Au sein du centre d’excellence de Peugeot Sport à Satory, loin du tumulte des circuits, les performances de la 9X8 se construisent en silence. Dans cet écrin technologique, un outil est devenu central dans le programme Hypercar : le simulateur. Véritable prolongement du cockpit réel, il est aujourd’hui au cœur de la préparation des pilotes comme du travail des ingénieurs. Endurance24 a eu l’opportunité exclusive d’assister à une séance de travail de Loïc Duval, pilote de la 9X8 n°94, à l’approche des 6 Heures d’Imola.
Ce jour-là, tandis que les mécaniciens s’affairent à préparer les 9X8 pour Imola, tout en anticipant déjà celles qui partiront à São Paulo, Loïc Duval enchaîne les relais dans le simulateur DIL (Driver-in-the-Loop), installé dans un cockpit reproduisant à l’identique celui de l’Hypercar tricolore. « Le simulateur, pour nous, c’est l’opportunité de monter dans la voiture quelques jours avant une séance d’essais ou une course, de reprendre nos habitudes, nos repères visuels » explique-t-il après avoir passé près de deux heures dans le cockpit.
« Tout ce qu’on retrouve à l’intérieur – l’ergonomie, le volant, les réglages – est identique à la voiture de course. Ce qu’on appelle les ‘settings’ sur le volant, les manipulations qu’on doit faire, on les répète ici. Et comme on passe notre temps à peaufiner et à changer des choses, il faut que ce soit naturel, presque automatique. »

© Peugeot
Contrairement à certains simulateurs dynamiques montés sur vérins, celui de Peugeot Sport est statique. Il ne reproduit donc pas les mouvements de caisse, de freinage ou d’accélération. « Le grip, par exemple, est constant, ce qui est différent d’un week-end réel où les conditions évoluent. Mais ça nous permet quand même de travailler énormément. On ne vient pas pour peaufiner à 100 %, on fera ça en piste, mais pour dégrossir, c’est un outil redoutable. »
Un outil de répétition… et d’anticipation
« Je ne dirais pas qu’on a besoin de trois heures de simulateur, » glisse Duval. « Au bout d’un quart d’heure, vingt minutes, on a repris nos marques. C’est là que tu vois à quel point le simulateur est bien fait. »
Au-delà des automatismes de pilotage, l’outil permet de répéter des scénarios spécifiques. « Comme je suis prévu pour faire le départ à Imola, j’ai travaillé un peu tout ce qui est procédures de départ. Ensuite, on fait aussi des runs où on simule une voiture en pleine charge, ou les phases avec coupures moteur pour gérer l’autonomie. Ce sont des situations qu’on ne peut pas improviser le jour de la course. »

© Nico Deumille
Un programme structuré entre les six pilotes
Les rôles sont bien définis au sein de l’équipe. Mikkel Jensen, habituellement engagé sur la 9X8 n°93 aux côtés de Jean-Éric Vergne et Paul di Resta, est aussi le référent simulateur. « C’est lui qui va dégrossir beaucoup de choses quand il y a de nouvelles pièces ou de nouveaux réglages à tester. En règle générale, il passe pas mal de temps dessus pour mettre la voiture dans une bonne fenêtre d’utilisation. Ensuite, les cinq autres pilotes viennent faire quelque chose de plus concis, plus ciblé. »
Et de préciser : « Certains bossent plus sur les qualifs, ceux qui sont prévus pour les faire. D’autres, comme moi sur Imola, vont travailler les départs. On adapte en fonction de nos rôles en course. Le premier run, c’est pour reprendre les sensations, et ensuite, on a deux ou trois runs pour aller un peu plus loin dans les réglages. »
Une collaboration permanente avec les ingénieurs
Le simulateur est aussi une plateforme d’échange avec les ingénieurs. « C’est surtout important pour eux, pour prendre une direction de travail, obtenir du feedback sur la balance de la voiture, sur les sensations générales. Nous, on apporte nos ressentis, on valide certains points, on en discute avec eux. »

© Florent Gooden / DPPI
Mais malgré sa précision, le pilote reste prudent quant à son utilisation. « Je suis convaincu que le simulateur, ce n’est pas 100 % la réalité. On l’a vu en F1, avec un gros crash parce qu’un pilote s’était peut-être un peu trop fié au sim. Il y a toujours une part d’inconnu quand on arrive sur le circuit. Mais ça reste l’outil de préparation le plus important qu’on ait aujourd’hui. »
Une Hypercar née dans le virtuel
Ce recours massif au simulateur s’inscrit dans la philosophie même du projet 9X8. Développée en grande partie en environnement numérique – en partenariat avec Dassault Systèmes et sa plateforme 3DEXPERIENCE –, l’Hypercar de Peugeot a vu ses premières versions modélisées bien avant de rouler physiquement. Plus de 10 000 simulations ont été réalisées durant la phase de conception, jusqu’à tester l’audacieux concept sans aileron arrière… avant de revenir à des solutions plus conventionnelles en 2024.
« En termes de sensations, c’est ce qu’on va retrouver de plus proche de la réalité », conclut Duval. « Après, le mieux pour nous pilotes, ça reste de rouler sur circuit. Mais aujourd’hui, le simulateur est incontournable. On ne peut pas s’en passer. »
Dans un contexte de réglementation stricte, où les essais privés sont de plus en plus limités, le recours au simulateur prend une importance stratégique. C’est là, dans l’ombre des circuits, que se joue une part essentielle de la performance.
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