© Bruno Vandevelde / MPS Agency
Une pole position dès sa première séance qualificative en European Le Mans Series. À 18 ans, Louis Iglesias a frappé fort ce samedi à Imola, hissant la Ligier JS P325 n°17 de CLX Motorsport au sommet de la hiérarchie LMP3 avec plus de deux dixièmes d’avance sur la concurrence. Une performance qui confirme ce que le paddock murmure depuis le début de saison : un nouveau talent est en train d’éclore.
Né en 2008, Louis Iglesias a grandi dans une famille où le sport automobile est central et s’est forgé en karting national et international : vainqueur de la Finale Mondiale Rotax à Portimão en 2017 à seulement 9 ans, quadruple champion de France, quatrième du Championnat d’Europe OK 2024, avant de passer par les sélections de la Richard Mille Young Talent Academy. En 2025, il dispute sa première saison en F4 France, qu’il conclut de la plus belle des manières : une victoire au Mans lors de la dernière épreuve, depuis la pole position.
Cette année, il change de dimension en s’alignant en Michelin Le Mans Cup en LMP3 avec ANS Motorsport, aux côtés de Maxwell Dodds. Et la transition monoplace-prototype se fait sans accroc. Au Castellet, sur un plateau de 42 voitures, il signe la pole position avec près d’une demi-seconde d’avance, dominant toutes les séances du week-end. En course, retombé à la 18e place après un long arrêt aux stands destiné à réparer l’arrière de la Ligier n°9 suite à un contact, il remonte jusqu’au podium sous le drapeau à damier, avant qu’une pénalité pour dépassement au-delà des limites de la piste ne le rétrograde à la quatrième place. Sa deuxième heure de course avait fait de lui le principal sujet de conversation du paddock.
La Ligier d’ANS Motorsport qu’il partage avec Maxwell Dodds en Le Mans Cup © Laurent Cartalade / MPS Agency
« La première partie de saison en Michelin Le Mans Cup, ça ne s’est pas très bien passé parce que le rythme est là, mais les résultats ne sont pas comme on voudrait, » reconnait le jeune homme face aux résultats bruts qui ne reflètent pas encore le rythme affiché au sein de la structure de Nicolas Schatz. « L’équipe fait un travail fou, ils travaillent depuis plusieurs années sur la voiture. Malheureusement, ils n’ont jamais trop pu jouer aux avant-postes, ils ont souvent eu beaucoup de malchance. Cette année, la voiture est juste incroyable. La limite est fine, c’est pour ça qu’il y a quand même un peu d’écarts. J’espère que les résultats vont arriver pour ce qu’ils méritent. »
Membre de la CLX Academy depuis cet hiver, il s’est vu offrir une opportunité inespérée lorsque le Brésilien Bruno Ribeiro a mis un terme à sa saison : rejoindre la grille ELMS sur la Ligier n°17 tenante du titre, aux côtés de Paul Lanchere et Alexander Jacoby. « Normalement, c’était prévu pour l’année prochaine, mais il y a eu une opportunité, donc c’est arrivé plus tôt », confie-t-il. « C’est une super opportunité pour moi parce que ça va me permettre d’accumuler beaucoup de roulage, d’expérience. Donc je remercie CLX, Nico Lapierre et toute l’équipe. »
© Bruno Vandevelde / MPS Agency
Son intégration a été facilitée par le travail déjà entamé au sein de la filière : « J’étais déjà dans la CLX Academy avant, donc on préparait déjà les week-ends ensemble en regardant le driving book, auquel j’ai encore accès maintenant. Les courses sont un peu plus longues. Ce qui change le plus, c’est de rouler avec des voitures qui roulent en pneus Goodyear, donc le grip change un peu, et le trafic avec les LMP2. À part ça, ça ne change pas trop. »
Avec un double programme ELMS et Le Mans Cup en LMP3, les week-ends de Spa, Silverstone et Portimão s’annoncent chargés pour Louis Iglesias qui ne va plus quitter le baquet. « Je ne vais pas descendre de la voiture pour les trois prochains meetings. Les sessions sont relativement proches, je ne vais pas trop avoir le temps de débriefer, il va falloir que je monte dans l’autre voiture et j’aurai plus de travail le soir pour débriefer les deux. »
Une charge de travail qu’il aborde avec la maturité acquise en monoplace : « C’est la F4 qui m’a appris la patience au volant. Au début en karting, je mettais beaucoup de volant, et maintenant j’arrive à être plus précis grâce à toute la préparation que j’ai à côté », explique-t-il, citant notamment le travail au simulateur avec son coach Léo Boulay.
Dans cette ascension, un homme joue un rôle clé : Rafael Galiana. Le fondateur de Tecpro Barriers, spécialiste mondial des équipements de sécurité passive en sport automobile, soutient le jeune pilote depuis ses débuts, fidèle à une philosophie qui l’a toujours guidé : rendre au sport ce qu’il lui a apporté. « Rafaël me suit depuis mes tout débuts en karting, il m’a toujours soutenu. C’est un ami de mon papa, et il m’a toujours aidé. Je le remercie beaucoup parce que sans lui, aujourd’hui, je n’en serais pas là. »
© Bruno Vandevelde / MPS Agency
Après avoir fait parler la poudre en Michelin Le Mans, c’est dès son premier week-end en ELMS que le jeune homme a décroché la pole position ce samedi.
« C’était quand même assez dur parce que ça ne faisait qu’améliorer, vu que ça ne dépendait pas trop de la dégradation des pneus mais plus du niveau d’essence. À la fin, j’ai réussi à faire un bon tour dans le dernier tour. J’ai un petit peu loupé le secteur 1, mais comme les secteurs 2 et 3 ont été meilleurs, ça a suffi. On a apporté un dernier réglage avant la qualif et c’était super, donc merci à mon ingénieur Julien », analyse-t-il.
Un avantage stratégique non négligeable sur un tracé où les dépassements sont rares : « Ici, on ne peut pas trop doubler. Au moins, en partant devant, on ne sera pas dérangé par les GT, c’est une très bonne chose. » Et quand on lui demande s’il peut jouer la victoire dimanche, la réponse fuse, sans détour : « Oui ! »
Quant à ses ambitions à plus long terme : « L’objectif, c’est juste de rouler et de faire ce que j’aime. Être payé pour rouler, pour pouvoir en vivre, vivre de ma passion. Prendre les choses course par course, prendre du plaisir quand je suis dans la voiture, c’est tout. »
Rendez-vous donc ce dimanche 5 juillet pour les 4 Heures d’Imola, entre 13h et 17h.
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