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De Barcelone à Monza, Michelin passe d’un extrême à l’autre

Trois semaines séparent les deux dernières manches de la saison WEC, et elles ne pourraient pas être plus dissemblables pour les pneumatiques. Michelin décrivait Barcelone comme le tracé le plus exigeant de l’année pour ses enveloppes ; le manufacturier aborde Monza, pourtant deuxième circuit le plus rapide du calendrier après Le Mans, comme un rendez-vous à faible densité énergétique.

À Barcelone, le diagnostic de Pierre Alves, manager des programmes Endurance chez Michelin Motorsport, était sans appel : le tracé catalan présentait « la plus forte densité énergétique pour les pneumatiques de toute la saison », avec des pneus gauches si sollicités qu’ils pouvaient n’encaisser qu’un seul relais. Quinze jours plus tard, le même homme emploie un vocabulaire radicalement différent : « Monza présente un profil assez particulier, avec des vitesses très élevées mais une densité d’énergie relativement faible pour les pneumatiques. »

La contradiction n’est qu’apparente. Ce qui use une enveloppe, ce n’est pas la vitesse en ligne droite — où le pneu se contente de rouler — mais l’énergie qu’on y injecte en virage. Les longues courbes rapides de Barcelone martyrisent les gommes ; les interminables lignes droites lombardes les laissent respirer, même si les Hypercar y passent près de 40 % du temps au-delà de 250 km/h.

Des contraintes déplacées, pas supprimées

Monza ne les épargne pas pour autant : il déplace la contrainte. « Les pneus avant sont fortement sollicités au freinage, où ils doivent apporter beaucoup de stabilité et de précision, tandis que les pneus arrière doivent garantir une excellente motricité lors des accélérations », détaille Pierre Alves. L’enjeu est directement sportif : c’est à l’entrée des chicanes que se présentent les principales occasions de dépassement.

Conséquence, la stratégie s’ouvre nettement. Michelin proposera les mélanges Soft et Medium de sa gamme Pilot Sport Endurance, tous deux jugés capables de longs relais. « Le Soft sera le pneu pour chasser la pole, mais en course les stratégies restent très ouvertes », avance le Français. « Nous pourrions voir des doubles, voire des triples relais. »

© LE FLOC’H / DPPI

La météo en juge de paix

Reste l’inconnue majeure, et elle n’a rien de technique. Le WEC n’était plus revenu à Monza depuis juillet 2023, en plein été. « Nous revenons en novembre, avec des températures potentiellement basses et un risque de pluie », reconnaît Pierre Alves. Entièrement resurfacé en 2024, le circuit offre une excellente adhérence sur le sec, mais sa capacité de drainage limitée pourrait compliquer sérieusement le pilotage sous l’averse.

Les équipes disposeraient alors de la dernière génération de pneumatiques Pilot Sport Endurance W, introduite précisément à Barcelone. Après une entrée en matière catalane sans réelle mise à l’épreuve, ils pourraient trouver en Lombardie un terrain autrement plus révélateur.

Florian Defet

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club