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Après avoir réussi une démonstration stratégique aux 6 Heures d’Imola, Toyota Racing a cette fois tenté de reproduire la même recette à Spa. Mais contrairement au rendez-vous italien, tout ne s’est pas aligné pour le constructeur japonais, incapable de rivaliser à la régulière avec les meilleures Hypercars du plateau.
Entre qualifications manquées, déficit de rythme et stratégie finalement trop agressive, Toyota repart de Belgique avec une cinquième place pour la Toyota TR010 Hybrid n°7 et seulement la dixième position pour la n°8.
Dès les qualifications, le week-end avait pris une tournure compliquée pour les deux Toyota GR010 Hybrid avec les 12e et 16e positions sur la grille. Très rapidement, le clan japonais a compris qu’il lui serait impossible de remonter uniquement au rythme pur.
« On n’a jamais eu vraiment la vitesse pour se battre », reconnaît franchement David Floury, directeur technique de Toyota Racing. « On était dans une situation où il fallait prendre des risques. »
La n°8 de Sébastien Buemi, Brendon Hartley et Ryō Hirakawa a ainsi très vite basculé sur une stratégie totalement décalée avec un premier arrêt anticipé dès le 15e tour.
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Une stratégie brillante… jusqu’au mauvais calcul. Grâce à cette stratégie agressive, la Toyota n°8 s’est progressivement retrouvée dans le sillage de la BMW M Hybrid V8 n°20 victorieuse.
Mais là où BMW parvenait à conserver un rythme extrêmement élevé tout en maîtrisant sa consommation énergétique, Toyota a progressivement perdu du terrain.
« À la régulière, on n’arrivait pas à dépasser, donc il fallait tenter quelque chose », explique Sébastien Buemi. « Notre stratégie était exceptionnelle car elle nous aurait permis de remonter jusqu’à la deuxième place. Mais au premier VSC de fin de la course, on n’a pas remis toute l’essence dans la voiture. On a mis 21 tours au lieu de 25. »
Une décision qui a totalement piégé Toyota lorsque la neutralisation suivante est intervenue et que la n°8 a été contraint de s’arrêter juste avant que la VSC ne soit déployée. « Si j’avais eu le plein, je serais revenu aux stands sous VSC et on aurait gardé la deuxième place. On a fait une grave erreur. C’est un peu compliqué de comprendre pourquoi on l’a faite, mais ça fait mal. »
David Floury assume également cette prise de risque excessive : « Je pense qu’à un moment, on a pris un peu trop de risques et ça n’a pas payé. On a fait une erreur. Et ensuite, le timing du Virtual Safety Car n’a pas été opportun non plus, mais c’est nous-mêmes qui nous mettons en difficulté sur la décision précédente.
On a essayé de garder notre position et cela nous a décalés par rapport aux autres concurrents. On s’est retrouvés à louper la fenêtre du dernier VSC. »
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« Avec la 8, le podium était jouable », estime Floury. « Mais comme on ne pouvait pas doubler, on s’est décalés très tôt en stratégie et ensuite on était obligés de prendre encore plus de risques. Aujourd’hui, on a fait une petite erreur qu’on a payée cash. »
De son côté, la Toyota GR010 Hybrid n°7 de Mike Conway, Kamui Kobayashi et Nyck de Vries suivait une stratégie plus conventionnelle, similaire à la majorité du plateau Hypercar.
« On a décidé de splitter les stratégies pour couvrir au maximum les différents cas de figure », explique David Floury. « La n°7 était sur une stratégie plus classique face à des voitures plus rapides que nous. Le résultat est assez logique. »
Cinquième à l’arrivée, la n°7 a notamment profité des neutralisations de fin de course pour gagner plusieurs positions.
« À un moment, on pensait que la voiture n°8 était sur la stratégie gagnante », raconte Mike Conway. « Malheureusement, cela n’a pas fonctionné à la fin. Heureusement, nous avons réussi à gagner quelques places au bon moment avec les arrêts. Honnêtement, nous n’étions pas satisfaits tout le week-end. En termes de rythme, ce n’était pas assez bon. Il y a du travail avant Le Mans. »
Deux semaines après le succès d’Imola, Spa a brutalement rappelé les limites actuelles de Toyota face à la concurrence.
Interrogé sur les inquiétudes avant les 24 Heures du Mans, David Floury ne cache pas ses interrogations. « Oui, ça m’inquiète. Je ne sais pas ce qui va se passer au Mans, mais oui, cela soulève des inquiétudes. »