| 11 juin 2025 | par

Plus de certitudes, mais pas d’excès de confiance chez Alpine aux 24 Heures du Mans

© FIA WEC / DPPI

Un an après une édition cauchemardesque, Alpine aborde les 24 Heures du Mans 2025 avec un mélange d’humilité, de travail méthodique et d’espoirs légitimes. Le double abandon prématuré de 2024, survenu avant même le cap des six heures de course, a laissé des traces. Mais il a aussi servi de déclencheur : dès l’été dernier, les équipes de Viry-Châtillon et Signes ont lancé un vaste chantier de fiabilisation du prototype A424.

Au cœur du plan de redressement : le V6 turbo développé en collaboration avec Mecachrome. L’arbre à cames, les soupapes d’admission, ainsi que la turbine du turbo ont été revus. Si ces évolutions visaient explicitement la fiabilité, elles ont également eu un effet secondaire sur la performance, comme le reconnaît Bruno Famin, directeur d’Alpine Motorsports : « Il y avait aussi un sujet de fiabilité sur le turbo. Comme il n’était plus pareil qu’avant, le régulateur a estimé que c’était considéré comme un joker perfo. Il y a un impact sur le temps de réponse, donc ils ont considéré que ça affectait la performance, », nous expliquait Bruno Famin en début de saison au Qatar. « C’est leur décision, et on la respecte. Mais nous, notre démarche, ça a bien été la fiabilité. »

 

Une progression concrète

 

Les premiers résultats en WEC 2025 confirment cette évolution. La voiture n°36 (Makowiecki-Gounon-Schumacher) a signé deux podiums consécutifs, tandis que la n°35 (Chatin-Milesi-Habsburg) a vu ses ambitions freinées par quelques erreurs. Pourtant, le potentiel est bien là.

En coulisses, l’équipe n’a pas relâché l’effort. Après les 1812 km du Qatar, Alpine a enchaîné un test d’endurance de plus de 24 heures à Motorland-Aragon, en mars. « On a fait un test d’endurance physique, sur piste, qui a porté ses fruits et qui s’est très bien passé. […] On s’était fixé 24 heures, et comme on avait un peu de temps de piste en rab, on a continué. Puis tous les jours, il y a des moteurs qui tournent au banc, et on arrive à faire des cycles très longs et très rassurants », confie Philippe Sinault.

Plus de certitudes, mais pas d’excès de confiance chez Alpine aux 24 Heures du Mans

© Arthur Chopin

 

En parallèle, plus de 10 000 km ont en effet été réalisés au banc, soit plus du double d’un double tour d’horloge. De quoi renforcer la confiance… sans jamais tomber dans l’euphorie. « Confiance, jamais. C’est un principe ici. Mais moins d’inquiétude, en tout cas plus de certitudes », poursuit Sinault. « Ce qui a manqué l’année dernière, c’était dû au fait qu’on découvrait la voiture. »

 

Une Journée Test prometteuse

 

La Journée Test du dimanche 8 juin a confirmé ces progrès. Mick Schumacher a signé le quatrième temps en 3:27.313, mais c’est surtout la capacité à boucler 13 tours sur un relais – performance unique dans le plateau Hypercar – qui a retenu l’attention avec une moyenne des 10 meilleurs tours sous les 3 minutes 30. Une démonstration de la qualité du travail sur la consommation et la gestion des pneus. « C’est ultra serré, donc le moindre détail va compter. […] Peut-être que l’an dernier on allait moins vite, donc on consommait moins. Cette année, on va vouloir aller plus vite… donc on va peut-être consommer plus », nuance Sinault. « On a fait tourner les logiciels de simulation – pas moi, vous l’avez compris – mais rien ne vaut le test empirique. »

Côté pneus, Alpine se dit également en net progrès. « On est beaucoup mieux. […] On a beaucoup découvert ce cycle de chauffe qu’on ne maîtrisait pas. […] Maintenant, on voit sur les dernières courses qu’on a mieux compris comment ça fonctionne », ajoute Sinault.

Plus de certitudes, mais pas d’excès de confiance chez Alpine aux 24 Heures du Mans

© Arthur Chopin

 

« Aussi confiant qu’en LMP2 »

 

Paul-Loup Chatin, de son côté, affiche une sérénité mesurée. « J’arrive totalement confiant, comme tout pilote avant un événement mécanique. Je sais qu’il y a eu énormément de travail de réalisé, et qu’il a été bien réalisé. J’ai confiance en notre très bonne fiabilité aujourd’hui, mais ça reste un sport mécanique. On peut avoir fait X tests sans aucun problème, et à un moment, un grain de sable vient bousculer la chose. On ne peut jamais être certain. Mais j’arrive autant confiant que lorsque j’arrive en LMP2. »

Le pilote de la n°35 ne pense pas que l’équipe parte avec un désavantage sur la fiabilité. « Ce sont des voitures éprouvées, mais tous les ans, il y en a une ou deux en LMP2 avec des problèmes de boîte ou de moteur. Ça peut arriver à tout le monde. »

Quant aux relais longs, autre point fort aperçu en 2024 : « On n’a pas spécialement cette capacité cette année. […] Mais on a appris à mieux faire fonctionner nos pneus, à mieux les exploiter. On a donc gagné en performance, à défaut de faire des relais plus longs. »

Objectif : rester en course

 

Chez Alpine, l’ambition est assumée, mais canalisée. « La principale ambition que l’on a, c’est d’être solide, de ne pas faire d’erreur. […] Être là au petit matin, et voir comment ça se passe », résume Philippe Sinault.

Plus de certitudes, mais pas d’excès de confiance chez Alpine aux 24 Heures du Mans

© Arthur Chopin

 

Pas question non plus de s’enflammer pour l’Hyperpole, malgré la belle performance de l’an dernier : « Les faits ont laissé imaginer que nous avions travaillé pour atteindre l’Hyperpole, mais dans les faits, non. Ce n’est pas un objectif en soi. Jouer la pole, ce ne sera pas le sujet. Ne comptez pas sur nous pour en faire un objectif principal. »

Plus structurée, plus robuste, mieux préparée : Alpine avance au Mans avec méthode et détermination. Sans déclarations tonitruantes, mais avec l’intention claire de tenir son rang sans pour autant s’interdire de rêver d’un podium dimanche 15 juin.

Passionné de sport auto depuis toujours⎥Journaliste depuis 2018⎥Rédacteur en chef d'Endurance24
À propos de l'auteur, Florian Defet

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