Le Mans : à quel point BMW et Cadillac dissimulent leur véritable potentiel ?

La Journée Test des 24 Heures du Mans a livré de premiers enseignements, mais aussi de nombreuses interrogations. Derrière des feuilles de temps relativement équilibrées, certains constructeurs semblent avoir soigneusement dissimulé leur véritable potentiel, à commencer par BMW et Cadillac.

À la veille du début des essais libres, une certitude émerge déjà dans le paddock : les chronos de la Journée Test ne racontent qu’une partie de l’histoire.

Si Aston Martin a créé la surprise en terminant en tête grâce à la Valkyrie n°007, si Toyota a affiché un rythme solide malgré l’accident de la n°8, plusieurs observateurs s’accordent à dire que certains constructeurs ont volontairement brouillé les pistes.

Une BoP favorable aux LMDh ?

Depuis cette saison, la Balance de Performance n’est plus rendue publique, y compris la façon dont elle est établie aux 24 Heures du Mans. Les équipes n’ont d’ailleurs plus le droit d’en communiquer les détails. Néanmoins, certaines tendances peuvent être dégagées.

Par rapport à l’édition 2025, Ferrari apparaît comme le constructeur le plus pénalisé, tant en masse qu’en puissance disponible sous les 250 km/h, un paramètre particulièrement important dans les phases de traction. Alpine et Toyota ont également perdu de la puissance dans cette plage de vitesse.

À l’inverse, BMW, Cadillac et Aston Martin figurent parmi les constructeurs ayant gagné de la performance, aussi bien sous qu’au-dessus de 250 km/h.

Dès la publication de la BoP, plusieurs simulations laissaient entrevoir un avantage potentiel pour les deux marques. Une impression renforcée par les données récoltées lors de la Journée Test.

© FIA WEC / DPPI

Des vitesses de pointe étonnamment basses

Le paradoxe est que cet avantage n’apparaît pas forcément dans les classements. Grâce aux nombreux outils de télémétrie disponibles au Mans, les équipes ont accès à des données extrêmement détaillées, notamment les vitesses de pointe enregistrées à chaque tour sur les différents secteurs du circuit.

Or, les BMW M Hybrid V8 comme les Cadillac V-Series.R ont affiché des vitesses étonnamment faibles dans la zone de mesure principale des Hunaudières. Des chiffres parfois très éloignés de ceux observés chez leurs rivales.

Pourtant, sur d’autres points de mesure du circuit, notamment au niveau de la seconde chicane, les deux constructeurs figuraient régulièrement parmi les références. De quoi alimenter les interrogations.

Plusieurs explications sont possibles : du « lift and coast » volontairement accentué en bout de ligne droite, facilement identifiable sur les données GPS, des modes moteur dégradés ou encore des programmes spécifiques axés sur la consommation.

L’exemple de la BMW M Hybrid V8 n°15 est particulièrement révélateur. La voiture a enregistré des vitesses de pointe comprises entre 326 et 340 km/h sur la zone de mesure principale, soit un écart de 14 km/h. La BMW n°20 a présenté des variations atteignant 12 km/h. Des écarts également observés chez Cadillac, Aston Martin et Peugeot. Chez la plupart des autres constructeurs, les écarts observés ne dépassaient que rarement quelques kilomètres/heure.

Cadillac a également multiplié les simulations de longs relais et de consommation, avec plusieurs séquences dépassant les treize tours.

© FIA WEC / DPPI

Toyota s’attend à voir la hiérarchie évoluer

« De manière très claire, on voit encore des différences assez significatives en vitesse de pointe, comme l’an dernier », explique David Floury, directeur technique de Toyota Gazoo Racing. « Il est clair aussi que certains constructeurs s’amusent à cacher leur top speed dans la speed trap, ce qui est complètement ridicule puisqu’ici nous avons accès à beaucoup plus de données que sur les autres circuits. Honnêtement, c’est un peu ridicule. »

Le Français s’attend d’ailleurs à voir certaines voitures afficher un tout autre visage dans les prochains jours. « À ce stade, je m’attends à ce qu’on voie certains constructeurs faire un gros step en performance dans les deux ou trois prochains jours. »

BMW M Team WRT serein après une Journée Test discrète

Chez BMW M Team WRT, le discours est resté particulièrement mesuré après une Journée Test discrète avec la n°20 septième (+ 0,846 s) et la n°15 (+ 1,6 s).

« Tout s’est déroulé sans problème, nous nous sommes entièrement concentrés sur nous-mêmes », expliquait Vincent Vosse dimanche soir. « Rien de particulier à signaler, nous avons suivi notre programme de roulage. Le fait d’avoir utilisé le pneu dur cet après-midi était prévu afin de l’examiner correctement. Nous avons une première vision des choses, mais bien sûr, la température n’est peut-être pas idéale. »

Difficile pourtant d’oublier que les BMW M Hybrid V8 sortent d’un impressionnant doublé aux 6 Heures de Spa, où elles avaient dominé la concurrence lorsqu’elles évoluaient en tête de course.

Entre une BoP qui semble favorable aux LMDh et plus particulièrement aux châssis Dallara, des vitesses de pointe volontairement fluctuantes et des programmes de roulage très spécifiques, tout porte à croire que la véritable hiérarchie n’a pas encore été dévoilée. Les premiers essais libres commenceront ils à lever le voile sur les forces en présence ?

Florian Defet

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club