© Ferrari / FOTOSPEEDY
Trois éditions consécutives, trois occasions manquées. Les 24 Heures de Spa semblent décidément vouloir se refuser à Ferrari, et cette 78e édition n’a fait que prolonger une série cruelle pour AF Corse et la firme de Maranello…
Lors de l’édition du Centenaire en 2024, la n°51 d’Alessandro Pier Guidi, Alessio Rovera et Davide Rigon avait dominé une grande partie de la course. Plus de 20 secondes d’avance, 457 tours bouclés, la victoire semblait acquise. Jusqu’à ce que la Lamborghini n°19 de GRT s’immobilise à l’entrée de la voie des stands, retardant le dernier ravitaillement de Pier Guidi de plus de 40 secondes. Il rejoint la piste en huitième position, remonte six places, arrache un podium. Mais la victoire, tenue dans les mains, s’était évaporée en quelques instants. C’est l’Aston Martin de Comtoyou Racing, emmenée par Mattia Drudi, Marco Sørensen et Nicki Thiim, qui avait profité du coup du sort pour s’imposer.
En 2025, la n°51 de Pier Guidi, Rovera et Vincent Abril avait abordé la course en favoris, avant d’être contrainte à un arrêt dès la deuxième heure pour changer les freins, renvoyée à la 65e place du général. Grâce à une stratégie irréprochable, une détermination sans faille et le concours de quelques Safety Cars, le trio était parvenu à décrocher une troisième place au général derrière la Lamborghini n°63 de Bortolotti, Engstler et Pepper et la BMW n°998 de ROWE Racing. Un podium de remontée, admirable dans l’effort, mais bien loin d’une victoire disputée.
Cette année, le scénario a pris une autre forme, mais la conclusion reste identique. Dès les premiers essais, la Ferrari n°51 a joué franc jeu, figurant constamment dans le groupe de tête sans jamais chercher à dissimuler son rythme. Alessio Rovera a signé la pole position et réalisé le meilleur tour en course en 2:17.340 au 406e tour. Les données de rythme pur confirment la domination de la n°51 sur l’ensemble du week-end : Rovera et Nielsen signent deux des trois meilleures moyennes au tour de toute la grille Pro, devant les pilotes Porsche de la n°80 et Mercedes-AMG de la n°48. Sur l’ensemble des 24 heures, trois voitures ont mené à parts quasi égales, autour de 25% du temps chacune : la Ferrari n°51, la Porsche n°80 de Lionspeed GP et la Mercedes-AMG n°48 du Mann-Filter. La preuve que la n°51 avait incontestablement les armes pour s’imposer.
Puis les coups du sort se sont enchaînés. Une pénalité pour excès de vitesse sous FCY dès la troisième heure. Puis, à quatre heures et demie de course, une crevaison au pneu arrière gauche alors que Nielsen menait, détectée en bout de ligne droite principale : le Danois contraint de boucler presque un tour complet sur un pneu ruiné avant de rentrer aux stands. La Ferrari retombe à la 45e place. Elle revient pourtant, progressivement, tenacement, jusqu’à rejoindre la bataille pour la victoire le dimanche matin. Nouvelle crevaison vers 10h, à l’arrière droit cette fois, après un contact avec la Mercedes n°48 en disputant le leadership à Eau Rouge. La n°51 retombe en neuvième position. Elle revient encore. Rovera signe une manœuvre spectaculaire aux Combes dans l’avant-dernière heure pour revenir dans les roues de Stolz, ne terminant qu’à 0,650 seconde de la Mercedes n°48 après 24 heures de course.
La voiture sœur n°50, confiée à Lilou Wadoux, Arthur Leclerc et Sean Gelael, a elle aussi vécu une course semée d’embûches. Leclerc avait pourtant décroché la troisième place en Superpole, avant d’être renvoyé en 28e position sur la grille suite à une sanction en vérification technique pour un enregistreur de données déconnecté. Malgré cet handicap de départ et un incident en début de course qui les avait rétrogradés à la 41e place, le trio a su faire preuve de la même détermination que ses coéquipiers de la n°51, remontant progressivement pour décrocher la cinquième place au général.
Les mots de Tommaso Mosca résument mieux que quiconque l’état d’esprit du clan Ferrari à l’arrivée : « Nous savions que nous avions ce qu’il fallait pour gagner cette course, mais nous avons connu plusieurs revers, comme la crevaison après deux ou trois heures. Et ensuite quelques contacts qui nous ont compliqué la vie. Alessio et Nicklas ont fait un travail fantastique. »
Nicklas Nielsen, lui, ne cachait pas sa déception tout en relativisant : « Cela fait maintenant plusieurs années de suite que Ferrari est proche, et nous espérions vraiment que ce serait cette année. Mais au vu de là où nous étions samedi soir, il serait un peu injuste d’être déçus. C’est une de ces courses où on gagne ou on ne gagne pas. C’est une déception, bien sûr. Mais je pense que l’équipe et nous-mêmes avons fait du bon travail pour revenir. Malheureusement, ce n’était pas suffisant. »
Troisième podium consécutif pour Ferrari à Spa, et troisième montée de podium pour Alessio Rovera, présent sur les trois éditions. « C’est dommage que nous ayons manqué ce qui aurait pu être une victoire au général, alors que nous avons figuré parmi les premiers pendant les 24 heures, » ajoute le patron de Ferrari en endurance, Antonello Coletta. « L’équipe AF Corse et les deux équipages ont fait preuve d’un rythme et d’un professionnalisme remarquables. Pensez à ce qu’ont accompli les pilotes de la n°51 : après être sortis du top 40 à cause d’une crevaison alors qu’ils menaient la course, ils ont su se battre pour revenir en tête et lutter jusqu’au bout. »
Dans ce tableau amer, Ferrari peut toutefois trouver quelques motifs de satisfaction du côté des catégories. La Ferrari 296 GT3 Evo n°74 de Kessel Racing s’impose en Bronze avec Mathys Jaubert, Dustin Blattner, , Dennis Marschall et Ben Tuck, tandis que la n°45 de Rinaldi Racing décroche la victoire Silver avec Alessandro Balzan, Rafael Duran, Dylan Medler et David Perel. La n°52 d’AF Corse complète le podium Silver. Trois Ferrari sur les podiums de catégorie, une troisième place au général ; le bilan est loin d’être indigne. Mais pour une marque qui a dominé le week-end de bout en bout, ces satisfactions restent bien maigres au regard de ce qui aurait pu être.
Trois ans, trois podiums, zéro victoire. La 79e édition sera-t-elle enfin la bonne pour Ferrari ?
La Ferrari n°74 victorieuse en Bronze Cup © Ferrari
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