© Drew Gibson Photography
À seulement 21 ans, Mathys Jaubert s’apprête à prendre le départ de ses deuxièmes 24 Heures du Mans, mais cette fois dans la catégorie reine. Qualifiées aux 6e et 9e rangs sur la grille, les deux Genesis GMR-001 ont créé la surprise lors de leur première apparition dans l’épreuve. Entre progression constante du prototype de la marque coréenne, gestion d’une blessure au pied et ambitions pour la course, le Français revient pour Endurance24 sur une semaine déjà riche en enseignements.
Deux Genesis en Hyperpole pour votre première participation au Mans, c’était difficile d’imaginer meilleur scénario. Comment expliques-tu ce niveau de performance ?
« Je pense que l’équipe a fait un superbe travail. On développe énormément la voiture : à chaque tour couvert, on teste de nouvelles choses et on continue de progresser. Pour être honnête, on ne s’attendait pas vraiment à un tel résultat. On savait qu’on avait la capacité de passer en Hyperpole car on a montré à Imola et à Spa qu’on pouvait être très proches des autres sur un seul tour.
Ici, la voiture était particulièrement performante dans le secteur 3, mais on était aussi dans le match dans les secteurs 1 et 2. Mon tour était plus que bon, et Mathieu [Vaxivière] a également fait de l’excellent boulot. Les mécaniciens ont changé le moteur entre la FP3 et l’Hyperpole ; ils ne savaient pas vraiment si tout allait s’aligner parfaitement au niveau des systèmes, mais ils ont fait un travail remarquable sur les deux voitures. »
Justement, le moteur a parfois été un point sensible depuis le début de saison. Est-ce aujourd’hui votre principale interrogation avant la course ?
« Une inquiétude, je ne pense pas. En tout cas, sur la n°17, nous n’avons rencontré aucun problème depuis le warm-up de la Journée Test. Concernant la n°19, le problème a été détecté immédiatement après le montage d’un nouveau bloc. Mais avec les éléments actuellement installés sur les deux voitures, nous n’avons pas d’inquiétude majeure. »
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Comment se comporte ton pied à quelques heures du départ ?
« Ça va beaucoup mieux. Dimanche, j’ai dû freiner du pied droit. Avant-hier, j’ai recommencé à freiner du pied gauche et hier j’ai pu rouler toute la journée comme ça. Ça tire encore un peu après un certain temps, mais je terminerai la course quoi qu’il arrive.
Nous avons d’ailleurs adapté le cockpit pour me laisser les deux possibilités. Si la douleur devient trop importante, je sais que je peux repasser au freinage pied droit. Mais l’objectif reste de faire le maximum de relais en freinant du pied gauche. »
Cet aménagement a-t-il nécessité des ajustements pour Pipo Derani et André Lotterer ?
« Oui, mais cela reste assez simple pour eux. Il leur suffit de retirer le repose-pied temporaire qui me sert de référence au freinage. Le plus compliqué a finalement été pour moi. Dimanche dernier, quand j’ai dû réapprendre à freiner du pied droit, je suis allé tout droit dans les trois premiers virages ! Je n’arrivais pas à appliquer la bonne pression sur la pédale. Il a fallu un petit temps d’adaptation. Mon pilotage repose beaucoup sur le freinage du pied gauche : j’aime garder de la pression très loin dans le virage et conserver beaucoup de vitesse à l’apex. »
Ton tour d’Hyperpole a donc été réalisé en freinant du pied gauche. Satisfait du résultat ?
« Oui, plutôt. J’étais assez content de mon chrono. J’ai été gêné par une Ferrari, ce sont toujours les mêmes qui traînent ! » (rires) « dans les S de la Forêt. J’ai dû la dépasser hors trajectoire et j’y laisse probablement un ou deux dixièmes. Mais le reste du tour était très bon, notamment dans le secteur 3 et dans les Porsche où j’ai vraiment essayé d’attaquer. »
Entre ton engagement en LMP2 l’an dernier et l’Hypercar aujourd’hui, qu’est-ce qui change le plus dans ton quotidien au Mans ?
« C’est complètement différent. L’an dernier, j’avais l’impression que nous étions surtout sollicités par les médias. Cette année, l’essentiel du travail est ailleurs. Comme la voiture est nouvelle, nous passons énormément de temps à développer les systèmes, les cartographies, les procédures et tous les réglages qui vont autour. On ne travaille pas seulement sur le set-up. C’est notre première fois au Mans avec cette voiture et l’apprentissage est énorme.
Je me sens aussi beaucoup plus à l’aise que l’an dernier. J’ai davantage d’expérience, je connais déjà l’événement et je bénéficie de coéquipiers qui me font progresser chaque jour. »
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Avez-vous encore découvert des choses cette semaine ou la voiture est-elle désormais figée pour la course ?
« Non, nous continuons encore à apprendre. Lors de la FP4, nous avons testé plusieurs choses sur la gestion des systèmes, les passages de rapports et la manière de délivrer la puissance à basse vitesse.
C’est précisément dans les sorties de virages lents que nous perdions le plus de temps. Nous avons franchi quelques petites étapes supplémentaires hier soir. Pour la course, je pense que nous avons un package intéressant pour nous battre et surtout engranger beaucoup d’expérience. L’objectif reste avant tout de voir le drapeau à damier. »
En matière de fiabilité, quel niveau de confiance avez-vous aujourd’hui ?
« Je n’ai pas les chiffres exacts, mais depuis dimanche nous n’avons rencontré aucun problème sur notre voiture. Je sais également qu’un de nos moteurs a couvert près de 9 000 kilomètres lors des essais d’endurance. Les équipes ont énormément travaillé ces derniers mois, notamment en Allemagne, pour renforcer toute la préparation autour du moteur et des procédures de contrôle. C’est probablement là que nous avons le plus progressé depuis le début de saison. »
© Drew Gibson
Après les soucis rencontrés à Imola et Spa, notamment autour de la wastegate (soupape de régulation de la pression du turbocompresseur), estimez-vous avoir trouvé les solutions nécessaires pour Le Mans ?
« Je ne peux pas entrer dans les détails techniques. Ce sont évidemment des zones sur lesquelles nous continuons de travailler et de progresser. Mais les ingénieurs connaissent parfaitement les difficultés rencontrées en début de saison. Ils ont fait le maximum pour que nous arrivions ici avec une configuration beaucoup plus robuste. Toute la préparation a été renforcée. »
Genesis vient de présenter son concept GT3. Te verrais-tu mener de front un programme Hypercar et GT à l’avenir ?
« À ma connaissance, ce qui a été présenté aujourd’hui reste un concept-car et rien n’est encore officialisé concernant un programme GT3. Mais évidemment, lorsqu’un constructeur présente un tel projet, on a immédiatement envie de voir la version de course arriver. Aujourd’hui, je touche déjà un peu aux deux univers et je prends énormément de plaisir en GT3. Si Genesis concrétise un jour ce programme, c’est certain que je pousserai fort pour faire partie de l’aventure et participer au développement de la voiture. »
Propos recueillis par Florian Defet.
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