Après cinq saisons passées dans le giron Aston Martin, Romain Leroux s’est lancé cette année dans un tout nouvel univers : celui de l’European Le Mans Series, au volant de la Ferrari 296 LMGT3 Evo n°74 de Kessel Racing, aux côtés d’Andrew Gilbert et Fran Rueda.
Révélé dès ses débuts en compétition, Romain Leroux avait été sacré champion de France GT4 2021 en catégorie Silver, devenant l’un des plus jeunes vainqueurs de l’épreuve. L’année suivante, il a terminé vice-champion de l’ADAC GT4 en Allemagne, au volant d’une Aston Martin Vantage GT4. Un début de parcours qui l’a naturellement mené vers la filière du constructeur britannique, dans laquelle il a été désigné lauréat 2023 de l’Aston Martin Young Driver Academy. Il aura passé cinq saisons dans ce giron, dont trois en GT3 au sein du GT World Challenge Europe, avant de basculer cette année vers l’écosystème ACO, avec un objectif clairement affiché : rallier un jour Le Mans.
Une saison d’apprentissage à marche forcée
Passer d’un plateau GT3 homogène à un championnat multi-classes a demandé au Français une remise à plat presque complète de ses repères. « Au début de l’année, c’était beaucoup d’apprentissage après cinq ans chez Aston, dont trois en GT3 avec des voitures hyper compétitives entre elles. C’est très différent ici : nouvelle équipe, nouveau championnat, multi-classes, nouvelle voiture. Il y avait vraiment tout à apprendre : le trafic à gérer, les aspects stratégiques comme l’économie d’énergie, qu’il n’y a pas du tout en GT World Challenge. On part presque de zéro, mais ce fut une année hyper enrichissante. Maintenant j’adore ça. C’est un type de course qui me correspond aussi un peu mieux, je pense, et je me vois continuer dans ce championnat. »

© Bruno Vandevelde / MPS Agency
Le passage d’une marque à l’autre lui offre par ailleurs un angle de comparaison sur le plan technique. « Ce sont deux styles de pilotage très différents. La Ferrari est très petite, avec beaucoup plus d’appuis aérodynamiques : elle ressemble presque à une monoplace. On ressent beaucoup plus ce qui se passe sur la voiture. L’Aston est un peu plus grande, avec le moteur à l’avant, les attentes sont très différentes. J’apprécie les deux, mais il y a une certaine récompense à piloter la Ferrari. »
Quant à la genèse de son engagement chez Kessel Racing : « Ça s’est fait à travers Andrew, qui voulait monter l’équipage le plus compétitif possible pour sa deuxième année dans le championnat. Il cherchait un Silver aux côtés de Fran, qui est le pro de la voiture, et c’est comme ça que ça s’est fait. »
Le Mans, l’objectif qui a tout déclenché
« Mon objectif quand j’ai commencé, c’était Le Mans. Tu continues en GT World Challenge tant que tu as des opportunités, mais très vite tu te rends compte que, si tu veux arriver au Mans, il faut passer par un championnat ACO, que ce soit l’ELMS ou l’Asian Le Mans Series, au moins un ou deux ans. J’ai très peu d’exemples de pilotes arrivés directement au Mans sans passer par cette case-là. »

© Arthur Chopin
Une première partie de saison frustrante
Sur le plan comptable, le bilan reste discret pour la n°74, mais le pilote français nuance le constat brut des classements. « Ce n’est définitivement pas ce qu’on voulait, mais en étant dans l’équipe, on sait que les résultats ne reflètent pas la vitesse qu’on a montrée. On a un podium, voire une victoire, qui nous échappe au Castellet à cause d’un écrou de roue qui casse, et on a dû rentrer pour une crevaison à Imola alors qu’on était dans le top 5. C’est frustrant. On a la n°57 à côté, on est très proches en performance. Ils ont eu un peu plus de chance, mais ils sont toujours dans la bataille pour le titre, et ça prouve que la performance est là.
La vitesse pure, c’est une chose, mais il faut aussi être au bon endroit à la dernière heure pour gagner. Ce n’est pas forcément le plus rapide qui l’emporte. Ce que j’aime dans ces courses, c’est cet aspect stratégique, avec la position du pilote Bronze qui est vraiment importante, mais aussi toute la relation avec l’équipe. »
Une philosophie qu’il oppose à celle du GT World Challenge, où il a passé trois saisons en Silver : « Ici, il y a un Bronze, donc c’est du vrai pro-am, avec un championnat tourné vers lui. En GT World Challenge, surtout en Silver Cup, ce sont trois pilotes qui se confrontent pour montrer qui est le meilleur. C’est là qu’on va chercher la performance pure. Mais c’est aussi facile de se noyer dans une marée de 60 pilotes. Ici, la catégorisation est claire, et c’est plus facile de se démarquer en tant que Silver. C’est un type de course qui me convient mieux. »

© Amaury Vieville / MPS Agency
Cap sur 2027-2028
Interrogé sur l’échéance qu’il se fixe pour rallier enfin la Sarthe, Romain Leroux se montre ambitieux mais mesuré. « Je voudrais dire l’année prochaine, mais l’objectif, c’est de construire sur deux ou trois ans, plutôt 2027-2028. Cette année, je l’ai prise comme une année d’apprentissage pure, pour viser le WEC ou une entrée au Mans en 2028. »
En attendant, le Français mène aussi une saison partielle en Asie, en TSS Super Series, aux côtés d’un gentleman driver. Une relation qui devrait l’amener à découvrir une grande classique d’endurance : « On a déjà prévu de commencer la saison par les 12 Heures de Bathurst en février 2027. Ce sera un nouveau défi au volant d’une Mercedes-AMG. J’aime bien devoir être polyvalent. C’était l’objectif en s’écartant un peu d’Aston Martin l’année dernière : pouvoir s’ouvrir à plusieurs possibilités. »
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