| 1 mai 2026 | par

« Trouver un constructeur qui veut engager la voiture », le scénario privilégié par Alpine

© FIA WEC / DPPI

Alors que le programme Hypercar d’Alpine s’arrêtera fin 2026, une autre voie se dessine en coulisses : celle d’une transition vers un nouveau constructeur, prêt à reprendre un projet clé en main.

Le groupe Renault, dirigé par François Provost, a décidé de mettre un terme au programme Hypercar d’Alpine à l’issue de la saison 2026. Une décision lourde de conséquences pour l’écosystème construit autour du projet, de Signatech à Viry-Châtillon, les deux piliers du programme.

Un projet structuré en quête de continuité

Car au-delà de l’engagement en piste, c’est toute une organisation qui est aujourd’hui concernée. Entre Signatech pour l’exploitation et Viry-Châtillon pour le développement, notamment avec l’internalisation de la production du V6 turbo (initialement Mecachrome) de l’A424, Alpine avait progressivement bâti un programme complet sur une collaboration qui a du sens.

Mais cette décision intervient dans un contexte de transformation plus large. Le site de Viry-Châtillon, historiquement dédié à la production des moteurs de Formule 1, a vu son activité profondément évoluer. Aujourd’hui, le WEC ne représente qu’une partie de son activité environ 15 % aux côtés de la Formule E avec Nissan, du programme Rallye-Raid avec Dacia ou encore de projets d’ingénierie pour des clients externes.

© FIA WEC / DPPI

Malgré cela, la volonté de préserver une continuité reste intacte. Philippe Sinault insiste sur cet état d’esprit tourné vers l’avenir : « Aujourd’hui le futur, ce n’est pas démago de dire cela, va s’écrire là, sur les courses, pour inciter les personnes à considérer, à continuer à travailler avec nous.

Il se pourrait quand même que le futur aussi, s’il est à court terme, puisse s’écrire encore avec les équipes de Viry, notamment en utilisant le moteur. Donc on est tous dans le même état d’esprit, c’est d’essayer de faire au mieux pour qu’on puisse trouver des solutions. […] L’idée, c’est d’identifier les opportunités qui peuvent se présenter, d’en louper aucune et de pouvoir exposer ce qu’on pourrait faire. »

Une solution clé en main pour un constructeur

Parmi les pistes explorées, une option se détache : celle d’une reprise du programme sous une autre bannière constructeur. Une solution qui permettrait de préserver à la fois les compétences humaines, l’outil industriel et la base technique déjà développée.

Axel Plasse, vice-président d’Alpine Tech et responsable du site de Viry-Châtillon, assurant désormais la continuité du programme endurance. confirme que cette hypothèse est bien à l’étude : « On travaille vraiment main dans la main avec Philippe Sinault et les équipes de Renault pour trouver une suite. Il y a différentes options.

Je ne peux pas révéler les discussions qu’on a, mais c’est le scénario idéal pour les équipes. Trouver un constructeur qui veut engager la voiture, avec la même équipe de développement et la même équipe d’exploitation. Pour un nouvel arrivant, ce serait un très bon scénario : il aurait tout de suite une équipe rodée, une bonne voiture, une bonne base, et il serait immédiatement compétitif en 2027. C’est clairement le scénario qu’on privilégie. »

Alors que le programme Hypercar d’Alpine s’arrêtera fin 2026, une autre voie se dessine en coulisses : celle d’une transition vers un nouveau constructeur, prêt à reprendre un projet clé en main.

Axel Plasse à droite © Alpine / DPPI

Plutôt qu’un “rachat” au sens strict, il s’agirait donc d’une transition clé en main, où un constructeur viendrait s’appuyer sur l’existant pour accélérer son entrée en Hypercar. « Viry n’est pas uniquement un site dédié à Alpine ou Renault », rappelle Axel Plasse. « On travaille déjà pour d’autres clients. Historiquement avec Nissan en Formule E, où nous avons été champions du monde, mais aussi sur d’autres programmes motorsport. Faire un programme WEC avec Signatech pour un autre constructeur, c’est quelque chose de tout à fait envisageable. »

Des constructeurs chinois dans les starting-blocks

Dans ce contexte, l’intérêt de certains constructeurs étrangers, notamment asiatiques, prend une dimension particulière. Selon les informations d’Endurance24, plusieurs groupes chinois étudient de près les opportunités d’entrée en Hypercar, avec des profils comme BYD, Chery ou encore Geely.

Un intérêt qui ne semble pas passer inaperçu au sein de l’écosystème de l’endurance. Philippe Sinault évoque d’ailleurs un contexte favorable aux discussions : « Il y a beaucoup de soutiens, je ne parle pas de soutien moral, mais d’effectif terrain… même de l’ACO. »

Dans un championnat en pleine expansion, où l’arrivée de nouveaux constructeurs constitue un enjeu stratégique majeur, l’intérêt de marques chinoises pour la catégorie reine s’inscrit dans une dynamique que les instances observent avec attention.

BYD a déjà évoqué un intérêt pour la catégorie Hypercar des 24 Heures du Mans © DR

Pour ces marques, l’intérêt est évident : accéder à la catégorie reine de l’endurance avec un projet déjà structuré, sans passer par les longues phases de développement initial.

Dans un championnat devenu extrêmement compétitif, où chaque détail compte, gagner du temps représente un avantage décisif.

Pour un constructeur, récupérer une voiture, une équipe et un savoir-faire représente un raccourci unique vers la performance. Qu’il s’agisse d’une A424 rebadgée ou profondément retravaillée, peu importe au fond : pour le grand public, notamment à l’international, l’essentiel restera l’image et la présence au plus haut niveau.

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club
À propos de l'auteur, Florian Defet

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