© Julien Delfosse / DPPI / FIA WEC
Face à la brutale dégradation de la situation géopolitique au Moyen-Orient, l’incertitude plane plus que jamais sur la tenue des finales du WEC au Qatar et à Bahreïn. Alors que LMEM tentait de sauver son calendrier initial, l’activation du « plan B » européen est-il devenu incontournable ?
La trêve aura été de courte durée : moins de trois semaines après sa signature, le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis a volé en éclats. En conflit ouvert depuis la fin du mois de février, les deux puissances ont vu les hostilités reprendre brutalement dans la nuit de mardi à mercredi. En cause, des frappes de projectiles iraniens qui ont endommagé plusieurs pétroliers, dont un navire qatari et un saoudien, à l’entrée stratégique du détroit d’Ormuz.
Alors que le calendrier du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA doit en principe s’achever par les 1812 km du Qatar et les 8 Heures de Bahreïn, cette rechute militaire rebat totalement les cartes. Lors des 24 Heures du Mans à la mi-juin, l’optimisme était pourtant de mise après l’annonce d’un mémorandum d’entente américano-iranien et d’un cessez-le-feu au Liban. Interrogé à l’issue de la conférence de presse mancelle, Frédéric Lequien, directeur général de LMEM, se montrait alors rassurant : « C’est évidemment un sujet très important et particulièrement perturbant, car les informations évoluent presque quotidiennement. En toute transparence, nous pourrions décider dès aujourd’hui de faire une croix sur les deux épreuves du Moyen-Orient. Personnellement, je trouverais cela dommage. Les choses peuvent évoluer très rapidement. Il y a eu des signaux plutôt positifs ces dernières heures. »
Mais en l’espace de quelques semaines, le fragile château de cartes diplomatique s’est effondré. Les tensions ont repris de plus belle dans le détroit d’Ormuz, poussant l’armée américaine à mener de lourdes frappes aériennes. La réplique ne s’est pas fait attendre : ces derniers jours, les systèmes de défense et les sirènes d’alerte ont directement retenti à Bahreïn, à quelques encablures du circuit de Sakhir. Dès lors, la donne a radicalement changé pour le paddock.
© Julien Delfosse / DPPI
La première des considérations est évidemment celle de la sécurité afin de garantir des conditions de déplacement optimales pour tous les acteurs. Au-delà des contrats commerciaux, la responsabilité civile et morale des grands constructeurs mondiaux engagés en Hypercar pèse lourd dans la balance. Soumises à de strictes obligations légales de protection de leurs salariés à l’étranger, les directions des marques ne prendront aucun risque avec leur personnel.
« Nous sommes des gens responsables et aucune décision ne sera prise sans concertation avec l’ensemble du paddock. Si nous décidons d’aller au Moyen-Orient, ce sera dans des conditions de sécurité absolument optimales », martelait Frédéric Lequien, précisant qu’une décision concertée vers le milieu de l’été.
Avec la reprise ouverte des hostilités, ce point de bascule semble être déjà arrivé. Ce vendredi, dans le paddock des 6 Heures de Sao Paulo, les échos et les discussions feutrées allaient d’ailleurs tous dans le même sens, confirmant une orientation très nette vers cette tendance européenne.
Au-delà des aspects humains, ce flou engendre un défi logistique colossal, notamment pour le manufacturier unique de la catégorie reine, Michelin. Le transport maritime des milliers de pneumatiques s’effectuant par conteneurs via DHL, les délais de mer imposent de charger les navires dès la fin du mois de juillet.
© Frédéric Le Floc’h / DPPI
Or, le choix de la destination change radicalement la donne technique. Les conteneurs partant fin juillet, si la destination reste le Qatar, Michelin doit embarquer des gommes Medium et Hard. En revanche, si le championnat bascule sur un circuit européen en automne, les températures fraîches nécessiteront très probablement des gommes Soft à la place du pneu Hard et donc une production à adapter en conséquence.
Si le WEC espère encore un miracle, le scénario alternatif est d’ores et déjà prêt vers Barcelone et Monza. Le timing de secours est déjà calé : « Les circuits sont identifiés, les négociations ont été menées et les dates sont déjà fixées. La manche qui remplacerait le Qatar se déroulerait potentiellement à une autre date (probablement une semaine avant, du 16 au 18 octobre, et donc en conflit de date avec la finale du GT World Challenge à Portimão. Ndlr). En revanche, pour l’épreuve qui remplacerait Bahreïn, nous serions très proches du calendrier actuel, avec simplement une course organisée le dimanche plutôt que le samedi. »
Alternative au Qatar : Une épreuve à Barcelone avancée d’une semaine par rapport au calendrier initial, programmée du 16 au 18 octobre 2026.
Alternative à Bahreïn : Une épreuve à Monza calquée sur les dates initiales, prévue du 6 au 8 novembre 2026, avec la course décalée du samedi au dimanche.
Sur le plan sportif, le WEC abandonnera les formats de 10 heures au profit de deux courses de 6 heures.
© Asian Le Mans Series
La fin de saison du WEC n’est pas la seule inconnue : la campagne 2026/2027 de l’Asian Le Mans Series est elle aussi directement impactée. En raison de l’instabilité géopolitique, son calendrier n’a toujours pas été dévoilé. Initialement, la série hivernale devait s’ouvrir mi-novembre avec un double rendez-vous à Abu Dhabi et Dubaï, avant une finale à Sepang début 2027.
Là encore, le promoteur a préparé une alternative inédite pour préserver son plateau : « Si on bascule vers le plan B, là aussi, on a un plan B qui est ultra sécurisé, qui n’est pas, et je l’entends très bien, des plus exotiques », nous confiait Frédéric Lequien au Mans. « Mais ce que je veux surtout éviter, c’est d’annuler la série (…) Donc la série, quoi qu’il arrive, elle aura lieu, mais elle aura lieu sur les mois de janvier et février, et en Europe également. »
La décision finale était initialement attendue avant la fin juillet… les prochains jours s’annoncent donc décisifs pour sceller définitivement le visage de cette fin d’année.
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