La troisième manche du Championnat du monde d’endurance de la FIA a tenu toutes ses promesses sur le toboggan des Ardennes. Endurance24 revient sur les enseignements des 6 Heures de Spa-Francorchamps, une course animée et stratégique disputée devant 98 874 spectateurs.
Victoire et doublé de Ferrari AF Corse
Le week-end de Ferrari n’avait pas commencé de la meilleure manière avec une double sortie de piste des 499P officielles jeudi, lors des essais libres 2. Antonio Giovinazzi est notamment sorti de la piste jeudi après-midi, endommageant la n°51 et perdant du temps précieux.
Cela n’a pas empêché le trio complété par James Calado et Alessandro Pier Guidi de s’imposer.
« Je remercie mes coéquipiers, les mécaniciens aussi, qui ont fait du super boulot jeudi pour réparer la voiture. Ce n’était pas la meilleure manière de lancer le week-end, mais nous avons réussi à retourner la situation », s’est félicité Giovinazzi.
« Cela montre notre bonne mentalité. Ce n’était pas aussi simple qu’à Imola, où nous étions bien mieux préparés pour la course. Mais nous avons montré que nous étions très forts, dès le premier tour. Notre stratégie était la bonne, et si vous voulez gagner une course, il faut être au bon moment au bon endroit. Dans la voie des stands nous sommes arrivés dans le bon ordre, nous avons décidé de nous dépasser, c’était la bonne chose à faire. »
La n°50 échoue encore depuis la pole
L’équipage de la Ferrari n°50 – Miguel Molina, Nicklas Nielsen et Antonio Fuoco – vainqueur au Qatar, n’est toujours pas parvenu à faire mentir une statistique. Jamais la n°50 n’est parvenue à transformer une pole en victoire : Sebring 2023 – P1 > P3 ; Le Mans 2023 – P1 > P5 ; Imola 2024 – P1 > P4 ; Spa 2025 – P1 > P2.
La Ferrari n°50 est pourtant l’Hypercar ayant bouclé le plus de tours en tête (89) sur les 150 parcourus. Autre statistique : Ferrari AF Corse est la cinquième équipe de l’histoire du WEC à avoir réalisé le doublé avec ses deux 499P, après Audi, Toyota, Porsche LMP1 Team et Rebellion Racing. Le triplé au Qatar ne compte pas puisque la Ferrari n°83/AF Corse avait terminé deuxième derrière la n°50.
Alpine a tenu la dragée haute à Ferrari
Alpine a décroché son troisième podium avec l’A424, le deuxième consécutif après Imola, grâce au trio de la n°36 formé par Frédéric Makowiecki, Jules Gounon et Mick Schumacher. Chacun des trois pilotes s’est montré décisif pour permettre au constructeur français de tenir la dragée haute à Ferrari, à commencer par Fred Mako qui, parti 6e sur la grille, s’est hissé en 2e position après une demi-heure de course. Alors que Ferrari optait pour une stratégie d’économie de carburant, Jules Gounon réalisait l’undercut et passait en tête.
Mais voilà, alors que les deux Ferrari avaient repris les commandes à deux heures de l’arrivée grâce à un arrêt plus court (stratégie différente de l’Alpine), Mick Schumacher prenait ainsi le volant de la n°36. Alors qu’il luttait face à la Ferrari n°51 et la BMW n°20, l’Allemand a été victime d’une crevaison à un peu plus d’une heure de l’arrivée. Grâce à une stratégie adaptée en conséquence, cela n’a pas empêché Schumacher de croiser la ligne sur le podium, en 3e position.
Du côté de la voiture sœur n°35, dont le potentiel était au rendez-vous, la frustration est plus grande puisqu’après avoir écopé d’un drive through pour vitesse excessive sous Full Course Yellow en tout début d’épreuve, Ferdinand Habsburg, Paul-Loup Chatin et Charles Milesi ne terminent que 8e.
« Il s’est trompé de bouton dans la précipitation, donc pas de limiteur activé pour le FCY. On le sait, à ce niveau, on ne peut pas faire la moindre erreur. Avant ça, on était 5e, juste derrière la 36. On a beaucoup économisé du carburant pour éviter un dernier arrêt. Ça a failli marcher, mais le FCY a été un peu trop court. S’il avait duré 30 secondes de plus, on finissait sans doute 4e. »
Toyota, l’art de la stratégie
Comme en témoignent les meilleurs tours réalisés, mais aussi les moyennes à l’issue de la course, les Toyota GR010 Hybrid n’étaient clairement pas les plus performantes. La moyenne la plus élevée du clan nippon, basée sur les 50 % des tours les plus rapides, est celle de Sébastien Buemi en 2:06.050, contre 2:05.245 pour Alessandro Pier Guidi (Ferrari n°51). Pour autant, la Toyota n°8, partie 15e sur la grille, a terminé au pied du podium à 32 secondes des vainqueurs.
David Floury analyse :
« Avec la performance qu’on a, on ne peut pas doubler en piste. Il faut tout miser sur la stratégie. On a donc anticipé un arrêt – ce qui est risqué si un VSC tombe mal – pour créer une opportunité à la 8, qui perdait du temps derrière les Cadillac. On a réparti les stratégies entre les deux voitures pour maximiser les points. »
Il poursuit : « S’il n’y avait pas eu les deux full course yellow en fin de course, je pense qu’on faisait P3. La Ferrari 50 devait s’arrêter et finit à 0 % d’énergie. En début de course, la crevaison lente de la 7 a fini par nous aider : on a pu faire un arrêt complet sous le premier VSC, quand d’autres avaient moins d’énergie à remplir. »
Un premier top 5 salvateur pour Cadillac Hertz Team JOTA
Après deux premières épreuves compliquées, Cadillac Hertz Team JOTA s’est rassuré en Belgique, et ce, à un mois des 24 Heures du Mans. La Cadillac n°12, pilotée par Alex Lynn, Will Stevens et Norman Nato, a enregistré son meilleur résultat en terminant 5e, devant la n°38 qui a perdu du terrain en début de course après avoir purgé un drive-through suite à un incident au premier tour, envoyant Julien Andlauer (Porsche n°5).
« Le fait que nous ayons les deux voitures dans les points – P5 et P6 – montre que nous avons mieux exécuté notre course en tant qu’équipe, et que nous avançons dans la bonne direction, c’est ça le point le plus positif », a confié Will Stevens.
« À certains moments de la course, nous étions vraiment dans le coup. Quelques neutralisations en fin d’épreuve nous ont un peu pénalisés, car nous étions en bonne voie pour une quatrième place. Quand on est frustré de finir cinquième, c’est plutôt bon signe. Dans l’ensemble, une semaine positive. Nous sommes de retour aux avant-postes et sur une dynamique encourageante pour Le Mans. »

Porsche déçoit encore
La Porsche n°6, confiée à Estre, Vanthoor et Wehrlein, a bien débuté en remontant de la 12e à la 7e place, puis a oscillé autour du top 10. Elle occupait brièvement la 6e position avant un ravitaillement tardif qui l’a reléguée en 9e place à l’arrivée.
La n°5 a quant à elle connu un départ difficile : Julien Andlauer a été envoyé en tête-à-queue dès le premier tour. Remontée jusqu’à la 3e place grâce à une stratégie audacieuse de ravitaillement et un excellent rythme, elle a dû s’arrêter de nouveau dans la dernière heure, ce qui a repoussé l’équipage (Christensen, Andlauer, Müller) à la 12e position.
« C’est une nouvelle déception pour nous, ce n’était clairement pas le résultat attendu. L’équipe a fourni de gros efforts, même si tout n’a pas été parfait. Les pilotes et les mécaniciens se sont battus jusqu’au bout, et je tiens à les en remercier. Mais, soyons clairs : il y a aussi, selon moi, un besoin urgent d’agir en dehors de notre organisation », a déclaré Thomas Laudenbach, vice-président de Porsche Motorsport.
BMW : des promesses non concrétisées
Les espoirs étaient élevés pour BMW M Team WRT, qui disputait son épreuve à domicile après l’inauguration de ses nouveaux locaux mardi. La BMW n°15, pilotée par Kevin Magnussen et Raffaele Marciello, a connu un bon début de course, remontant jusqu’à la 4e place. Cependant, deux pénalités – excès de vitesse dans les stands pour Marciello, vitesse excessive sous VSC pour Magnussen – ont coûté cher à l’équipage, qui a terminé 10e malgré une belle remontée.
De son côté, la n°20 de René Rast et Robin Frijns s’est hissée jusqu’à la 2e place dans la dernière heure et semblait en position de jouer la victoire, avant qu’un problème de frein ne l’oblige à abandonner à moins de 50 minutes de l’arrivée. La n°20 nous a tout de même gratifiés de belles passes d’armes, notamment avec la Ferrari n°51, frôlant le mur dans la descente vers l’Eau Rouge.
« J’étais côte à côte avec lui, mais il me serrait de plus en plus, et à un moment, tu vois, je pouvais sortir la main et toucher le mur. Donc je tournais à gauche, un peu comme pour lui faire un avertissement, genre “laisse-moi de la place”. Au final, on fait de l’endurance, tu vois, mais là, on se croirait dans du DTM des années 80 », a confié Frijns à l’arrivée.
Peugeot passe à côté
La Peugeot n°93 (Di Resta/Vergne/Jensen), longtemps en lice pour un top 5, a mené la course pendant dix tours à mi-distance grâce à une stratégie décalée, mais n’a pas pu tirer pleinement parti du safety car et termine finalement 11e. La Peugeot n°94 (Duval/Jakobsen/Vandoorne), bien placée dans la première moitié de course, pointait en 5e position avant que Malthe Jakobsen ne soit percuté par la BMW n°20, provoquant une casse de suspension et l’abandon de la voiture avant même que Vandoorne ne prenne le volant.
« Le bilan personnel n’est pas très bon, car lorsqu’on a les deux voitures dans le top 5 à un moment et qu’on finit hors des points, c’est clairement négatif et frustrant. On a eu un petit contact sur la n°94 au restart, cela peut arriver dans la course automobile. Sur la n°93 c’est une erreur de stratégie.
Mais c’était cool de pouvoir jouer avec ceux de devant. J’ai eu un premier relais très compliqué, j’ai pris un bon départ mais j’ai eu un trafic très mauvais à plusieurs reprises. J’ai perdu quelques places à cause de ça, alors que mon rythme était bon. Mais sur mon dernier relais, c’était bien mieux. Pour nous c’est dur car on a connu pas mal de difficultés depuis le début du programme et là on a manqué l’occasion de marquer des gros points », regrette Loïc Duval.
Aston Martin progresse dans l’ombre
Les deux Aston Martin Valkyrie n°007 (Gamble/Tincknell) et n°009 (Riberas/Sørensen) ont terminé respectivement 13e et 14e après une course solide et sans incident mécanique. La #007 a un temps occupé la 10e place — et même brièvement la 4e lors des arrêts — avant de devoir effectuer un dernier ravitaillement d’urgence à quatre tours de l’arrivée, ce qui l’a privée d’un potentiel point.
« Nous nous battions réellement pour un point à la fin de la course, mais nous avons dû repasser par les stands pour de l’énergie. Il ne nous manquait qu’un Full Course Yellow de plus, d’à peine un demi-tour. Personne ne pouvait me dépasser en piste. Nous progressons à chaque course, et la voiture revient vraiment à nous en fin de relais. De Qatar à Imola, puis ici, on a fait des pas de géant — c’est fantastique », confiait Harry Tincknell, tout sourire à l’arrivée.
![[ENDURANCE24]LOGO_2021_RVB-3](http://endurance.pulsdev.fr/wp-content/uploads/2021/11/ENDURANCE24LOGO_2021_RVB-3.png)





