En marge de l’ouverture de saison ELMS 2026 à Barcelone, l’Automobile Club de l’Ouest a précisé les contours de la future réglementation LMP2 attendue en 2028, confirmant au passage un calendrier parfois sujet à interrogation dans le paddock.
Après Ligier Automotive, Endurance24 a échangé avec Rémi Taffin, directeur technique d’ORECA, pour faire le point sur l’état d’avancement du projet en vue de la conception de l’ORECA 09. Objectif : décrypter la feuille de route du constructeur français et les enjeux de cette nouvelle génération LMP2.
La réunion organisée à Barcelone sur l’avenir du LMP2 semblait attendue. Qu’est-ce qu’elle a concrètement apporté ?
Rémi Taffin : « Cette réunion avait surtout pour but de permettre à l’ACO de communiquer officiellement sur l’avenir du LMP2 aux différentes équipes qui exploitent actuellement la catégorie.
C’est un moment important, car les clients ont désormais la certitude qu’une nouvelle voiture portant le nom LMP2 sera bien développée, et qu’elle continuera à évoluer dans les championnats où elle est présente aujourd’hui, avec les attributions de places notamment aux 24 Heures du Mans. Ils ont également obtenu des informations sur le calendrier de disponibilité, les circuits où elle roulera, les objectifs de performance et une idée des coûts de fonctionnement — même si ce n’est pas à moi de détailler tous ces éléments.
ORECA a inauguré son nouveau technocentre en 2024 où sont conçues les LMP2 et assemblées les Ferrari 296 LMGT3 / Evo © Aurélien Vialatte
Ce qui est clair désormais pour les équipes : l’échéance, c’est 2028, la voiture sera une vraie LMP2, digne successeur de la génération actuelle, et elle doit conserver sa place dans la pyramide de l’endurance — celle qu’occupe aujourd’hui la LMP2, que ce soit aux 24 Heures du Mans, en ELMS ou en Asian Le Mans Series. »
Une rumeur circulait quant à un nouveau report de la nouvelle génération. Était-ce le bon moment pour mettre les choses au clair, y compris sur le plan technique ?
« Clairement. On travaille sur ce sujet depuis plusieurs mois, en étroite collaboration avec l’ACO et la FIA, pour s’assurer que le règlement sera adapté et que la voiture répondra aux exigences de la catégorie.
Ces discussions prennent du temps, mais nous étions arrivés au moment où il fallait franchir le pas et entrer dans la phase de design. Ce projet comporte des enjeux considérables, avec des caractéristiques techniques ambitieuses. C’était aussi l’occasion pour nous d’être confirmés dans notre rôle de constructeur de LMP2. »
Quelle est la feuille de route d’ORECA pour les prochains mois ? Avez-vous déjà une date ciblée pour les premiers essais ?
« Pour être tout à fait franc, nous avons bien évidemment une feuille de route, mais nous ne la communiquons pas pour des raisons purement compétitives ; nous ne sommes pas les seuls constructeurs en lice.
Ce que je peux affirmer en revanche, c’est que nous serons à l’heure. On nous a demandé de fournir des voitures pour courir en 2028 : nous y serons. On nous a demandé de pouvoir livrer des voitures dès la fin 2027 : nous y serons également. Et nous visons à répondre à la demande de l’ensemble des clients qui souhaitent nous rejoindre — nous espérons bien continuer à en convaincre la grande majorité. »
© FocusPackMedia
Où en est concrètement le projet aujourd’hui ?
« Nous disposons désormais d’un règlement abouti, avec notamment des cibles de performance définies et une architecture sécurité clairement établie — un aspect primordial. Le travail en cours porte sur la monocoque et le châssis, qui constituent toujours la première pièce à concevoir dans le développement d’une nouvelle voiture.
En parallèle, nous travaillons sur l’évaluation des performances : fixer les objectifs pour chaque composant, tant sur le plan de la dynamique véhicule que sur celui de l’aérodynamique. C’est le chantier principal du moment. Le moteur Gibson de la prochaine génération a lui aussi pris forme, et nous allons bien entendu l’intégrer de la meilleure façon possible. »
Parmi les éléments communiqués publiquement par l’ACO, on y observe que le niveau de performance sera équivalent à la génération actuelle. Peut-on vraiment en être confiants, sachant que les caractéristiques seront un peu différentes (plus de poids, moins de puissance) ?
« La voiture qu’ORECA produira sera-t-elle au niveau de l’actuelle ? Oui, nous ferons tout ce qui est nécessaire pour y parvenir. Nous avons déjà les données pour affirmer que nous serons capables de développer une voiture aux performances similaires — même si, comme vous le soulignez, ce ne sera pas la même voiture.
Le moteur sera peut-être un peu moins puissant, mais chaque voiture que nous concevons nous apprend à faire mieux la suivante.
L’engagement d’ORECA, c’est que nos clients, lorsqu’ils passeront de la 07 à la 09, aient le sourire. Ce serait présomptueux d’expliquer dès maintenant exactement comment nous y parviendrons, car la course contre la montre ne fait que commencer. »
ORECA a fabriqué plus de 150 châssis de la 07
L’homologation est prévue à l’été 2027, ce qui laisse un peu plus d’un an pour tout concevoir. Où en êtes-vous dans la réflexion ?
« Des éléments existent, des idées sont en tête, certaines pré-études ont été menées. Mais nous allons maintenant accélérer et entrer dans une phase de travail intensive. »
Ce nouveau programme a-t-il nécessité des recrutements spécifiques, ou ORECA dispose-t-il des compétences en interne ? La multiplication des programmes peut poser des questions de ressources…
« Nous sommes effectivement sur plusieurs fronts, mais ce n’est pas nouveau — cela fait cinq ans que nous ajoutons des programmes chaque année. Comme toute entreprise en croissance, nous renforçons nos équipes régulièrement.
L’équipe qui va concevoir la LMP2, c’est celle qui a conçu toutes les LMP2 précédentes et toutes nos LMDh. Pour résumer notre approche : nous allons dessiner cette LMP2 comme une petite LMDh. C’est le même ADN, les mêmes exigences, et c’est ainsi que je la définis en interne. »