| 8 avril 2024 | par

Stéphane Ratel, partie 2/2 : L’électrique « peu adaptée à la compétition-client »

© SRO

Suite et fin de notre entretien avec Stéphane Ratel, le président-fondateur de SRO Motorsports Group, au cours duquel nous avons également évoqué l’Intercontinental GT Challenge, mais aussi sa vision du futur du sport automobile.

Un calendrier avec quatre épreuves est-il le bon format pour l’Intercontinental GT Challenge ?

« Nous souhaitons en ajouter une cinquième car normalement, il y en avait une cinquième. J’espère donc que nous allons pouvoir ajouter une cinquième course. Mais il est certain que c’est beaucoup plus facile d’avoir des teams locaux qui permettent d’assurer une grille. Ensuite, il y a quelques constructeurs qui s’ajoutent, qui font venir des teams internationaux. Si nous ne comptons que sur des teams qui viennent d’ailleurs, c’est plus compliqué. »

Stéphane Ratel (SRO), partie 1/2 : « Nous avons encore quelques belles années devant nous »

Pourquoi ne pas avoir intégré la manche en Arabie Saoudite au calendrier de l’Intercontinental GT Challenge plutôt qu’au GT World Challenge Europe ?

« Non, car l’Intercontinental GT compte finalement assez peu de voitures. Le concept de l’Intercontinental, c’est d’investir des marchés et nous le disons depuis le début. L’idée n’est pas de transporter des écuries, mais d’utiliser des écuries locales. Nous avons vu la difficulté que nous avons rencontrée en Afrique du Sud, par exemple. Nous arrivons à avoir de belles grilles en Australie, à Bathurst, car il y a tous les teams australiens. En Europe, bien sûr, il y a tous les teams européens. En Amérique, nous avons les teams américains. Dès que nous sortons de ces zones, c’est plus compliqué. Je pense que la plus grande certitude que nous avions de réussir l’événement, avec un nombre très important de voitures, c’était de prendre les deux plus grosses grilles fixes que nous avons, qui sont le Fanatec GT World Challenge et le GT4 European. »

© SRO

Au cours des dernières années, nous avons souvent évoqué les bonnes relations entre l’ACO et SRO, notamment lors de l’introduction de la catégorie LMGT3 en WEC, aux 24 Heures du Mans et ELMS. Quand peut-on s’attendre à une épreuve organisée par le SRO sur le circuit du Mans ?

« Il est vrai que nous aimerions beaucoup organiser une course là-bas. Nous avions envisagé cette possibilité pour le championnat de France, mais le nombre de jours disponibles est très limité en raison des restrictions sonores. Le Mans est un circuit si spectaculaire que Laurent travaille sur une formule qui pourrait être mise en œuvre dans le cadre d’un événement attirant un grand nombre de spectateurs. En effet, la grandeur du Mans, avec ses immenses tribunes, peut donner une impression de tristesse si elles ne sont pas remplies. Il serait donc préférable de trouver un moyen d’y organiser un événement qui attirerait un public conséquent plutôt que d’y aller seul. Cela dit, nos relations avec l’ACO sont excellentes, ce qui est très satisfaisant. »

Cela n’a d’ailleurs pas dénaturé vos grilles…

« C’est un succès des deux côtés. Après tout, il y avait déjà des équipes GT au Mans. Elles étaient présentes et participaient en GTE. Comme vous pouvez le voir, toutes les équipes GTE, même s’il y avait moins de voitures Pro, formaient une belle grille GTE. Ce qui compte dans le sport automobile, ce n’est pas la voiture. C’est l’argent qui est disponible. Les pilotes et les équipes disposaient des fonds nécessaires pour faire rouler des GT, que ce soit en GTE ou en GT3, cela revient au même. »

La Maserati GT Folgore, première voiture électrique fabriquée par Maserati © DR

Quelle est votre vision de l’avenir du sport automobile ?

« Fort de plus de 30 ans d’existence, le succès de SRO repose sur un concept original. Ma première série, Venturi, était appelée Gentleman Driver Trophy. Mis à part une courte parenthèse entre 1997 et 1998 avec un championnat d’usine qui était la première génération du FIA GT, SRO a toujours été axé sur la compétition-client. C’est ce que j’ai fait depuis le début, convaincu que toute dépendance envers les constructeurs est par nature risquée. Un constructeur s’engage en fonction de ses besoins promotionnels, il vient et il part. En revanche, il y aura toujours des équipes pour la compétition-client. Je suis convaincu que le sport automobile, qui est une combinaison d’adrénaline, de plaisir et bien plus encore, restera extrêmement attractif.

Il y aura toujours des clients désireux de conduire sur des circuits. Je suis persuadé que le rugissement d’un V10, d’un V12 ou d’un six cylindres Porsche restera. Nous avons eu beaucoup de constructeurs ces dernières années, mais nous n’avions pas besoin d’en avoir 10 ou 12 en GT3. Peut-être qu’un jour, il y en aura plus que six, je ne sais pas. Même si à la fin, il ne reste que Porsche, Ferrari, Aston Martin, Lamborghini, qui sont les véritables voitures de course, les concurrents et les équipes iront acheter les voitures disponibles. Je pense que cela ne changera pas. À mon avis, tant que nous restons dans la compétition-client, qui est le modèle de SRO et ce que nous défendons, nous sommes dans une situation stable et je ne vois pas du tout cela s’effondrer.

Pour la compétition d’usine, il est certain que tout sera de plus en plus orienté vers des technologies, que ce soit l’hydrogène, l’électrique ou d’autres moyens d’efficacité énergétique, cela deviendra essentiel à l’avenir. »

© SRO

Comment préparez-vous cela ?

« Chez SRO, nous travaillons sur un projet électrique appelé GTX, GT eXperimental, sur lequel nous travaillons depuis cinq ans. Le projet a été interrompu par le COVID, mais cela fait vraiment trois ans que nous sommes dessus. Lorsque vous allez sur les salons et que vous voyez tous les concept cars, vous pensez que tout est électrique. Dans la réalité, donnez-moi aujourd’hui une voiture GT électrique qui existe. La Maserati GranTurismo Folgore est à peu près tout ce qu’il y a.

Nous, nous faisons avec des voitures de production. Pour que je puisse faire du GT électrique, j’ai besoin de GT électriques qui existent. Aujourd’hui, il n’y en a pratiquement pas. Donc, nous attendons encore un marché. Lorsqu’il y aura vraiment des GT électriques performantes, nous pourrons avancer dans ce domaine. Aujourd’hui, c’est difficile. De toute façon, c’est peu adapté à la compétition-client pour ce que nous faisons ici en circuit. C’est pour cela que nous avons créé ce concept qui est comme l’équivalent du Tour de France Auto, à travers l’Europe et ailleurs. Cela doit être ludique, efficace, générer de l’exposition, etc. C’est un concept différent. »

Passionné de sport auto depuis toujours⎥Journaliste depuis 2018⎥Rédacteur en chef d'Endurance24
À propos de l'auteur, Florian Defet

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