De champion en Lamborghini Super Trofeo à débutant en LMP3, Stéphane Tribaudini se lance en European Le Mans Series (ELMS) avec ambition et lucidité. À 41 ans, le Niçois intègre M Racing et découvre un nouveau monde aux côtés de Quentin Antonel. Il s’est confié à Endurance24 à l’aube de ce nouveau défi.
Outre une apparition éclair en LMP3 à Portimão en 2017 avec N’Race en Michelin Le Mans Cup, Stéphane Tribaudini s’est surtout forgé un nom dans les pelotons de GT. Après trois saisons disputées en Lamborghini Super Trofeo Europe, il a décroché en 2024 le titre européen dans la catégorie AM. Cette année, à 41 ans, le gentleman driver niçois relève un défi inédit : s’attaquer à l’European Le Mans Series avec M Racing, l’écurie d’Yvan Muller, en LMP3, au volant de la Ligier JS P325 n°68. Un binôme 100 % français avec Quentin Antonel, et une aventure que Stéphane Tribaudini avait failli décliner.
« J’ai d’abord dit non »
« Quand on m’a proposé en décembre de faire l’ELMS en LMP3, j’ai d’abord dit non : moi, ça ne m’intéresse pas de faire du proto. » C’est pourtant ce refus initial qui rend la suite d’autant plus significative. « Puis, durant le week-end, j’ai réfléchi. J’ai gardé l’esprit ouvert. Je me suis dit : ça vaut peut-être le coup de retenter une fois. Et j’ai très bien fait. J’ai pris du plaisir au volant dès les premiers tours. Et moi, je fais du sport auto par passion. »

© Nico Deumille
La bascule s’est alors faite naturellement. « Quand j’ai essayé la voiture en janvier, j’ai tout de suite été à l’aise. C’était rapide, confortable. Au final, c’est cool, ça me plaît. » Le format de l’ELMS a fini de le convaincre. « On est deux pilotes, pas trois. Plus de roulage, moins de compromis. C’est un vrai avantage quand tu débutes en proto. Je ne serais pas venu en Michelin Le Mans Cup, trop de voitures, trop de neutralisations. »
De la prudence… à l’ambition
L’objectif est clair, même s’il paraît ambitieux : viser haut dès cette première saison. « Depuis mes débuts en sport auto, j’ai toujours essayé de gagner ma catégorie. Là, on sait que c’est utopique de viser le titre tout de suite, parce qu’on part de loin. Mais on a un bon projet, on veut jouer devant régulièrement. Et surtout, éviter les erreurs. Parce qu’en LMP3, avec peu de voitures, chaque abandon fait très mal. »

Quentin Antonel, Yvan Muller et Stéphane Tribaudini
Dans cette aventure, Stéphane Tribaudini peut compter sur un jeune coéquipier qu’il connaît bien. « Avec Quentin, on s’est beaucoup parlé l’année dernière en Lamborghini Trofeo. J’ai essayé de l’aider comme je pouvais. On est de la même région, il fait ses études à Nice, et moi j’y vis aussi. Ça facilite tout. » Leur compatibilité dépasse la seule relation humaine : « On a le même gabarit, le même siège, les mêmes ressentis. Honnêtement, je ne vois pas ce qu’on pourrait avoir de mieux. »
Un duo soudé donc, mais qui devra aussi apprendre à naviguer dans un peloton dominé par les LMP2. « Il y en a 21 au départ, c’est énorme. Et dans un proto, tu ne vois pas bien derrière. La caméra sur la Ligier est mal placée, tu vois à peine l’aileron. C’est un peu stressant, surtout quand ça déboule à haute vitesse. »
Début de semaine prometteur à Barcelone
Ce stress s’est-il confirmé en piste ? Pas vraiment. Lors de la première journée d’essais officiels à Barcelone, le Niçois s’est rassuré. « Agréablement surpris. Je me rends compte que je sais faire, et que je suis dans le match. On a beaucoup roulé, aucun accroc, la voiture est saine, confortable. Et en fin de journée, on signe le meilleur temps. Pour une première dans ce championnat, c’est au-delà des espérances. »

© Nico Deumille
« Il ne faut pas s’enflammer, ce ne sont que des essais. Mais franchement, on n’a fait aucune erreur, physiquement ça va, et l’équipe a été au top. L’ELMS, c’est le professionnalisme à son paroxysme. Même par rapport au GT World Challenge, c’est un cran au-dessus. »
Un double programme, un cap clair
En parallèle, Tribaudini poursuivra son implication en Lamborghini Super Trofeo Europe avec VSR. « C’est parfait : je garde un pied en GT, avec le même équipier, et je découvre le monde ACO en proto. Pour la visibilité, il n’y a pas mieux. Il va falloir switcher d’un univers à l’autre, mais je suis heureux de faire les deux. »
Et au fond, un rêve l’anime : Le Mans. « L’ELMS, c’est la dernière marche avant. Si jamais on gagnait le championnat – ce qui est utopique – on décrocherait une invitation pour Le Mans en LMP2. Alors oui, j’y pense. Mais chaque chose en son temps. Pour l’instant, on a ce qu’il faut pour bien faire. À nous de jouer. »
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