Mathieu Jaminet va disputer sa toute première course dans la catégorie reine de l’endurance ce week-end, à l’occasion de la 61e édition des Rolex 24 Heures de Daytona.
Le Français, âgé de 28 ans, dispute l’intégralité de l’IMSA WeatherTech SportsCar Championship en 2023, au volant de la Porsche 963 LMDh n°6, aux côtés de Nick Tandy et Dane Cameron. Le champion en titre de la catégorie GTD Pro, chez Pfaff Motorsports, nous a accordé une interview au long cours dans le paddock floridien.
Revenons sur le Roar Before the Rolex 24. Comment se sont déroulés les essais et avez-vous rencontré des problèmes particuliers ?
« Le premier jour, nous n’avons pas beaucoup roulé, car nous avons rencontré un problème de suspension que nous avons mis un peu de temps à trouver. Il a été réglé dans la soirée et à partir du deuxième jour, tout est rentré dans l’ordre. Nous avons pu faire les tours voulus et nous avons aussi découvert la voiture sous la pluie. Avec Nick, nous n’avions jamais roulé dans ces conditions, avec ces pneus, donc cela s’est bien passé. Globalement, nous avons pu respecter notre programme. »
Suite à la sortie de piste de Nick Tandy lors des qualifications dimanche dernier, la Porsche n°6 s’élancera dernière de la catégorie GTP. Pensez-vous que cela aura une incidence sur votre course ?
« Pour Porsche et pour le team, nous avons essayé de décrocher la pole bien sûr, mais partir dernier de la catégorie GTP sur une course de 24 heures n’aura pas d’incidence sur le résultat. C’est plus pour la gloire qu’autre chose. Nous avions la performance, mais il y a eu cette sortie de piste malheureuse. C’est paradoxal, mais le crash de Nick nous a rassurés. On voit que la voiture est plutôt solide, car aucune suspension n’a été touchée, seulement des éléments de carrosserie. »

© Nico Deumille
La hiérarchie est très serrée entre les différents constructeurs, mais est-elle représentative selon vous ?
« C’est difficile à dire. J’espère que les autres n’ont pas trop caché leur jeu, car nous étions à fond et on voit que c’est assez proche. Si cela s’avère être la réalité, c’est que la plateforme est top et cela va être une bonne saison. Sans réelle BoP, on voit que toutes les voitures sont dans la même fenêtre, dû au règlement qui encadre une certaine fenêtre aéro. Si les écarts restent ainsi et que personne n’a caché son jeu, c’est que tout le monde aura bien travaillé. C’est mon ressenti actuel. On espère ne pas avoir de mauvaises surprises, mais la course sera le juge de paix. »
Avec plus de 30 000 kilomètres parcourus en essais depuis l’année dernière, êtes-vous confiants en termes de fiabilité ?
« Lorsque tous les constructeurs développent une nouvelle auto, la fiabilité est le point crucial, qui plus est lorsque la saison débute par une course de 24 heures. On voit depuis le début que, toutes les marques comprises, c’est compliqué en termes de fiabilité, et ce, pour diverses raisons. Nous sommes confiants de notre côté. Nous avons connu des jours où on roule sans problème, où on pense que tout est résolu et d’autres où c’est la galère. Cette course ne sera pas une loterie, mais la fiabilité sera le maître-mot. Il n’y a aucune garantie que nous allions au bout, nous comme les autres. Je pense que nous sommes les mieux préparés que la plupart de nos concurrents. Je pense réellement que le résultat se fera à la fiabilité, non pas à la perfo ici. A Sebring puis Long Beach, on verra réellement où on est niveau perfo. »

© Nico Deumille
Les premières images ont montré des GTP qui avaient tendance à frotter dans les bankings, notamment la Porsche. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
« Nous avions pas mal de ‘bouncing’ (rebonds. Ndlr) et pas mal de mouvements de caisse dans le banking, comme ce qu’on a pu voir en F1, en 2022. C’est un peu le même phénomène aéro. Sur notre voiture, c’est quelque chose que nous avons surtout vu le premier jour, lorsque nous avions le souci de suspension. On observe toujours ces mouvements à la télé, mais beaucoup moins qu’avant. C’est quelque chose qu’on voit quand les pressions pneumatiques sont très basses et donc dans le banking, avec la compression, les autos talonnent. Lorsqu’on arrive en bout de ligne droite à 320 km/h, on a ce phénomène de pompage qui se passe, mais qui disparaît ensuite lorsque les pneus sont à température et que les pressions montent. La voiture est concrètement contre le sol, mais rien de grave. »
D’un point de vue personnel, dans quel état d’esprit êtes-vous à l’approche de votre première course dans la catégorie reine ?
« Je suis plutôt détendu, comme toujours. Je prends cette course comme une autre. Il y a certes toujours des choses à découvrir, ce sera quoiqu’il arrive de l’expérience à prendre. Il faut absolument qu’on aille au bout pour engranger des kilomètres. Les rookies comme Matt, Michael et moi, qui n’avons pas fait de proto, nous devons acquérir de l’expérience dans le trafic, aux relances etc. Le championnat est long et au-delà de Daytona, nous aimerions jouer le titre. »
Après Daytona, vous prendrez la direction de l’Australie pour disputer les 12 Heures de Bathurst, au volant de la nouvelle Porsche 911 GT3 R. D’autres courses en GT sont-elles à votre programme ?
« Pas pour l’instant. Je ne suis pas contre l’idée de faire du GT, mais je ne suis pas forcément pour non plus. Le problème est que nous avons un programme très chargé aux Etats-Unis, beaucoup plus qu’en WEC. Il y a plus de courses, les déplacements sont plus longs. Entre les essais sur chaque circuit ici, mais aussi sur le simulateur à Weissach, sans oublier les journées chez Penske, cela représente donc énormément de jours de déplacement. Bathurst était ma priorité numéro une pour faire du GT cette année et cela a pu se concrétiser dans de très bonnes conditions. S’il y a une course que j’aimerais avoir à mon calendrier serait les 24 Heures du Nürburgring. A l’heure actuelle, nous n’en avons pas discuté. »
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