Ce n’est pas tous les jours que l’on rencontre un triple vainqueur des 24 Heures du Mans (une fois en GT en 2002, deux fois au général en 2010 avec Audi et 2017 avec Porsche).
Timo Bernhard était présent lors des dernières 6 Heures de Spa et il était intéressant d’avoir son œil (expert) sur l’évolution de la discipline depuis qu’il a raccroché son casque il y a quelques années. Surtout que l’ex pilote allemand fait toujours partie du giron Porsche…
Quel est votre avis sur le début de saison de Porsche ?
« Je dois dire que c’est un très bon début. Nous savons que la concurrence est forte et qu’il faut, pour gagner des championnats, accumuler des points. Je pense que c’est ce qu’ils ont fait très intelligemment lors des trois premières courses. C’est ainsi que l’on aborde un championnat que l’on veut empocher. On a pu constater une nette amélioration entre l’année dernière et cette année de la part de toute l’équipe et de tout le programme. C’est agréable à voir. »
Sur quels aspects ou quels détails se sont-ils améliorés d’après-vous ?
« Pour moi, d’après ce que j’ai vu et d’après ma propre expérience, c’est toujours lorsque vous êtes dans la deuxième année d’un programme que cela va mieux. Vous pouvez aller plus loin dans les détails, comme le réglage de la voiture par exemple, et mieux la comprendre en utilisant le retour d’informations d’une meilleure manière. Je pense que c’est ce que nous voyons maintenant.
Il a fallu qu’ils apprennent à se connaitre, se comprendre, travailler ensemble
De plus, il y avait une toute nouvelle équipe, basée à Mannheim pour ce qui est du programme Penske, qui se mettait vraiment au travail. Il a fallu qu’ils apprennent à se connaitre, se comprendre, travailler ensemble. Porsche a fait un grand pas en avant. C’est agréable à voir parce que je peux imaginer, je le sais par expérience, combien d’efforts sont nécessaires pour en arriver là. En ce qui concerne le programme client, je suis sûr qu’ils comprennent mieux la voiture également comme on a pu le voir avec la victoire Jota à Spa. »

© MPS Agency
Le Mans arrive. Comment voyez-vous la course avec 23 Hypercars sur la piste ?
» C’est très bien parce que c’est une nouvelle ère. En Endurance, on vit toujours par grandes ères, la dernière grande pour moi a été celle que j’ai vécue avec la LMP1. Maintenant, vous voyez vraiment comment les choses s’accélèrent. Evidemment, avec le nombre de voitures sur la grille, vous devez encore plus vous assurer que vous faites aucune erreur. Je veux dire que le zéro erreur n’est pas possible, mais il faut s’en approcher le plus possible.
Cela combine les meilleurs aspects des courses d’endurance
En plus d’être rapide et d’avoir de la vitesse, vous devez être intelligent dans cette course. Cela revient peut-être un peu plus aux valeurs d’il y a quelques années, à savoir qu’il faut être très, très sûr que la voiture reste dans la course, sans problème, sans pénalité stupide et autres choses de ce genre. C’est en fait, pour moi, un défi parce que cela combine les meilleurs aspects des courses d’endurance. Non seulement être rapide dans toutes les conditions, mais aussi avoir l’intelligence et la bonne équipe derrière, de bons arrêts au stand, et aussi des pilotes qui ne sont pas seulement rapides, mais qui ont aussi le bon état d’esprit pour l’endurance. »
Vous avez mis un terme à votre carrière professionnelle il y a quelques années. Pensez-vous que c’est plus difficile aujourd’hui avec cette catégorie Hypercar en tant que pilote ?
« Je ne pense pas. Les voitures sont certainement différentes. J’ai déjà testé la 963 à Weissach, donc je connais les sensations que l’on a avec cette voiture. Par rapport aux autres voitures d’avant, les Hypercars sont des voitures différentes, avec des technologies différentes. L’un des avantages est qu’il y a plus de voitures sur la grille, donc ce n’est pas plus facile. Mais je dois dire que mon époque, nous nous trouvions entre l’époque du diesel et plus tard la première ère hybride. Je pense que les voitures et la technologie étaient au centre. Je ne dirais pas que c’est plus difficile aujourd’hui, c’est différent parce que si vous vous mesurez aux meilleurs, la difficulté n’a pas d’importance. Tout le monde veut gagner, il s’agit de se battre contre les meilleurs et de les battre. »

Sa dernière victoire au Mans en 2017 / © MPS Agency
Vous êtes un témoin attentif des courses d’endurance. Quel regard portez-vous sur cette évolution récente avec l’Hypercar, ainsi que le LMGT3 qui arrive ?
« Tout d’abord, je suis un grand fan des courses d’endurance. Pour moi, le plus important est donc d’être à un très bon niveau et c’est exactement ce que nous voyons, ce qui se passe. Les grilles sont pleines. Vous avez de très bonnes équipes, de très bons pilotes et aussi de jeunes pilotes qui ne se disent pas : « Alors, la partie monoplace ne fonctionne pas, je vais me tourner vers les courses d’endurance » comme c’était souvent le cas dans le passé.
Aujourd’hui, ils choisissent vraiment l’endurance parce qu’ils disent que c’est ce qu’ils veulent faire, parce que c’est très attrayant, c’est un très bon signe. En fin de compte, si nous pouvons maintenir ce niveau, j’en serai très heureux car le plus important en endurance est d’avoir une bonne perspective et d’être visible pour attirer les sponsors, l’attention, pour être au top. Nous savons que Le Mans est toujours le joyau de la couronne, le centre de tout. Mais nous avons aussi besoin de bonnes courses avec des fans dans d’autres endroits. Je crois que Spa est l’un des points forts de la saison, j’ai entendu dire qu’Imola avait aussi été une bonne course. J’espère que nous pourrons conserver de grandes épreuves qui sont visibles, attractives en plus du Mans. »
Vous avez dit que vous aviez piloté la 963. Quel a été votre sentiment à propos de cette voiture comparé à ce que vous avez connu avec la 919 ?
« On ne peut pas comparer. Le seul point commun est qu’il s’agit d’un prototype…et que c’est une Porsche aussi (rires). Cela s’arrête là. Les LMDh sont plus lourdes, ont moins de puissance hybride mais le moteur à combustion est plus gros, de plus grande capacité, plus puissant. Il serait faux de dire que la technologie a moins de fonctions que par le passé mais je pense cependant que cela a permis de mettre plus de constructeurs sur la grille, c’était probablement nécessaire.
Je pense que la LMP1 était probablement l’apogée de l’évolution technique et de tout ce qui s’y rapporte. Ces voitures se pilotaient à la limite, c’était quelque chose d’absolu dont je me souviendrai toujours parce que ce fut l’apogée de ma carrière. Mais c’était peut-être aussi pour d’autres constructeurs un niveau trop élevé. Aujourd’hui, je pense que le mélange est probablement meilleur car il y a plus de voitures. La différence est que vous le sentez au niveau des temps au tour. La 919 était plus légère, plus puissante, et probablement avec des pneus différents. C’est donc différent, mais on a quand même l’impression d’être dans un prototype, et ce sont les voitures que j’aime. Les GT sont bien, mais j’aime les prototypes. »

Porsche Motorsports / X
« Quand je suis au Mans, j’ai toujours le même sentiment, la même impression que les autres gars ressentent pendant la course. Je me sens toujours concerné ! »
Dernière question, c’est peut-être la grille la plus compétitive que nous ayons jamais vue au Mans. Pas de regret de ne plus piloter ?
« En fait, j’aurais souhaité que ce programme soit mis en place juste après celui de la 919. Je serais alors peut-être encore assis dans l’une de ces voitures. A l’époque de ma retraite, il n’y avait plus de programme prototype, malheureusement. Mais je suis très heureux d’être ambassadeur Porsche et de participer à d’autres projets. Je dispute encore des courses de temps en temps, mais pas dans un prototype, en GT3, donc c’est différent. Mais quand je suis au Mans, j’ai toujours le même sentiment, la même impression que les autres gars ressentent pendant la course. Je me sens toujours concerné. »
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