| 8 juillet 2026 | par

Philippe Sinault (Alpine) : « Encore de belles choses à faire valoir sur cette fin de saison »

© Alpine / © MCH Photography

À quelques jours du départ pour São Paulo, Philippe Sinault s’est entretenu en exclusivité avec Endurance24. Le patron de Signatech et du programme Hypercar fait le point sur l’après-Le Mans d’Alpine Endurance Team : la préparation de la seconde partie de saison, les incertitudes autour du calendrier, mais aussi les discussions en cours concernant l’avenir à long terme du programme de sa structure.

Un mois après les 24 Heures du Mans, dans quel état d’esprit se trouve l’équipe avant d’aborder la manche de São Paulo ?

« La course d’après Le Mans est toujours difficile en soi, parce qu’il faut se remobiliser et infléchir un peu la trajectoire jusqu’à la fin de l’année. Là, on n’a pas eu vraiment le temps de se poser des milliards de questions, parce que dix jours après, le matériel était déjà emballé et parti en fret. On est revenus vite aux fondamentaux et à la préparation de São Paulo et du reste du championnat, même s’il nous manque encore un peu de visibilité sur la fin de saison, notamment sur son déroulement. Ça a forcément un impact sur la préparation des courses, mais on s’est bien concentrés sur São Paulo, on s’est bien préparés.»

Concernant justement la fin du calendrier, des annonces sont attendues d’ici la fin juillet. Disposez-vous de nouvelles perspectives ?

« Non, on devrait avoir une tendance très européenne pour la fin de saison, d’après ce qu’on a appris au Mans. C’est un peu moins fluide depuis la signature de l’accord entre les États-Unis et l’Iran, même si ça reste fragile. Je ne voudrais pas être à la place de l’ACO. Par contre, si j’ai un souhait, c’est qu’ils se positionnent rapidement, parce que pour nous, ça va devenir compliqué. »

Philippe Sinault (Alpine) :

© Frédéric Timorès / MPS Agency

Face aux incertitudes qui planent sur l’avenir officiel de la marque, le développement technique de l’A424 ralentit-il ?

« Pas trop, très honnêtement. Si on faisait ça, ça voudrait dire qu’on accepte l’idée qu’il ne se passe rien derrière. On a clairement redéfini une roadmap d’ici la fin de l’année pour continuer à améliorer la voiture et sa performance, et pour travailler sur les points qu’on a identifiés comme des maillons faibles à l’issue du Mans. On est plutôt bien mobilisés pour continuer à travailler, comme si le programme continuait normalement, très honnêtement.»

Quelles sont les dernières évolutions en coulisses concernant l’avenir du programme en WEC ?

« Il n’y a pas de changement, pas de nouveautés à proprement parler. Ce que je peux dire, sans entrer dans les confidences, c’est qu’il y a des pistes sur lesquelles on avance et sur lesquelles on travaille. J’espère sincèrement qu’on aura des choses à dire dans le courant de l’été, avant sa fin. On y consacre beaucoup de temps avec les équipes de Viry-Châtillon, et on étudie les pistes sérieuses qui se présentent à nous, pour essayer d’apporter des réponses et des certitudes à nos équipes, à nos partenaires, à tout le monde, le plus rapidement possible.»

Certains éléments récents vous rendent-ils plus confiant qu’avant la semaine mancelle ?

« Le fait qu’on discute, qu’il y ait des rendez-vous et des échanges réguliers, ça crée forcément de la confiance. Si après Le Mans il n’y avait pas eu de discussions dans la continuité, j’aurais tendance à vous dire que c’est non. La bonne chose, c’est qu’il y a des perspectives qui se dessinent. Maintenant, il n’y a aucune certitude, et très honnêtement, je n’ai pas le droit de donner un pourcentage de chances. Mais suite aux résultats du Mans, et aux entrevues qu’on a eues là-bas, on discute et on commence à rentrer plus profondément dans ces perspectives. On est tenus par le temps, donc on veut aller vite. »

De nouveaux contacts, jamais évoqués officiellement jusqu’ici, sont sur les rangs. Confirmez-vous cette accélération ?

« Je ne cautionnerai pas le nom que vous pourriez me donner, mais en tout cas, il y a quelqu’un qui a pris le temps de regarder précisément qui on était et ce qu’on faisait, que ce soit à Viry ou à Bourges. Ça me fait dire qu’on travaille sérieusement sur des perspectives. »

Ce travail est-il rassurant et va-t-il dans le bon sens actuellement ?

« Oui, il est rassurant parce qu’il existe, et qu’avant Le Mans, il n’y avait pas grand-chose de concret, très honnêtement. C’étaient plutôt les réseaux sociaux qui nous nourrissaient que la réalité. Il est rassurant parce qu’il y a des gens qui ont un intérêt à faire en sorte que ça puisse continuer. Ça, c’est rassurant. »

Le nom du constructeur BYD a notamment circulé après une visite à Viry-Châtillon en début d’année sans plus de précisions les semaines qui ont suivi…

« Très honnêtement, sans parler de BYD ou d’un autre, il y a toujours eu du trafic à Viry-Châtillon tant la palette de ce qu’on peut proposer est vaste, que ce soit sur l’engineering F1, Formule E ou WEC. Il suffit qu’il y ait quelqu’un avec une chemise BYD, Nissan ou d’un autre constructeur à l’entrée de Viry-Châtillon pour que certains y voient un programme WEC qui se prépare. Mais oui, il y a des gens qui sont venus à Viry s’intéresser au sujet du WEC, et l’évoquer de façon plus précise et plus profonde qu’avant Le Mans. »

C’est un dossier capital pour la pérennité de votre structure…

« Si aujourd’hui [mercredi 8 juillet, ndlr] je ne suis pas à São Paulo avec les équipes et que j’ai décalé mon départ, c’est aussi pour travailler sur ces sujets, parce que c’est mon quotidien, particulièrement en ce moment. »

© MCH Photography

Dans ces discussions de reprise, Alpine et Signatech avancent-ils main dans la main ?

« On travaille de concert avec Alpine et Signatech, comme on l’a toujours fait, que ce soit sur les sujets très opérationnels liés au WEC 2026, ou sur la suite. On est main dans la main. »

L’objectif final est-il d’assurer une présence sur la grille pour 2027 ?

« Oui, vraiment, on est en ordre de marche pour préparer au mieux 2027. »

Ces marques d’intérêt industrielles sont-elles le résultat direct de votre prestation aux 24 Heures du Mans ?

« Je ne peux pas répondre, très honnêtement, parce qu’on pourrait en déduire des choses qui ne seraient pas forcément les bonnes. Ces événements sont assez récents, c’est tout ce que je peux dire. »

Sur le plan purement sportif, quels sont les objectifs pour cette seconde partie de saison ?

« L’enjeu est primordial. On a fait un bon Le Mans, avec un bon niveau de performance où les écarts étaient infimes. On va continuer sur ce momentum. Notre voiture et notre package sportif et technique sont capables de faire des top 5 régulièrement avec les deux autos. C’est notre ligne de mire. Et si on peut faire un podium, on saisira l’opportunité, et plus si affinités. Ce qu’on a montré depuis le début de l’année laisse imaginer que c’est possible. C’est un objectif honnête et atteignable. »

© Julien Delfosse / DPPI

Et pour ce week-end à São Paulo précisément ?

« Depuis le début, avec notre auto, ce n’est pas terrible à São Paulo. Il n’y a pas beaucoup de lignes droites, il n’y a même pas un moment où tu as le volant droit : tu es tout le temps en appui, tu conjugues du longitudinal et du latéral. Ce n’était pas la qualité première de notre auto. On a beaucoup travaillé cet hiver pour corriger ça, et ça a porté ses fruits à Imola. On a vu des améliorations aussi sur d’autres circuits comme Spa et Le Mans. Je pense donc qu’on sera meilleurs qu’on a pu l’être par le passé à São Paulo, même si je reste ultra prudent. On doit être capables de jouer un top 5. »

Avant de partir au Brésil, quel message avez-vous fait passer à vos équipes ?

« Une saison en WEC, c’est toujours en deux temps : avant Le Mans et après Le Mans. Il ne faut pas perdre de vue qu’on a encore de belles choses à faire valoir sur cette fin de saison. Au regard de ce qu’on a montré en début d’année, on n’a pas encore concrétisé par un podium alors qu’on est capables de le faire. La magie de ce championnat, c’est que je n’ai pas grand-chose à dire : les enjeux sont tels que, quand tu es ingénieur ou mécanicien chez nous, c’est tellement épanouissant de pouvoir rouler avec cette auto et ces pilotes que tu te mobilises par toi-même. Je sens que l’équipe reste bien mobilisée, bien concentrée, et bien consciente de ce qu’on est capables de montrer d’ici la fin de l’année. »

Geely en visite à Viry et Bourges : « Des perspectives se dessinent » selon Sinault

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club
À propos de l'auteur, Florian Defet

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