Ligier : « Réussir un comeback face à Oreca » avec la génération LMP2 2028

En marge de l’ouverture de saison ELMS 2026 à Barcelone, l’Automobile Club de l’Ouest a réuni les acteurs du LMP2 pour préciser les contours de la future réglementation attendue en 2028, tout en confirmant le calendrier.

Endurance24 a pu échanger avec Pierre Nicolet, patron de Ligier Automotive, pour comprendre les enjeux d’un projet déjà lancé autour de ce que sera la Ligier JS P228… et l’ambition de revenir au premier plan face à Oreca.

Où en est le projet LMP2 2028 chez Ligier ?

Pierre Nicolet : « Sur le LMP2, nous travaillons en étroite collaboration avec l’ensemble des partenaires, que ce soit l’ACO, la FIA ou encore Gibson Technology, qui fournit depuis plusieurs mois un travail très important. Cela nous permet de définir précisément le périmètre du moteur et de poursuivre la conception de notre LMP2 dans le respect du calendrier : une homologation en juillet 2027, des premières livraisons en septembre et un début en compétition en 2028. Le projet a démarré l’an dernier et s’intensifie aujourd’hui pour tenir ces échéances. »

Que retenez-vous de la réunion de Barcelone ?

« L’objectif était de partager des informations avec les équipes LMP2 actuelles afin qu’elles puissent retranscrire les grandes lignes de la future réglementation et du produit à leurs clients, en vue de la commercialisation de cette nouvelle génération et de ses principales caractéristiques. »

Le contexte de Barcelone, avec l’ensemble du paddock réuni, était idéal. Cela a permis d’échanger directement avec toutes les équipes et de rappeler que le LMP2 2028 conservera les fondamentaux actuels, avec un niveau de sécurité encore renforcé. »

La Ligier JS P228 sera l’héritière de la Ligier JS P217

Au regard des caractéristiques techniques communiquées, comparativement à la génération actuelle, on observe une augmentation du poids (environ 20 kg) et une puissance moindre. La performance globale sera-t-elle ainsi revue à la baisse ?

« Le poids et la puissance ne sont pas les seuls critères de performance. Le règlement est conçu pour garantir un niveau global équivalent, avec la volonté claire de conserver les performances actuelles et la manière de les atteindre. Il appartiendra aux constructeurs et aux partenaires de livrer une voiture à ce niveau. »

Comment Ligier aborde-t-il ce nouveau cycle ?

« Nous avons réorganisé l’entreprise afin de nous concentrer quasiment exclusivement sur ce projet LMP2. L’ensemble du bureau d’études y est dédié, aucune nouvelle voiture n’est prévue en 2026. Quelques recrutements sont en cours, que ce soit sur la gestion du projet une fois que la conception sera bien avancée pour accompagner le développement et ensuite l’exploitation par nos futures équipes sur la piste avec un staff qui va grandir de mois en mois pour offrir une qualité de service équivalente au produit LMP3. »

En parallèle, nous investissons sur le support client, notamment à Magny-Cours, avec de nouveaux équipements et une montée en puissance des équipes. Nous sommes en phase avec notre plan de marche, avec un objectif clair : réussir un comeback en LMP2 face à Oreca. »

© Paulo Maria / DPPI

Quelles sont les prochaines étapes ?

« Les prochaines étapes consistent à valider la conception de la monocoque et le concept aérodynamique, tout en lançant les outillages de production de ces éléments d’ici la fin de l’année. »

Votre approche a-t-elle évolué depuis la génération précédente ?

« En 2016, Ligier Automotive était encore une jeune structure qui n’avait, je dirais, dessiné qu’une Morgan LMP2, une Ligier JS P2 et une Ligier JS P3. Aujourd’hui, nous comptons 150 salariés et faisons partie d’un groupe intégrant HP Composites, spécialisé dans les pièces en carbone, qui rassemble près de 600 collaborateurs. »

Depuis 2017, nous avons travaillé sur une dizaine de voitures de course, pour Ligier ou pour de grands constructeurs. Cela nous permet aujourd’hui d’aborder ce projet avec une approche plus complète, enrichie par l’expérience et par des ressources plus importantes. L’approche de base n’est pas nécessairement différente, mais elle est aujourd’hui nettement plus aboutie, avec une expérience renforcée, beaucoup plus de ressources à disposition et une envie décuplée ; ce qui explique notre concentration absolue sur ce projet en 2026 et 2027. »

Qu’avez-vous appris des limites de la JSP217  ?

« Le premier point concerne un choix technique effectué en 2016 sur la boîte de vitesses, qui ne s’est finalement pas avéré être le meilleur choix. La nouvelle génération de LMP2 pour 2028 va venir effacer ce positionnement potentiel puisqu’on se retrouve dans un règlement plus proche du LMP3 dans l’esprit groupe motopropulseur unique pour les deux constructeurs.

Nous avions également sous-estimé l’importance de descendre largement sous le poids minimum sur certains éléments clés, notamment la monocoque. Ça fait donc partie d’un travail avec HP Composites pour garantir une voiture bien en deçà de ce que sera le poids réglementaire.

Victoire de Phil Hanson et Filipe Albuquerque aux 4H de Portimao 2018 © MPS Agency

Enfin, la JSP217 présentait une fenêtre de performance assez étroite. Lorsqu’elle était parfaitement exploitée, elle pouvait être très performante. La voiture pouvait se retrouver sur un niveau de performance supérieur à l’Oreca 07 comme on a pu le voir en 2017 et 2018 avec des pole positions avec 7 dixièmes d’avance, mener les 24 Heures du Mans 2018, le triplé à Portimão la même année.  L’objectif aujourd’hui est de proposer une voiture plus simple à régler, avec une plage d’exploitation plus large.

Nous avons aussi constaté par le passé que certaines évolutions pneumatiques pouvaient favoriser la voiture la plus représentée sur le plateau, ce qui a pu impacter notre compétitivité avec à cette époque, un plateau WEC 100% Oreca dès 2017, un plateau ELMS avec 60% d’Oreca, 20% Dallara et 20% de Ligier.

Le choix d’un manufacturier unique comme Goodyear apporte une stabilité importante. Cela garantit une base connue dès le développement et limite les incertitudes liées à d’éventuels changements de pneumatiques au fil des saisons. »

Cette réglementation peut-elle vraiment relancer la concurrence ?

« L’enjeu pour Ligier est extrêmement important et nous avons engagé des investissements et un travail de conception importants. L’ACO et la FIA ont démontré leur souhait d’avoir une diversité et la réglementation est rédigée de la sorte.

Comme il était précisé dans l’appel d’offres, les voitures seront homologuées après un passage en soufflerie et devront respecter une fenêtre de performance définie, avec la possibilité d’ajustements si nécessaire. Cela doit permettre aux équipes de faire des choix éclairés dans des délais raisonnables.

Que ce soit sur la conception ou après l’homologation, il y a déjà certaines règles qui sont différentes de la précédente génération, qui doivent permettre dans un timing relativement court aux équipes de s’assurer que les choix de châssis seront bons et qu’il y aura une recherche d’une équivalence de performance dès la conception et dès l’homologation par l’ACO. Évidemment, on veut faire la voiture la plus rapide. Cela va sans dire. »

Florian Defet

Passionné de sport auto depuis toujours⎥Journaliste depuis 2018⎥Rédacteur en chef d'Endurance24