Les Art Car sont indiscutablement liées aux 24 Heures du Mans. La première est apparue en 1975, la BMW 3,9 CSL peinte par Alexander Calder et emmenée par Hervé Poulain, le commissaire priseur le plus rapide de France. Depuis on a vu de nombreuses Art Cars peintes par des artistes renommés comme Frank Stella, César ou Andy Warhol.
Pour les cent ans des 24 Heures du Mans et en marge de Le Mans Classic ce week-end, retour sur la Art Car Morgan LMP2 qui a disputé la course en 2013, il y a tout juste dix ans. Elle a été imaginée et réalisée par l’artiste et sculpteur français Fernando Costa, elle a été la 19e voiture à obtenir cette appellation. Pour la première fois, ce n’est pas une GT mais un prototype engagé par l’écurie française OAK Racing qui va servir de support.
Fernando Costa est revenu pour Endurance24 sur ce projet. « Tout débute en 2013, je travaille avec un agent qui me contacte pour m’annoncer qu’il y a un projet de décoration d’une voiture de course. Etant fan des 24 Heures du Mans depuis tout petit, je lui dis : « l’art et la bagnole, c’est l’art des 24 Heures du Mans » Il me dit qu’il va me présenter quelqu’un, un monsieur extraordinaire, un homme d’affaires, un passionné de bagnoles. Je rencontre alors Monsieur Jacques Nicolet, le président et patron d’Oak Racing, à Paris et dès qu’on se serre la main, on a tous les deux le sourire. En un quart de seconde, le courant passe. Il me dit qu’il a un projet, m’explique les grandes lignes et qu’il cherche un artiste qui lui fasse un grand tableau qui sera utilisé pour faire le covering sur la voiture de course. Je dis : «Banco ! » On se met d’accord. Trois jours plus tard, il me rappelle et me dit : « On ne va pas faire ça, j’ai une meilleure idée, je vais vous amener une vraie voiture qui vient de finir une course, une LMP2, et vous allez souder directement les panneaux dessus, faire une sculpture au lieu d’un tableau. »
« Je monte sur Paris, on étudie le truc, et me demande de faire un devis. Il l’accepte presqu’aussitôt sans vraiment discuter. Il a été vraiment charmant avec ça, parce que dès que les artistes sont confrontés à des collectionneurs ou des chefs d’entreprise, ils négocient, négocient, et nous tordent dans tous les sens. Là, en l’occurrence, avec Jacques Nicolet, non seulement je me suis éclaté dans ce projet là, mais en plus, j’ai bien gagné ma vie et derrière, il y a eu des choses fabuleuses. Il m’amène la voiture à l’atelier et me dit « T’as un mois et demi pour la faire. J’ai travaillé 700 heures avec deux objectifs : que la voiture se voit de loin et qu’elle se voit au milieu d’un peloton de bagnoles. Ca a marché ! »

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L’habillage est un peu particulier comparé à ses devancières car l’artiste a utilisé des panneaux de signalisation routière. Prés de 700 heures de travail ont été nécessaires pour recouvrir la LMP2 de 120 kg de tôle, 1000 rivet, 250 kg de plaques émaillées et 28 000 points de soudure ont été faits. Cette réalisation rend hommage à l’épreuve sarthoise et à la sécurité routière. Le chemin commence du feu tricolore à l’avant droit jusqu’au drapeau à damier à l’avant gauche de la voiture. « Je travaille les panneaux de signalisation depuis 25 ans. Depuis l’âge de 14 ans, j’avais envie de créer des œuvres à partir de ça. Je voulais découper, souder et suivre les traces de mon idole qui était César, le sculpteur. Quand le projet Art Car 24 Heures du Mans a été validé, je voulais d’abord plein de couleurs pour qu’elle se remarque au milieu des pelotons et de loin. Avec tout ce jaune, orange, bleu, rouge, pari gagné. Comme je travaille les panneaux de signalisation, je me suis dit que chaque panneau allait avoir une histoire à raconter à travers les pictogrammes. Cette historie, c’est un lien avec la vie, un lien avec l’éducation de tous les jours, c’est bien se comporter sur la route, dans la vie. Je suis parti du principe : pour une fois, ce n’est pas le pilote qui va faire le tour du circuit, c’est le circuit qui va faire le tour du pilote. On retrouve tout le circuit des 24 Heures du Mans, le départ, les commissaires de course avec le feu et c’est parti pour 13,6 km avec la ligne droite des stands. Sur l’aileron on a la Départementale 338 avec les Hunaudières, le clin d’œil au radar parce que justement, là, pour une fois, ils n’ont pas besoin de contrôler leur vitesse. Les virages mythiques se succèdent jusqu’à l’arrivée, le drapeau à damier avec le bouquet de fleurs. »

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En marge des 90 ans des 24 Heures du Mans, en 2013, cette auto est présentée à la presse au Welcome et là une surprise attend l’artiste. « Quand on a dévoilé l’Art Car, les Nicolet avaient une surprise pour moi. J’arrive, je vois mon auto bâchée, mais j’en aperçois une autre en face. Je me dis « C’est quoi ce truc ? Une deuxième Art Car ? Ce n’est pas prévu au programme ! » En fin de compte, ils dévoilent la McLaren F1 GTR César (1995). Je ne l’avais jamais vue en vrai. C’est le double effet « Kiss Cool », on dévoile la mienne devant tout le monde et à trois mètres, il y avait la McLaren de César. Ce fut une grosse émotion. »
L’Art Car recouverte de métal est trop lourde de 450 kg. Evidemment, elle n’a pas participé à l’épreuve comme cela. La n°45 pilotée par Jacques Nicolet, Jean-Marc Merlin et Philippe Mondolot porte la couleur de l’Art Car d’origine mais avec un covering, une sorte d’adhésif qui représente l’œuvre. Le Jour J approche, les 24 Heures du Mans vont être lancées. « Ce fut une grande fierté de la voir prendre le départ. Ma première pensée a été pour mon papa, j’ai une grande tendresse et une grande admiration pour mes parents qui m’ont toujours accompagné dans ma vie d’artiste, même quand ce n’était pas facile. Ca remet bien les choses à plat et les pieds sur terre de se dire qu’on doit toujours quelque chose à quelqu’un. Tout ce que je fais aujourd’hui, tout ce que je crée aujourd’hui, les beaux événements que j’arrive à vivre, dans ma vie d’artiste, je le dois toujours à plein de gens qui m’entourent et qui sont là au quotidien. Je le dois aussi à Monsieur Nicolet, à ma famille, à mes proches, à mes amis. »

24 Heures du Mans 2013 @MPS Agency
La n°45 ne finit pas les 24 Heures du Mans, mais bonheur, Oak Racing signe le doublé en LMP2 (victoire de Bertrand Baguette, Ricardo Gonzalez et Martin Plowman). « C’était la première fois qu’au 24 Heures, il y avait un doublé historique dans la catégorie. A l’arrivée, Jacques Nicolet me serre dans ses bras et me dit « Tu ne sais pas ? La voiture que tu as réalisée, on va l’engager dans tout le championnat du monde. » Cela voulait dire le Japon, avec Fuji, São Paulo, Austin, Texas, Shanghai, Bahreïn ! L’auto a fait tout le tour du monde, tout le WEC et j’ai vécu une aventure humaine fabuleuse. J’ai eu une chance inouïe dans ma vie d’artiste et d’homme, de rencontrer des gens fabuleux comme les Nicolet. Ils ont été géniaux avec moi : cartes blanches, financiers, humains, ils m’ont amené avec eux, m’ont fait faire le Tour du monde. Ce sont des gens simples, passionnés et ils m’ont permis de pouvoir encore plus m’épanouir parce que ça marchait déjà très fort pour moi. Il faut reconnaître que depuis que j’ai fait cette voiture là, ça a encore plus amplifié ma petite réussite locale et internationale, puisqu’elle a une image incroyable et tout le monde la regarde. »
Depuis, on n’a pas revu d’Art Car signée Fernando Costa et la raison est toute simple : « En principe, quand on a fait un projet, on ne le fait qu’une seule fois, sauf Peter Klazen qui en a fait deux voitures. J’ai fait d’autres projets sur des bagnoles : une WRC pour le Rallye Monte Carlo, plusieurs pour le Tour Auto et ausis une Smart aussi pour un collectionneur qui, après avoir vu l’Art Car du Mans, a dit : « Je vais acheter une petite bagnole et tu me fais pareil ! » Il s’est payé une Smart toute neuve, est descendu chez moi avec et on s’est éclaté. »

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Fernando Costa vu par Jacques Nicolet : « J’avais envie de faire quelque chose au niveau Art Car. On m’a présenté ses œuvres et j’ai tout de suite aimé ce qu’il faisait. On s’est rencontré et il a été tout de suite emballé. On était en février, je crois, et on lui a livré le châssis. Il a utilisé des panneaux pour raconter un tour de circuit des 24 Heures du Mans. C’est quelque qu’un j‘aime profondément, c’est une très belle rencontre. J’ai certaines de ses œuvres plus traditionnelles à la maison. Je suis très heureux de cette histoire… »

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