Les 12 Heures de Sebring ont été remportées grâce au dépassement audacieux de Louis Delétraz sur Sébastien Bourdais dans les dernières minutes. Le Suisse connait une trajectoire en IMSA un peu similaire à celle de Pipo Derani en faisant d’abord ses preuves en LMP2 en WEC avant de jouer un rôle dans les courses Michelin Endurance Cup puis de finalement obtenir un baquet à temps plein en IMSA WeatherTech SportsCar.
En 2015, Pipo Derani a terminé 3e du championnat WEC en LMP2 pour sa première saison au sein de l’équipe G-Drive Racing gagnant sa première course dès à Spa-Francorchamps. L’année suivante, le Brésilien, alors âgé de 22 ans, est engagé au sein de l’écurie Tequila Patron ESM pour les manches Endurance de l’IMSA. L’équipe y alignait une Ligier-Honda LMP2 pour Scott Sharp et Johannes van Overbeek. Rejoints par le propriétaire de l’équipe, Ed Brown, les quatre hommes remportent les 24 Heures de Daytona 2016. Première course, première victoire pour Derani.

Pascal Saivet / MPS Agency
Sept semaines plus tard, ce sont les 12 Heures de Sebring et Pipo Derani va y laisser son empreinte. Alors que la course est interrompue par un drapeau rouge pour cause de foudre, le Brésilien est dans la voiture pour le dernier relais. La Ligier-Honda n°2 doit effectuer un arrêt au stand plus long (essence + pneus) que les Corvette DP d’Action Express Racing. Il est alors septième et se hisse à la quatrième place avant qu’un Full Course Yellow n’intervienne. A un peu plus de 12 minutes du but, il dépasse Filipe Albuquerque (Corvette Action Express n°5) pour la deuxième place puis c’est au tour du leader Dane Cameron (Corvette Action Express n°31) au tour suivant. Lorsque le drapeau à damier est brandi, le Brésilien dispose d’une marge de 2,926 secondes.
Depuis, Pipo Derani a remporté deux fois le championnat IMSA et compte quatre victoires à Sebring, mais cette première reste gravée. « Certaines personnes, avec raison, ont dit que nous avions gagné Daytona uniquement parce que la voiture était très bonne. Ensuite, nous avons gagné Sebring parce que j’ai fait du bon travail à la fin, je crois que c’est ce qui m’a permis de m’affirmer en tant que nouvelle « star », jeune et peut-être en devenir, dans ce sport. C’est pour moi un moment qui a changé ma carrière car, jusqu’à ce moment-là, je n’étais personne. Je courais en Europe, j’avais fait une année de WEC qui s’était très bien passée. C’étaient mes deux premières courses en Amérique et je venais de passer professionnel. Je suis donc passé de quelqu’un qui rêvait d’être professionnel à quelqu’un qui l’est devenu, et immédiatement après, j’ai réussi à gagner deux des plus prestigieuses courses au monde. Cela a contribué à asseoir mon nom et à m’amener là où je suis aujourd’hui. »

Pascal Saivet / MPS Agency
Une trajectoire similaire pour Louis Delétraz
Le Suisse a encore plus marqué les esprits que le Brésilien en Europe avant de tenter sa chance en IMSA. Il a remporté deux titres consécutifs en ELMS en LMP2 avant de signer chez Wayne Taylor Racing en tant que 3e pilote (Endurance). Il avait auparavant disputé quelques courses en LMP2 pour le compte de Tower Motorsport (victoire à Laguna Seca). 2023 marque son premier titre LMP2 en WEC et trois départs en IMSA au volant de l’Acura ARX-06 GTP n°10. Très vite, Wayne Taylor apprécie son nouveau pilote à tel point qu’il lui fait disputer les qualifications de Petit Le Mans. Pari gagnant, Louis Delétraz signant la pole position.
WTR Andretti engage désormais deux Acura GTP en 2024. Ses performances de l’an passé lui ont permis de décrocher un baquet à l’année avec Jordan Taylor. Associés à la star de l’IndyCar Series Colton Herta et du champion du monde F1 2009 Jenson Button, les quatre hommes décrochent un podium à Daytona (3e). Arrivent les 12 Heures de Sebring. A l’entame de la dernière heure, il devance Felipe Nasr dans la Porsche 963 n°7 de Penske Motorsport. Aidé par des pneus un peu plus frais, il remonte sur le leader Sébastien Bourdais à bord de la Cadillac V-Series.R n°01 de Cadillac Racing. A six minutes de la fin, après que les deux voitures se sont touchées à plusieurs reprises, il signe une manœuvre audacieuse et prend les commandes de la course. Il franchit la ligne d’arrivée avec 0,891 seconde d’avance sur le Français.

© Courtesy of IMSA
« Je ne dirai jamais assez de bien de ce que Louis a fait dans le dernier relais » déclare Colton Herta. « Le type de pression qu’il subissait, sa capacité à s’en sortir et à mettre un peu de piquant dans la course de Seb…» Même sentiment de la part de son coéquipier à l’année, Jordan Taylor. « Le dernier relais de Louis a fait la différence aujourd’hui. L’équipe a fait du bon travail pour nous maintenir dans la lutte, mais il s’est vraiment battu pour cette victoire et l’a obtenue pour nous.
Vainqueur de Sebring à 26 ans, Louis Delétraz a de quoi se composer un palmarès XL en Endurance. « Je suis très heureux et très fier de cette victoire, en particulier avec l’équipe qui m’a donné ma chance il y a un an, qui m’a fait entrer dans l’écurie en tant que pilote (d’endurance), qui m’a donné la possibilité de travailler à plein temps, qui m’a donné mon premier volant usine… Je suis très reconnaissant d’avoir pu réaliser tout cela avec eux. Cela signifie beaucoup », Le pilote suisse ajoute : « je pense que gagner en venant ici était un objectif, mais il est certain que cela allait être difficile. Le fait d’y parvenir de cette manière signifie vraiment beaucoup. Jordan et Colton n’ont pas fait d’erreurs, ils m’ont donné la voiture et j’ai pu me battre. Évidemment, comme ils ont gagné tant de choses dans leur carrière, le fait de les avoir à mes côtés me permet d’apprendre et de continuer à m’améliorer. C’est toujours l’objectif à la fin. »
Et maintenant ?
Louis Delétraz a débloqué son compteur et on peut, sans se tromper, affirmer qu’il est l’un des meilleurs pilotes d’Endurance actuels. Cette année, il va se focaliser sur son programme officiel Acura IMSA avec le titre en ligne de mire. Il roulera également en ELMS aux côtés d’un pilote qu’il connait très bien : Robert Kubica. Les deux hommes ont remporté l’European Le Mans Series 2021 (dés leur première année) et sont devenus champions WEC LMP2 l’an dernier. Ils rouleront pour le compte d’Orlen AO by TF Sport (avec Jonny Edgar) avec un 3e titre en ligne de mire.

Un beau programme auquel s’ajouteront les 24 Heures du Mans, son objectif après être passé si près en 2021 (abandon dans le dernier tour avec Team WRT) et deux 2e places en LMP2 en 2022 et 2023. « On a eu beaucoup de galères au Mans. L’abandon dans le dernier tour a été quelque chose d’horrible, de terrible à vivre et aujourd’hui encore, j’y pense toujours. L’année dernière n’a pas été facile non plus avec une 2e place, c’est très frustrant de terminer deuxième si près (d’Inter Europol Competition). J’ai donc une grosse revanche. »
Mais l’ancien pilote de monoplace ne ferme aucune porte comme il a pu le confier en fin d’année 2023 auprès de nos confrères de Lemanbleu.ch « La Formule 1 est toujours dans la tête. Aujourd’hui, je l’ai mise derrière moi parce qu’il y a pleins d’autres belles choses dans le sport automobile et que la F1 est très politique. Mais, bien entendu, si l’opportunité d’être de retour en monoplace se présente, en IndyCar aux Etats-Unis ou en F1, je ne dirai pas non.»
Si ce n’est pas le cas, Louis Delétraz a une trajectoire toute tracée dans les pas de son papa, Jean-Denis, qui compte quelques Grands Prix de F1 à son compteur, neuf participations aux 24 Heures du Mans dont deux victoires de classe (en LMP 675). Mais on ne serait pas surpris que le fils dépasse son père !

2e en LMP2 Le Mans 2023 © MPS Agency
![[ENDURANCE24]LOGO_2021_RVB-3](http://endurance.pulsdev.fr/wp-content/uploads/2021/11/ENDURANCE24LOGO_2021_RVB-3.png)





