « ORECA ne peut pas s’engager en Hypercar sous son propre nom. »

Remi Taffin © MPS Agency

Quant aux délais nécessaires pour adapter la carrosserie à l’identité visuelle d’un nouveau blason, tout dépendra du curseur esthétique : « Retirer des éléments distinctifs [comme les feux arrière en forme de A fléché, ndlr] ou changer une couleur, c’est une question de jours. Mais si l’on doit intégrer de nouveaux éléments stylistiques impliquant de revoir une carrosserie complète, alors oui, c’est un an de travail, un projet LMDh à part entière. »

Les contours d’une reprise se dessinent. L’intérêt de Geely, combiné à la réactivité technique d’ORECA et à la structure autonome de Signatech, montre que la survie du programme dès 2027 est un scénario plus que crédible. Reste désormais à transformer l’essai.

Prochainement sur Endurance24 : l’interview complète et exclusive de Philippe Sinault.

Florian Defet

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club