À l’occasion des 6 Heures d’Imola, Endurance24 s’est entretenu avec Mike McGregor, responsable du programme d’endurance de Goodyear Racing, fournisseur exclusif de pneumatiques en LMGT3.
Deuxième saison pour la catégorie LMGT3 dans le Championnat du monde d’endurance (WEC), et déjà une évolution notable côté pneumatiques : Goodyear introduira à partir de la manche de São Paulo une nouvelle spécification de gomme dure « Eagle Hard », la spécification « C », identifiable à son flanc rouge.
« Le grand changement cette année, c’est l’introduction de la spécification C », nous explique Mike McGregor. « On a désormais une bonne base de données sur tous les circuits. Certaines pistes ont évolué, ce qui change la donne. La majorité des constructeurs l’ont déjà testé. Tous ont eu la possibilité de l’essayer à Bahreïn l’année dernière, et plusieurs d’entre eux ont participé au développement de cette spécification. »

Mike McGregor © MPS Agency
La nouvelle gomme fera ses débuts en compétition en juillet prochain à São Paulo, avant d’être utilisée à Austin et Bahreïn. « Il y a une vraie différence de performance, surtout dans le deuxième relais : la spec C offre beaucoup plus de performance dans la seconde moitié du double relais comparée à la spec B (Medium actuel). Nous séparons donc le championnat en deux catégories de circuits : les pistes plus agressives, et les circuits plus lisses. »
Le temps au tour en GT3 a chuté de presque quatre secondes par rapport à l’an passé
Chaque circuit a ses spécificités. Le cas de Spa-Francorchamps, récemment resurfacé, en est un bon exemple : « On y a testé il y a environ quatre semaines, et le temps au tour en GT3 a chuté de presque quatre secondes par rapport à l’an passé », souligne McGregor. « Le nouvel asphalte, plus lisse, génère beaucoup moins de dégradation. La constance du pneu B y était excellente. »
Un seul type de pneus par course : performance, stratégie et durabilité
Pourquoi ne pas introduire la spec-C avant l’été, par exemple à Spa ? « C’est un composé plus dur, donc plus rigide. On aurait pu le faire au Qatar aussi, mais ce n’était pas le bon moment. À Doha, les températures étaient très élevées et on roulait de jour comme de nuit. Le B a montré sa polyvalence. C’est une spécification qui a tenu toute la saison dernière, dans toutes les conditions. »

La gamme Eagle (Medium, Hard, Pluie) de la catégorie LMGT3 © CLEMENT MARIN
Goodyear fait le choix d’un seul type de pneumatique par course, contrairement à la catégorie Hypercar où les équipes ont la liberté de choisir entre deux spécifications pour piste sèche : « Ce qui nous différencie des autres manufacturiers est que nous sommes les premiers à avoir une seule spécification fonctionnant sur plusieurs circuits. L’un de nos grands objectifs est d’avoir une seule spécification performante sur plusieurs circuits. Au Mans, aucune équipe n’a utilisé l’allocation complète. Certaines ont fait jusqu’à quatre relais sur un même train. »
Ce choix s’inscrit aussi dans une démarche environnementale : « On envoie moins de pneus autour du monde, on réduit la logistique et donc notre empreinte carbone. Cela s’inscrit dans notre philosophie de rapprochement entre produit de route et produit de course : sur la route, on ne change pas de pneus parce qu’il fait 4 ou 45 °C. »
On s’attend à voir des stratégies très différentes
D’un point de vue stratégique, l’introduction de la spécification C pourrait rebattre les cartes : « São Paulo est un circuit avec beaucoup d’enchaînements gauche-droite, très asymétrique. Les voitures plus agressives envers leurs pneus pourraient en tirer un meilleur parti, alors que celles plus douces ne bénéficieront pas autant du changement. On s’attend à voir des stratégies très différentes. »

© FIA WEC / Javier Jimenez / DPPI
L’arrivée de nouveaux constructeurs en LMGT3 nécessite un suivi technique rigoureux, dès les premières phases de développement. « Nous essayons d’être très équitables avec tous les constructeurs. Ainsi, depuis l’annonce du passage d’Iron Lynx chez Mercedes, nous avons envoyé notre équipe d’ingénieurs piste à leurs essais. Nous travaillons avec eux sur la partie simulation, les données et les modèles de pneus afin de nous assurer qu’ils puissent travailler efficacement sur simulateur. Ensuite, nous suivons tout cela de près pour nous assurer qu’ils comprennent notre philosophie, qui peut être différente de celle d’autres manufacturiers de pneus en GT3. Il est donc très important d’optimiser les réglages pour tirer le meilleur parti de nos pneus. »
Et ce travail commence bien en amont : « Je dirais que cela vaut également pour les futurs constructeurs. Nous sommes évidemment en discussions très étroites avec Lexus concernant l’introduction de leur nouveau véhicule, et nous avons déjà commencé les essais. Cela nous permet d’être prêts pour 2026. »
On vise entre 66 et 70 % de matériaux durables
Goodyear ne s’arrête pas là : le manufacturier prépare déjà la prochaine génération de pneus pour 2027. « Nous avons déjà commencé à travailler sur les nouvelles spécifications, que nous prévoyons d’introduire en 2027. Le principal objectif de ces nouvelles spécifications sera, évidemment, d’offrir plus de polyvalence. Je ne dirai rien pour l’instant concernant une éventuelle troisième spécification. L’objectif est également de se rapprocher autant que possible des pneus 100 % durables. On vise entre 66 et 70 % de matériaux durables (matériaux recyclés. Ndlr), contre 33 à 40 % actuellement », conclut McGregor.
Dans la seconde partie de notre entretien, nous nous intéresserons à l’introduction de la nouvelle spécification de pneus LMP2, qui fera ses débuts dès la semaine prochaine à l’occasion des 4 Heures du Castellet.
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