Dans quelques jours vont avoir lieu les célèbres 12 Heures de Sebring (16 mars), la 2e manche IMSA de la saison après les 24 Heures de Daytona (et de la Michelin Endurance Cup). Il s’agira de la 72e édition de cette course de légende, véritable mythe pour tout fan d’endurance qui se respecte.
Les 12 Heures de Sebring sont la deuxième course d’endurance du monde au niveau de l’ancienneté et de la notoriété après les 24 Heures du Mans, la vraie première course de 24 heures à Daytona ayant eu lieu en 1962.
Son histoire
Le Sebring International Raceway se trouve sur le site du Hendricks Army Airfield, en Floride (USA), une base d’entraînement l’US Army Air Forces pour les pilotes de B-17 en activité de 1941 à 1946. Après la Seconde Guerre mondiale, l’ingénieur aéronautique Alec Ulmann découvre le potentiel des pistes et décide d’y organiser une course d’endurance de voitures de sport similaire aux 24 Heures du Mans.
La première eut lieu la veille du Nouvel An 1950, un 31 décembre. Appelée Sam Collier 6 Hours Memorial, elle vit trente voitures pendre le départ. Il s’agit à la fois de la toute première course automobile disputée à Sebring et de la première épreuve d’endurance aux USA. A partir de 1952 se déroulent les 12 Heures de Sebring. En 1959, la piste accueillit la première course de Formule 1 des États-Unis. Cependant, la faible participation et les coûts élevés font que l’expérience n’est pas renouvelée. De 1953 à 1972, les 12 Heures étaient une manche du Championnat du monde des voitures de sport (appelé aussi Championnat international des voitures de sport). Au calendrier, on y trouvait aussi d’autres courses de légende comme les Mille Miglia, la Targa Florio, la Carrera Panamericana et le RAC Tourist Trophy.
Jusqu’en 1969, les courses démarraient comme aux 24 Heures du Mans, avec une procédure de départ où les pilotes devaient traverser la piste en courant puis montaient dans leur auto. Ce fut par la suite abolie suite à la protestation de Jacky Ickx aux 24 Heure du Mans 1969. L’année suivante, les 12 Heures de Sebring commencèrent par un départ lancé.
Sebring est aussi connu pour sa folle ambiance et ses spectateurs dispersés tout autour du circuit. Un air de 24 Heures du Mans…d’autrefois !

© MPS Agency
Le tracé
Il a quelque peu évolué au fil des années à cause d’accidents, certains mortels, comme la longue ligne droite d’Ulmann déplacée pour agrandir le paddock. A la fin des années 80, de gros travaux sont accomplis pour rendre le tracé permanent, ce qui n’était pas le cas auparavant. L’une des deux pistes de décollage a été détruite, remplacée par une portion bitumée et le tracé intérieur (l’Infield) a été repensé. La dernière modification date de 1998 avec l’épingle du virage 7 qui a été rabotée pour permettre ainsi un plus grand dégagement. Avec la présence du WEC ces dernières années, un second paddock a été construit ainsi qu’une 2e pitlane.
Le circuit se distingue par ses 17 virages et ses deux types de revêtement différent. La dernière partie (virages 13 à 17 plus la ligne droite des stands) est en béton, alors que le reste du tracé est recouvert de bitume. La piste développe désormais 6,019 km. Deux virages sont devenus mythiques : le « Turn 17 « , un long droit bosselé et rapide qui débouche sur la ligne droite des stands ainsi que Le « Turn 10 », très prisé par les campeurs et autres spectateurs.

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Un véritable juge de paix
La course est connue comme une véritable préparation aux 24 Heures du Mans à cause de son tracé technique, sa partie de plaques de ciment non régulières sur la portion empruntant les anciennes pistes de l’aéroport militaire et son revêtement extrêmement bosselé (les fameuses « Bumps »). Il faut aussi compter sur la chaleur permanente de certaine partie de la Floride, proche de ce que l’on peut retrouver (parfois !) en Sarthe en juin. De nombreuses équipes qui se sont imposées au Mans ont d’abord acquis une victoire à Sebring (citons BMW en 1999 ou encore Audi) car cette course constitue un test majeur pour la fiabilité d’une voiture et la piste est extrêmement exigeante pour les mécaniques. Rinaldo Capello (5 fois vainqueur des 12 Heures de Sebring) le confirme : « Si votre voiture tient la distance à Sebring, vous pouvez être presque certain que vous n’aurez pas de problème aux 24 Heures du Mans… »
Son palmarès
Avec dix-huit succès, Porsche détient le record de victoires. Ferrari compte douze succès et Audi onze. Peugeot est devenue en 2010 la première marque française à s’imposer après trois participations consécutives. Ligier suivit en 2016. L’Audi R8 a remporté six victoires au classement général, soit une de moins que le record de sept de la Porsche 935.

Victoire Ligier en 2016 © MPS Agency
En dehors de Porsche présente cette année avec quatre 963, Cadillac est l’autre marque redoutable en lice. Elle a en effet remporté quatre fois Sebring, dont les trois dernières éditions : Action Express Racing l’an dernier (photo de Une), mais aussi en 2019, Chip Ganassi Racing en 2022 lors de la dernière course de DPi à Sebring ainsi que JDC-Miller MotorSports en 2021 (avec un trio français).
Parmi les autres marques engagées en 2024, BMW compte deux couronnes à Sebring (1975 et 1999) tandis qu’Acura n’a jamais (curieusement) réussi à s’y imposer. Evidemment, Lamborghini n’y compte aucun succès au général, disputant ses premières 12 Heures en catégorie reine dans quelques jours.
En ce qui concerne les pilotes, Tom Kristensen est celui qui a remporté cette course le plus souvent (6 victoires). Dindo Capello suit avec cinq, Franck Biela et Allan McNish “plafonnent” à 4. Parmi les pilotes présents en 2024, un seul fait partie du clan des « 4 » : Pipo Derani. Le Brésilien a gagné quatre fois en huit participations ( 2016, 2018, 2019 et 2023) et sera au départ pour une 5e au volant de la Cadillac V-Series.R n°31 d’Action Express Racing avec Jack Aitken et Tom Blomqvist.
Cinq champions du monde de Formule 1 (Hawthorn, Fangio, P. Hill, Surtees et Andretti) et 13 pilotes français (Behra, Larrousse, Wollek, Dalmas, Aïello, Dumas, Collard, Lapierre, Duval, Panis, Tréluyer, Vautier et Bourdais) ont remporté cette épreuve.
Le palmarès 2023
GTP : Pipo Derani,Alexander Sims,Jack Aitken (Cadillac V-Series.R, Whelen Cadillac Racing)
LMP2 : John Farano, Scott McLaughlin, Kyffin Simpson, Oreca 07 Tower Motorsports)
GTD PRO : Klaus Bachler,Patrick Pilet, Laurens Vanthoor, Porsche 911 GT3 R Pfaff Motorsports
GTD : Bryan Sellers,Madison Snow,Corey Lewis, BMW M4 GT3 Paul Miller Racing

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Quelques anecdotes de Sebring :
La voiture qui a remporté la première course de l’histoire à Sebring en 1950 était en fait une voiture de spectateur. Victor Sharpe de Tampa a conduit sa Crosley Hot Shot à la première course organisée à Sebring, la Sam Collier 6 Hours Memorial en 1950. Il a été convaincu de prêter son auto aux pilotes Ralph Deshon et Fritz Koster. Ils ont fini par gagner la course.
Le gouverneur de l’Etat de Floride s’est vu offrir une « visite guidée » du circuit de Sebring en pleine course ! En 1950, Alec Ulmann, promoteur de Sebring, a emmené le gouverneur Fuller Warren pour un tour de circuit, alors que la course battait son plein.
Plusieurs voitures ont pris le départ des 12 Heures de Sebring 1955 sans permission. Mécontents de n’avoir pas été autorisés à disputer la course, dix pilotes des voitures de réserve ont décidé de « s’infiltrer » en piste lors du départ. Ils ont tous effectué un ou deux tours avant de quitter la piste.
Pendant les deux premières éditions des 12 Heures de Sebring, des patrouilles armées à cheval étaient engagées pour tirer sur les animaux errants qui auraient pu traverser le circuit. Les organisateurs de la course s’inquiétaient particulièrement des sangliers et des cerfs.
Gene Hackman, James Brolin, Paul Newman, Steve McQueen et Patrick Dempsey (photo) ont fait partie des acteurs vedettes qui ont piloté aux 12 Heures de Sebring. Lors des 12 Heures de Sebring 1970, Steve McQueen termine deuxième après que Ferrari ait mis Mario Andretti au volant d’une voiture sur laquelle il n’était pas prévu à l’origine (une 512S avec Ignazio Giunti et Nino Vaccarella) afin de battre la Porsche de l’acteur (une 908/2 avec Peter Revson). Les deux autos finirent dans le même tour.

PATRICK DEMPSEY © MPS Agency
En 1983, la course a été placée sous régime de drapeau jaune parce que le circuit était à court de carburant pour les concurrents. Il a donc fallu autoriser un camion citerne à traverser la piste pour amener du carburant. Quatre-vingt trois voitures étaient présentes cette année-là.
Patrick Taylor de Palm Bay (Floride) est arrivé avec trois mois d’avance pour prendre la file d’attente en vue de la course. Ce spectateur s’installa le 26 décembre 2003, soit près de trois mois avant la course. Un vrai passionné de l’endurance !
Informations issues de documents, programmes officiels de Sebring et du FIA WEC (anecdotes).
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