Partie de la voie des stands après un changement de moteur en début de semaine, la Porsche 911 GT3 R Evo n°80 de Lionspeed GP a réalisé l’un des exploits les plus remarquables de l’histoire des 24 Heures de Spa. Bastian Buus, Thomas Preining et Ricardo Feller s’imposent au terme de 24 heures de course marquées par des chaleurs record et des rebondissements incessants.
Dès le départ, alors que les favoris se battaient en tête, la Porsche n°80 construisait discrètement et méthodiquement sa remontée, grignotant des positions heure après heure, profitant de chaque neutralisation et d’une stratégie parfaitement orchestrée par son directeur sportif, le Français Sébastien Breuil, déjà à l’origine du succès de Comtoyou Racing en 2024.
Entrée dans la bataille de tête dans les dernières heures de nuit, elle prend définitivement les commandes dans la dix-neuvième heure. Bastian Buus cède le volant à Thomas Preining lors d’un arrêt parfaitement exécuté, et l’Autrichien réalise un double dépassement spectaculaire grâce à l’undercut sur la ligne droite de Kemmel, débordant d’un coup Lucas Auer sur la Mercedes n°48 et Matt Campbell sur la Porsche n°22 de Schumacher CLRT.
Lionspeed GP prend les commandes de la course 18 heures et 36 minutes après en avoir pris le départ depuis la voie des stands, un moment d’anthologie. Après la dernière vague d’arrêts, Thomas Preining ressort avec une quinzaine de secondes d’avance, matelas qu’il administre avec sang-froid jusqu’à la ligne d’arrivée. La Porsche n°80 franchit la ligne avec 12,288 secondes d’avance sur la Mercedes n°48, signant la neuvième victoire de Porsche dans l’épreuve et la première depuis 2020. Une première également pour les trois pilotes et pour Lionspeed GP, en première saison en classe Pro.
La Ferrari n°51, victime de ses propres déboires
Cette 78e édition restera aussi dans les mémoires comme celle de la Ferrari n°51 d’AF Corse. Le trio Nicklas Nielsen, Alessio Rovera et Tommaso Mosca a dominé les débats depuis le départ au point de pole, mais une succession de coups durs a peu à peu hypothéqué ses chances de victoire.
Dès la troisième heure, une pénalité de 15 secondes pour excès de vitesse sous Full Course Yellow frappe la n°51 alors qu’elle menait la course. Elle s’en remet, purge sa pénalité dans la quatrième heure et ressort en tête. Puis survient le véritable tournant : dans la cinquième heure, une crevaison à l’arrière droit avec Nicklas Nielsen au volant, détectée à la sortie du Bus Stop. Le Danois doit boucler un tour complet au ralenti avant de pouvoir rentrer aux stands. La Ferrari retombe à la 45e place, à près de deux tours des leaders. On la croit hors jeu. Elle revient pourtant, profitant de chaque neutralisation pour regagner du terrain, jusqu’à retrouver la tête dans la quinzième heure grâce à une séquence d’arrêts parfaitement exécutée par AF Corse.
Mais dans la dix-neuvième heure, Mosca tente une manoeuvre audacieuse à l’extérieur d’Eau Rouge sur Stolz pour le leadership. Contact, nouvelle crevaison, nouvel arrêt non planifié. S’ensuit une pénalité de cinq secondes pour un accrochage de Nielsen avec la Porsche n°2 de Boutsen VDS aux Combes. La victoire s’est définitivement échappée. Dans l’avant-dernière heure, Rovera réalise pourtant encore une manoeuvre spectaculaire aux Combes pour revenir dans les roues de Stolz, mais ne peut rien faire pour le déborder. Il franchit la ligne à seulement 0,650 seconde de la Mercedes. C’est finalement la Mercedes-AMG GT3 Evo n°48 du Winward Racing, avec Lucas Auer, Luca Stolz et Maro Engel, qui prend la deuxième place, mettant fin à une série d’invincibilité en Intercontinental GT Challenge cette saison. La Ferrari n°51 complète le podium, exploit remarquable au regard des embûches traversées, mais avec les regrets de ceux qui savent qu’ils auraient pu s’imposer.
À noter que dans les dernières heures, les deuxième, troisième et quatrième places étaient séparées de moins d’1,5 seconde à l’arrivée. La voiture soeur n°50, confiée à Arthur Leclerc, Sean Gelael et Lilou Wadoux, complète le top 5 après une course compliquée dès les premières heures.
Une course d’élimination pour les autres prétendants
La Porsche n°22 de Schumacher CLRT, avec Ayhancan Güven, Matt Campbell et Frédéric Makowiecki, termine quatrième malgré une pénalité pour contact sur la Porsche n°2 de Boutsen VDS à La Source dans la vingt-deuxième heure, cette dernière perdant plus d’une minute aux stands pour réparations et terminant huitième. La BMW n°46 du Team WRT, avec Daniel Harper, Max Hesse et Valentino Rossi, prend la sixième place après avoir longtemps figuré dans le top 3, sans jamais disposer du rythme pur des meilleurs. L’Aston Martin n°34 de Walkenhorst Motorsport, impliquée dans l’accident du premier tour à Pouhon et contrainte de composer avec des vibrations persistantes, réalise une belle septième place. La BMW n°98 de ROWE Racing, pénalisée par le timing malheureux d’un FCY lors d’une séquence d’arrêts dans la dix-septième heure, termine neuvième à un tour. La BMW n°32 du Team WRT, qui avait su revenir dans la course malgré des dégâts en début d’épreuve, ne verra pas l’arrivée : Kelvin van der Linde s’immobilise dans le secteur central à l’avant-dernière heure.
Plusieurs prétendants sérieux ont en revanche dû s’incliner bien avant le terme. La Ford Mustang GT3 Evo n°64 de HRT Ford Racing, brillante lors des phases médianes de la course et un temps dans la rotation des leaders, abandonne au Bus Stop dans la seizième heure après une pénalité pour excès de vitesse sous FCY qui l’avait déjà sortie du coup. Les deux McLaren 720S GT3 Evo de Garage 59 avaient figuré dans les quatre premiers à plusieurs reprises : la n°59 abandonne sur des problèmes de suspension dans la septième heure, tandis que la n°58, qui menait à mi-course, perd une heure aux stands après un accrochage avec la Porsche n°22 lors de la nuit. L’Aston Martin n°7 de Comtoyou Racing, avec Mattia Drudi, Marco Sorensen et Nicki Thiim, pointait aux avant-postes dans la quinzième heure lorsque ce dernier perd le contrôle seul au Raidillon et percute les barrières, mettant fin à ses espoirs. La Mercedes n°17 du GetSpeed, en pole position des qualifications avant d’être pénalisée pour changement de freins, percute la n°177 du Grupo Prom Racing au Bus Stop dans la quatrième heure, les deux voitures abandonnant dans la foulée. Enfin, l’Audi n°84 d’Eastalent Racing, qui avait pourtant brillé en prenant la tête à mi-course grâce à une stratégie décalée, est contrainte à l’abandon après un accident à Blanchimont durant la nuit avec Markus Winkelhock au volant.
À noter la première course complète de la Lamborghini Temerario GT3 sur 24 heures : la n°96 de Rutronik Racing termine dix-neuvième au général après une course régulière.
Les victoires de catégories
En Bronze, la Ferrari 296 GT3 Evo n°74 de Kessel Racing s’impose au terme d’une course régulière, terminant dixième au général. À noter la victoire en beauté de Mathys Jaubert, venu disputer ses premières 24 Heures de Spa en renfort aux côtés de Ben Tuck, Dennis Marschall et Dustin Blattner. La balance a penché dans les deux sens tout au long de la course entre la Ferrari et la BMW n°991 de Paradine Competition, les deux autos pointant même à quelques reprises aux premières loges du classement général. La victoire est finalement assurée lorsque la BMW subit une crevaison à l’avant-dernière heure. Le podium Bronze est complété par la Porsche n°89 de Lionspeed GP, devant les Mercedes n°87 de Winward Racing et n°222 de 2 Seas Motorsport.
En Silver, la Ferrari n°45 de Rinaldi Racing, avec Alessandro Balzan, David Perel, Rafael Duran et Dylan Medler, s’impose après une belle remontée, Balzan devançant Amaury Cordeel à l’issue du dernier arrêt pour s’imposer avec 11,5 secondes d’avance. La Ferrari n°52 d’AF Corse complète le podium, devant la McLaren n°5 d’Optimum Motorsport, dont la course a été émaillée de multiples pénalités dont un stop-and-go de quatre secondes dans la vingt-troisième heure pour arrêt technique non conforme.
En Gold, la BMW M4 GT3 Evo n°998 de ROWE Racing, emmenée par Ugo De Wilde, Tim Tramnitz et Jens Klingmann, s’impose avec cinq tours d’avance sur la Porsche n°10 de Boutsen VDS, la McLaren n°4 d’Optimum Motorsport complétant le podium. Seule équipe à avoir réalisé une course propre dans la catégorie, la n°998 termine onzième au général. La McLaren n°58 de Garage 59, qui figurait régulièrement dans le top 3 général en première partie de course, perd une heure aux stands suite à une erreur de Benjamin Goethe au freinage sur la Porsche n°22, anéantissant ses espoirs de victoire de catégorie.
Enfin, en Pro-Am, la Corvette Z06 GT3 R n°0 du Johor Motorsports Racing s’impose, signant la première victoire de Corvette dans la catégorie depuis le succès de la marque au général en 2009. Ben Green, Jordan Love, le Prince Jefri Ibrahim et le Prince Abu Bakar Ibrahim ont construit leur victoire dans la nuit malgré des pénalités en début de course, s’imposant avec un tour d’avance sur la Porsche n°86 de High Class Racing et la Mercedes n°999 du GetSpeed Team PCX.
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