Toyota fait tomber Ferrari et renoue avec la victoire aux 24 Heures du Mans !

Au terme d’une 94e édition des 24 Heures du Mans particulièrement disputée, le constructeur japonais s’est imposé grâce à la Toyota TR010 Hybrid n°7 de Kamui Kobayashi, Mike Conway et Nyck de Vries. Quatre ans après son dernier succès dans la Sarthe, Toyota signe un retour au sommet en devançant la BMW M Hybrid V8 n°20 de BMW M Team WRT et la Toyota sœur n°8.

Cette édition 2026 restera comme l’une des plus ouvertes de l’ère Hypercar. Pendant près de 24 heures, Cadillac, BMW et Toyota se sont rendus coup pour coup, les écarts n’excédant jamais quelques dizaines de secondes malgré un rythme particulièrement soutenu.

Une stratégie décalée dès la première heure

Rien ne semblait sourire à Toyota au départ. Qualifiées seulement aux 14e et 15e places sur la grille, les deux TR010 Hybrid ont immédiatement emprunté une voie différente. Dès la première heure, Mike Conway sur la n°7 et Sébastien Buemi sur la n°8 choisissaient de décaler leur stratégie en s’arrêtant respectivement après huit et neuf tours seulement. Une approche audacieuse qui leur permettait de gagner progressivement du terrain grâce à des ravitaillements énergétiques plus courts que leurs rivales directes.

Discrète durant toute la semaine, la firme japonaise révélait alors son véritable potentiel. Alors que Cadillac Hertz Team JOTA et BMW M Team WRT se partageaient régulièrement les commandes, les deux Toyota restaient systématiquement au contact.

Rapidement, il apparaissait que la hiérarchie observée en qualifications ne racontait pas toute l’histoire. Les Cadillac et les BMW demeuraient les références sur un tour, mais Toyota affichait une régularité redoutable sur les longs relais.

Cadillac et BMW imposent le rythme

Cadillac semblait pourtant disposer de la meilleure carte. La n°38 de Jack Aitken, Earl Bamber et Sébastien Bourdais a longtemps dominé les débats, multipliant les relais de référence et s’installant solidement aux commandes de la course durant la nuit.

Mais peu après la mi-course, un problème de direction assistée est venu anéantir les espoirs de l’équipage. Longtemps deuxième puis leader potentiel, la Cadillac n°38 a finalement abandonné, laissant un goût amer à Sébastien Bourdais qui tenait probablement l’une de ses meilleures occasions de s’imposer enfin au Mans.

La Cadillac sœur n°12 de Norman Nato, Louis Delétraz et Will Stevens reprenait alors le flambeau. Elle semblait capable de mener la lutte jusqu’au bout avant qu’une pénalité pour excès de vitesse en Slow Zone ne vienne compliquer sa tâche dans les dernières heures.

Face à elles, BMW M Team WRT apparaissait comme l’adversaire le plus dangereux. Grâce à sa stratégie à 13 tours et à une gestion agressive de l’énergie, la n°20 de Sheldon van der Linde, René Rast et Robin Frijns s’est régulièrement retrouvée aux avant-postes.

À moins de six heures de l’arrivée, la BMW possédait même une trentaine de secondes d’avance sur la Cadillac n°12 et plus de quarante secondes sur la Toyota n°7.

Le tournant des neutralisations

La course a cependant basculé à plusieurs reprises au gré des interventions de la Direction de Course. La deuxième période de Safety Car, provoquée par la spectaculaire sortie de piste de la Porsche Manthey n°91 d’Ayhancan Güven dans les Hunaudières, a totalement relancé les débats. Les écarts construits pendant plusieurs heures ont été effacés et Toyota s’est retrouvée de nouveau au cœur de la lutte pour la victoire.

Quelques heures plus tard, un Full Course Yellow provoqué par l’arrêt de l’Aston Martin n°27 allait encore redistribuer les cartes. Profitant parfaitement de la séquence des arrêts, la Toyota n°7 récupérait les commandes de la course tandis que la BMW n°20 et la Cadillac n°12 perdaient une partie de leur avantage stratégique.

À ce moment-là, Toyota avait repris l’initiative.

Une dernière heure sous haute tension

La dernière heure a offert un final haletant. Kamui Kobayashi menait alors avec une vingtaine de secondes d’avance tandis que Sébastien Buemi occupait la deuxième place avec la Toyota n°8. Derrière lui, Robin Frijns revenait rapidement grâce à des pneumatiques plus frais sur la BMW n°20.

Le Suisse allait pourtant jouer un rôle déterminant dans la victoire de Toyota. Malgré des pneus ayant déjà effectué trois relais, Buemi résistait pendant de longues minutes aux assauts du pilote BMW, permettant à Kobayashi de conserver une avance confortable en tête.

Ce n’est qu’à 15h13 que Frijns parvenait finalement à trouver l’ouverture, réalisant un dépassement spectaculaire à l’extérieur des virages Porsche pour s’emparer de la deuxième position.

Le mal était toutefois déjà fait pour BMW. Pendant ce temps, Kobayashi gérait parfaitement son dernier relais et conservait une marge suffisante pour rallier l’arrivée en vainqueur.

Kobayashi, Conway et De Vries entrent dans l’histoire

Kamui Kobayashi franchissait finalement la ligne d’arrivée avec une dizaine de secondes d’avance sur la BMW n°20. Cette victoire revêt une saveur particulière pour l’équipage de la Toyota n°7. Mike Conway et Kamui Kobayashi retrouvent le chemin du succès mancelle cinq ans après leur victoire de 2021, tandis que Nyck de Vries décroche son premier succès aux 24 Heures du Mans dès sa troisième participation dans la catégorie reine.

Toyota signe également un double podium grâce à la troisième place de la n°8 de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryo Hirakawa.

Pour BMW, ce résultat marque néanmoins un tournant important. Le constructeur bavarois décroche son premier podium au classement général au Mans depuis sa dernière victoire en 1999.

Cadillac frustrée, Ferrari impuissante

Cadillac doit finalement se contenter de la quatrième place avec la n°12. Malgré une performance de premier plan pendant une grande partie de la course, le constructeur américain n’a jamais réussi à retrouver son élan après sa pénalité et les différentes neutralisations.

Triple vainqueur en titre, Ferrari AF Corse n’a jamais semblé en mesure de défendre réellement ses chances de victoire. Handicapées par une Balance de Performance moins favorable et un déficit d’accélération souvent évoqué par ses pilotes durant la semaine, les Ferrari 499P ont évolué en retrait du trio de tête.

L’équipage champion du monde composé d’Alessandro Pier Guidi, James Calado et Antonio Giovinazzi sauve néanmoins une cinquième place après une course solide mais sans véritable opportunité de jouer la gagne.

L’Alpine A424 n°35 de Ferdinand Habsburg, Charles Milesi et Antonio Félix da Costa termine sixième après une prestation régulière, tandis que la Ferrari AF Corse n°83 des vainqueurs sortants Robert Kubica, Yifei Ye et Phil Hanson se classe septième après avoir perdu du terrain dans les dernières heures.

Genesis voit l’arrivée, Peugeot reste dans l’ombre

Du côté des nouveaux venus, Genesis Magma Racing boucle son pari mancelle avec une GMR-001 Hypercar à l’arrivée. Malgré plusieurs alertes techniques et différents arrêts imprévus, la n°19 de Dani Juncadella, Mathieu Jaminet et Paul-Loup Chatin rejoint l’arrivée au 13e rang.

La voiture sœur n°17 de Mathys Jaubert, Pipo Derani et André Lotterer avait quant à elle abandonné dans la matinée après une rupture de suspension avant droite alors qu’elle évoluait aux portes du top 10.

Chez Peugeot, les deux 9X8 n’ont jamais été en mesure de se mêler à la lutte pour les points, concluant une édition particulièrement difficile pour le constructeur français.

Toyota, l’art de gagner Le Mans

Au terme d’une course riche en rebondissements, Toyota démontre une nouvelle fois sa maîtrise des classiques de l’endurance.

Sans forcément disposer de la voiture la plus rapide sur un tour, le constructeur japonais a su rester dans le match du premier au dernier relais. Pendant que Cadillac perdait sa meilleure arme et que BMW voyait ses espoirs s’envoler dans les dernières heures, Toyota est restée fidèle à sa recette : exécution parfaite, stratégie irréprochable et zéro erreur.

Une recette qui lui permet de renouer avec la victoire dans la Sarthe et d’inscrire une sixième fois son nom au palmarès de la plus grande course d’endurance du monde.

Le classement des 24 Heures du Mans

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Florian Defet

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club