Le M24, musée vivant des icônes du sport automobile

Le M24 — Musée du Sport Automobile ouvre ses portes ce jeudi 28 mai au Mans. Sur 8 600 m², un siècle de sport automobile prend vie à travers des collections d’exception et une scénographie immersive. 

Il y avait l’ancien Musée des 24 Heures du Mans, inauguré dans les années 1960 et plusieurs fois remanié. Il y aura demain le M24 — Musée du Sport Automobile, qui ouvre ses portes au grand public ce jeudi 28 mai 2026, au lendemain d’une soirée d’inauguration organisée ce mercredi soir. Un changement d’échelle.

L’histoire commence en 2022, quand Pierre Fillon, président de l’Automobile Club de l’Ouest, et Richard Mille, figure incontournable du paddock de l’endurance depuis des années, décident de conjuguer leurs ambitions et leurs collections au sein d’une société commune, MACO. Les deux hommes se connaissent bien : « Richard Mille a été le premier partenaire de Le Mans Classic. Il a une passion pour Le Mans depuis toujours. On échangeait tous les jours sur l’endurance », rappelle Pierre Fillon. « C’est presque naturel qu’on s’est dit : agrandissons notre musée et mettons-y les collections. Je me souviens toujours de Jean Todt qui me disait que Le Mans était la capitale du sport automobile, pas que de l’endurance. C’était un trop beau projet pour passer à côté. »

Fabrice Bourrigaud, Richard Mille et Pierre Fillon © ACO

Pour Richard Mille, collectionneur depuis quarante ans, la motivation est plus intime. « Ça fait longtemps que je collectionne des voitures. Garder ça pour soi, je trouvais ça toujours un peu réducteur ; un genre de plaisir solitaire pas bien assumé. Il y a beaucoup d’amoureux du sport automobile. De ne pas leur faire profiter de ces merveilles, c’était criminel. J’ai mis tous mes rêves de jeunesse là-dedans. » Et d’ajouter, avec une franchise désarmante : « Quand on était gamin, on jouait avec les petites voitures, on imaginait des univers. Retranscrire ces univers à l’échelle un, c’est pas mal du tout. »

En moins d’un an de travaux, un délai serré imposé par l’agenda des 24 Heures, le bâtiment originel de 1961 a été entièrement rénové et doublé d’une extension signée par l’architecte Frédéric Audevard. Au total, 8 600 m² dont les lignes tendues s’inspirent directement de l’aérodynamisme des prototypes engagés sur la Sarthe.

Vivre les 24 Heures de l’intérieur

Pour les lecteurs d’Endurance24, c’est là que le M24 devient vraiment intéressant. Le parcours est structuré comme une course entière. On entrera par le pesage en ville, moment où la classique mancelle entre historiquement en communion avec le public, et on ressortira par la victoire, le dimanche à 16 heures. « On a presque un parcours initiatique, avec le pesage, le départ, les pit stops, les ateliers, l’arrivée, le triomphe », décrit Richard Mille. Pierre Fillon complète : « On voulait que le visiteur vive de l’intérieur le départ des 24 Heures, mais aussi ce qui n’existe qu’au Mans : le jour, la nuit, la pluie, le lever du soleil. Tout ce qui fait la magie de cette course. »

Sur la scénographie, Richard Mille avait une ligne directrice claire. « Ce qu’on voulait éviter à tout prix, c’est la redondance. Le risque, c’est de voir toujours la même chose avec simplement des voitures différentes, un électroencéphalogramme plat. À chaque passage dans des univers différents, il faut ressentir des émotions différentes qui correspondent à la réalité de la course. »

Il insiste aussi sur la dimension artistique des machines exposées : « Ce sont des œuvres d’art. Certaines voitures sont sublimes. Le problème dans un musée, c’est de rendre ces bolides ce qu’ils sont dans la réalité : dynamiques. Beaucoup de musées sont un peu morbides. Là, l’objectif était de créer des univers liés à l’émotion. Les fans qui viennent aux 24 Heures viennent chercher des émotions. Et il fallait retranscrire cet aspect légendaire, parce que ce sont des légendes. Le Mans, ça a été fait à la fois de drames, mais de périodes somptueuses, de courses épiques, la nuit, tout ça. Il y a ce côté étoffe des héros qu’il fallait retranscrire. »

La mission scénographique a été confiée à The Immersers, un collectif nantais piloté par Raphaël Daguet, spécialisé dans la création d’expériences narratives. Dioramas à taille humaine, salle entièrement dédiée à la nuit avec une gestion millimétrée de la lumière et de l’obscurité, matériauthèque où le visiteur pourra toucher des répliques de volants et de combinaisons.

Des machines en état de marche

197 œuvres exposées, 48 voitures d’endurance, 16 pièces de Formule 1, six disciplines représentées : endurance, F1, rallye, IndyCar, moto et Can-Am. « On ne voulait pas se cantonner uniquement aux 24 Heures », souligne Pierre Fillon. « C’était vraiment de faire partager. Il se trouvait que Richard Mille avait des collections de Formule 1. C’est comme ça qu’on a eu la possibilité de s’ouvrir. »

Parmi les pièces maîtresses, la Porsche 917 LH de 1971, celle qui avait franchi les 250 km/h de moyenne sur un tour aux essais, la Mazda 787B victorieuse en 1991, dernière gagnante à moteur rotatif dont le son a marqué toute une génération, la Toyota TS050 détentrice du record absolu du tour au Mans, ou encore la Tracta Gephi 1928, ancêtre méconnu de la traction avant moderne. Et ce n’est qu’un aperçu. « Au total, on doit avoir près de 500 voitures, avec en moyenne 130 exposées simultanément », précise Richard Mille. « Il y a toujours des crève-cœur dans les choix. Mais l’objectif, c’est aussi de ne pas rester figé ; faire tourner les voitures et proposer aux visiteurs une palette très large. »

© AIR2D3 MARIA LABZAE

Ce qui distinguera le M24 d’un musée classique : la quasi-totalité de ces machines sont en état de marche, régulièrement démarrées et entretenues dans l’atelier du musée, accessible au public une à deux fois par mois. Trois restaurations majeures sont par ailleurs en cours, dont la Bentley 3 litres victorieuse en 1924 — la plus vieille gagnante encore existante des 24 Heures, qui a nécessité à elle seule près de 3 700 heures de travail.

Les légendes ont leur allée

35 figures du sport automobile seront mises à l’honneur. On y retrouvera bien sûr Jacky Ickx, six victoires au Mans et cinq pole positions, un record qui tient toujours. Tom Kristensen et ses neuf succès. Mais aussi Odette Siko, pionnière du sport automobile féminin, quatrième des 24 Heures 1932, un record que personne n’a jamais approché depuis. Leurs combinaisons, casques et trophées les accompagnent, dont la coupe Rudge-Whitworth de la toute première édition en 1923. Et pour mesurer l’épaisseur de l’histoire des 24 Heures, 4 667 miniatures au 1/43e. Toutes les voitures engagées depuis 1923 seront exposées en fin de parcours, entretenues par quatre bénévoles dont la méticulosité force le respect.

© AIR2D3 MARIA LABZAE

Le Mans, capitale du sport automobile

« On voulait partager le patrimoine de Richard Mille et celui de l’ACO, mais aussi transmettre tout ce qu’a pu apporter la course automobile », insiste Pierre Fillon. « Ce n’est pas que du sport. Il y a des innovations nées au Mans qu’on retrouve partout, dans la mobilité, dans la société. »

Boutique de 300 m², ateliers pédagogiques, espace séminaire et visites guidées du circuit compléteront le dispositif. À un peu plus de deux semaines du coup d’envoi des 24 Heures du Mans 2026, le M24 s’impose d’emblée comme l’escale incontournable pour tout passionné qui fera le déplacement en Sarthe.

M24 – Musée du Sport Automobile — 9 place Luigi Chinetti, 72100 Le Mans — 02 43 72 72 24 — www.m24-musee.com

Ouvert à compter du jeudi 28 mai 2026, de 10h à 19h. Tarifs : 20 € (adultes), 12 € (6-17 ans), gratuit pour les moins de 6 ans.

© AIR2D3 MARIA LABZAE

© AIR2D3 MARIA LABZAE

© AIR2D3 MARIA LABZAE

© AIR2D3 MARIA LABZAE

© AIR2D3 MARIA LABZAE

Florian Defet

Passionné de sport auto depuis toujours⎥Journaliste depuis 2018⎥Rédacteur en chef d'Endurance24