Parties depuis les 14e et 15e places sur la grille de départ, les deux Toyota TR010 Hybrid n’étaient pas les favorites de cette 94e édition des 24 Heures du Mans. Pourtant, au terme d’une course parfaitement exécutée et riche en rebondissements, le constructeur japonais a retrouvé le sommet de la Sarthe quatre ans après son dernier succès. Pour David Floury, directeur technique de Toyota Racing Europe, cette victoire est avant tout celle d’un collectif qui n’a jamais cessé d’y croire malgré les difficultés rencontrées en course.
Au regard de la hiérarchie observée tout au long de la semaine, BMW et Cadillac semblaient disposer des meilleures armes pour s’imposer. Toyota, discret durant les essais et relégué en fond de grille, a rapidement choisi une autre voie.
« Honnêtement, je m’attendais à être davantage en difficulté », reconnaît David Floury. « Nous avions vraiment travaillé en priorité pour la course et beaucoup moins pour les qualifications. Les qualifications ont été un peu frustrantes car nous avions le potentiel de placer les deux voitures en Hyperpole 2, mais cela n’a finalement pas eu beaucoup d’importance. »
Dès la première heure, Toyota décide ainsi de décaler sa stratégie afin de revenir rapidement dans le match. « Quand on part aussi loin sur la grille, avec un déficit de vitesse de pointe par rapport à certains concurrents, il fallait être créatifs. Nous avions préparé plusieurs scénarios avec les pilotes avant le départ et nous avons rapidement basculé sur celui-ci. Ce n’est que la première heure d’une course de 24 heures. La vraie clé du succès, c’est la force collective de l’équipe et le fait de ne jamais abandonner. »

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Une victoire qui a failli s’envoler
Car derrière ce succès se cache une course bien plus compliquée qu’il n’y paraît. « Très tôt dans la course, nous avons subi une crevaison lente qui nous a placés dans une situation délicate vis-à-vis d’une éventuelle Safety Car », explique Floury concernant la n°7 de Kamui Kobayashi, Mike Conway et Nyck de Vries a donc vu sa progression. Puis un problème plus sérieux apparaît au cours de la soirée.
« Ensuite, vers 21 heures, nous avons rencontré un problème avec un capteur FIA. Il n’était pas totalement défaillant mais envoyait des données erratiques, ce qui perturbait les mesures du système. Nous avons dû passer temporairement sur un mode de fonctionnement de secours. À certains moments, cela représentait jusqu’à 6 à 8 km/h de différence de vitesse de pointe entre nos deux voitures. Heureusement, le capteur est partiellement revenu à la normale et nous avons trouvé des solutions pour limiter l’impact jusqu’à l’arrivée. »
Un problème suffisamment sérieux pour remettre en question les ambitions de victoire du constructeur japonais.
La n°8 au service du collectif
L’autre élément majeur de cette victoire se joue dans les dernières heures. Alors que BMW revient très fort dans la lutte pour le succès, Toyota décide de jouer la carte de l’équipe. Sébastien Buemi, au volant de la n°8, conserve ses pneumatiques plus longtemps afin de ralentir la progression de Robin Frijns sur la BMW n°20 avec des pneus bien plus frais. Une séquence décisive qui permet à Kamui Kobayashi de creuser l’écart en tête.
Pour David Floury, cette contribution « a été très importante. Nous avons appliqué la même philosophie qu’à Imola, mais en inversant les rôles. À Imola, Kamui avait utilisé ses pneus pour aider Sébastien. Cette fois, c’est Sébastien qui a joué ce rôle pour permettre à Kamui de prendre l’avantage.
Dans la dernière heure, Sébastien Buemi a réussi à contenir la BMW pendant plusieurs tours avec des pneus plus usés. Ce sont des moments clés qui construisent une victoire. Cette victoire est vraiment celle de toute l’équipe. »

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Une revanche après 2025
Cette sixième victoire de Toyota au Mans possède une saveur particulière pour l’ensemble du constructeur japonais. Battue l’an dernier et parfois critiquée lors de ses précédents succès dans une catégorie moins dense, la marque a cette fois triomphé face à une concurrence réunissant Cadillac, BMW, Ferrari, Alpine, Porsche, Peugeot, Aston Martin et Genesis.
« Cette fois personne ne pourra dire que nous avons gagné sans opposition », sourit Floury. « Nous avions encore en travers de la gorge certaines critiques entendues après 2023 et 2024. L’an dernier, nous n’avions tout simplement pas le niveau de performance nécessaire pour gagner. Nous nous sommes beaucoup remis en question, mais sans révolutionner l’équipe. Nous sommes restés unis et nous avons travaillé dur pour développer cette nouvelle voiture. Cette victoire est une magnifique récompense pour tous ceux qui ont investi autant d’énergie dans ce projet. »
Le Mans, dix ans après
Pour le directeur technique français, ce succès occupe une place particulière dans son parcours personnel : « Chaque victoire est différente et difficile à comparer. Celle-ci me rappelle beaucoup 2016. À l’époque, nous étions arrivés au Mans avec une voiture totalement nouvelle et sans avoir réussi un seul test d’endurance sans problème.
La dernière demi-heure. Il y a dix ans, nous nous étions arrêtés devant notre stand dans le dernier tour alors que nous étions en route vers la victoire. Alors forcément, les trente dernières minutes ont été très longues. »
Avant une récompense longtemps attendue. « Et puis il y a eu le podium. C’était la première fois que je montais dessus. Quand j’étais enfant, je regardais ce podium depuis les tribunes. C’était un rêve de gosse, » conclut le Français.
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