Nicolas Lapierre est l’une des figures incontournables de l’Endurance, doté d’un palmarès à la hauteur de sa riche expérience. À 39 ans, le pilote originaire de Haute-Savoie peut se targuer de 16 participations aux 24 Heures du Mans, dont deux podiums au classement général, d’abord avec Toyota en 2014 puis plus récemment avec Alpine en 2021.
Le pilote français a d’ailleurs établi une relation privilégiée avec la marque française et la structure Signatech avec lesquelles il a remporté trois victoires en catégorie LMP2 au Mans ainsi que deux titres en Championnat du Monde d’Endurance de la FIA en 2016 et 2018-2019. Il ne fait aucun doute qu’il occupera une place de choix parmi les six pilotes des deux Alpine A424, en participant activement au développement de l’Hypercar.
Présent à Jerez ce mardi où l’Alpine A424 effectue en ce moment une séance d’essais de trois jours, Nicolas Lapierre a accepté de répondre à nos questions avant de prendre la direction de Portimão où se déroulera la manche finale de l’European Le Mans Series.
Après plusieurs séances d’essais menées ces dernières semaines, comment évaluez-vous le travail accompli jusqu’à présent ?
« Pour l’instant, ça se passe plutôt bien. La voiture est agréable à conduire. On a eu la chance de rouler sur plusieurs circuits et dans des conditions différentes. La voiture est clairement bien née, que ce soit en termes de comportement ou de fiabilité, ce sont honnêtement de d’excellents débuts, même si la route est encore longue. On a pris plaisir à la piloter, je la trouve belle aussi, donc c’est plutôt positif sur de nombreux aspects. Après, évidemment, il y a encore beaucoup de travail qui nous attend. C’est une voiture assez complexe avec tout le système hybride, la récupération d’énergie et l’ensemble des systèmes. Il y a pas mal de choses à travailler, mais on a une équipe solide derrière nous qui a une bonne connaissance de tout ça. Ça aide aussi beaucoup, on ne se lance pas dans l’inconnu, c’est un gros plus. Pour l’instant, la synergie se passe bien. »

© Alpine / DPPI
En parlant d’expérience, la vôtre est considérable. Que pensez-vous de ce rôle, en quelques sortes, de chef de file, dans le développement de ce projet ?
« Chef de file, je ne sais pas, mais j’ai eu la chance de faire les premiers tours de roues et d’être présent lors de chaque séance. Pour moi, c’est un honneur car ce projet me tient vraiment à cœur. C’est avec la marque Alpine que j’ai eu la chance de remporter trois fois les 24 Heures du Mans en LMP2. C’était un pas important pour le programme et la marque et je suis ravi de faire partie de cette belle aventure. En effet, au cours de ma carrière, j’ai eu l’opportunité de piloter pour d’autres constructeurs et d’apporter ma contribution à différents projets. J’espère que cette expérience sera très enrichissante. Le développement de la voiture est également une dimension qui me passionne et j’ai vraiment hâte de m’impliquer pleinement dans cette démarche. »
Faire partie d’un projet mené par Alpine en collaboration avec la structure de Philippe Sinault, que vous connaissez bien, a une saveur particulière ?
« Oui, c’est bien d’avoir réuni ces forces. Chez Signatech, ils ont une expertise de l’exploitation, de la course en elle-même, de l’endurance. Alpine amène tout son savoir-faire, tout ce qui est motorisation aussi, avec le système hybride qui est plus inconnu chez Signatech. Je dirais que les entités se complètent bien. L’un des points clés du projet est de faire en sorte que cette synergie prenne bien et que les équipes s’entendent. Cela représente tout de même une équipe beaucoup plus importante que ce que pouvait être la structure LMP2. Je dirais que, pour l’instant, tous les voyants sont au vert, les équipes travaillent main dans la main et on arrive à bien avancer. »

© Frédéric Le Floc’h / DPPI
Qu’avez-vous ressenti lors du tout premier roulage de l’A424 (déverminage au Castellet, ndlr) ?
« C’était déjà une fierté parce que c’est un gros projet, un programme d’envergure qui démarre. Avoir pu effectuer les premiers tours de roues, c’était clairement un vrai honneur. Ensuite, on ressent aussi une sensation de travail accompli de la part de toutes les équipes de Viry-Châtillon de Bourges et d’Oreca. Il est vrai que le premier essai s’est avéré être un véritable succès. Dès le premier test, nous avons pu piloter, nous faire plaisir avec la voiture, ce qui n’était pas une mince affaire. L’auto est technologiquement très avancée. C’était une belle première étape, un grand plaisir de prendre part à cet essai et aussi de revenir dans la catégorie reine qui ne m’a jamais vraiment souri aux 24 Heures. J’espère qu’avec Alpine, nous pourrons obtenir de beaux résultats au Mans et en WEC. »
Vous avez eu l’occasion de rouler dans la catégorie reine à plusieurs reprises, notamment en LMP1. Comment est-ce de piloter l’Alpine A424 par rapport à ce que vous avez connu ?
« C’est bien différent des anciennes LMP1 sur lesquelles j’ai pu rouler. Déjà, esthétiquement, je trouve qu’elles sont magnifiques. Cette Alpine, qui plus est maintenant qu’elle est parée de bleu, je la trouve vraiment très jolie. Elle est reconnaissable et c’est un point important, je pense, de l’extérieur. Ensuite, à piloter, ce sont des voitures qui sont techniquement assez abouties, assez puissantes et un peu plus lourdes que ce que j’ai pu connaître. C’est une réglementation qui est vraiment différente, avec des points forts et des faiblesses qui sont différentes des prototypes. C’est une nouvelle vision avec des voitures peut-être un peu plus volumineuses, plus puissantes et toutes proches les unes des autres. C’est cet aspect-là qui est intéressant, c’est d’avoir cette bataille qui va être serrée entre les différents constructeurs et je dois dire que j’attends ça avec impatience. »

L’A424 vêtue de bleu à Jerez © Alpine
Quel est le programme de cette nouvelle séance d’essais en Espagne, cette semaine ?
« C’est très large. On doit homologuer la voiture prochainement. Pour nous, il est important d’essayer différentes philosophies, de travailler l’aérodynamisme, le moteur, la fiabilité. Il y avait plein de points à balayer pour être sûr d’’homologuer une voiture qui soit rapide, efficace et fiable : c’est l’objectif numéro un. Il s’agit donc d’aller vers une version définitive qu’on va homologuer d’ici la fin de l’année. Après, en parallèle de ça, il y a aussi le travail sur les pneumatiques. On collabore avec Michelin pour que la voiture corresponde bien à ces gommes. Ce sont des contraintes importantes car il faut faire quasiment deux heures de course avec les mêmes pneus, donc il faut que l’auto soit bien en adéquation avec ça. »
Au regard de tous les aspects que vous venez d’évoquer, diriez-vous que tous les voyants sont au vert de ce côté-là ?
« C’est encore un peu tôt. La voiture, comme je l’ai dit, est bien née, c’est sûr. Elle est facile à piloter. De plus, les entités travaillent toutes ensembles pour aller de l’avant. On est conscients que la route est longue, que le niveau de compétition est super élevé avec des constructeurs qui sont là depuis un peu plus longtemps que nous et qui opèrent à très haut niveau. On a conscience que ce sera difficile et qu’il faudra travailler d’arrache-pied pour être prêt pour le Qatar (la première manche WEC, ndlr) l’année prochaine. »
![[ENDURANCE24]LOGO_2021_RVB-3](http://endurance.pulsdev.fr/wp-content/uploads/2021/11/ENDURANCE24LOGO_2021_RVB-3.png)





