Triple vainqueur en titre des 24 Heures du Mans, Ferrari n’aborde pourtant pas cette édition 2026 dans la peau du favori. Plus lourde, moins puissante sous les 250 km/h et confrontée à une concurrence particulièrement affûtée, la 499P devra trouver ailleurs que dans la vitesse pure les ressources pour décrocher un quatrième succès consécutif dans la Sarthe.
Depuis son retour au Mans en 2023, la firme italienne n’a jamais connu la défaite. Trois éditions, trois victoires, trois équipages différents. Mais cette semaine, les discours entendus dans le clan italien ont changé de tonalité.
La Balance de Performance a évolué depuis l’an dernier. La 499P a pris du poids, perdu de la puissance sous les 250 km/h, et cela se ressent précisément là où le Circuit de la Sarthe est le plus impitoyable.
« Au final, ce n’est pas vraiment la vitesse de pointe pure qui me pose problème, » nous a expliqué Alessandro Pier Guidi. « Avec l’aspiration, nous ne sommes pas si loin des autres en termes de vitesse maximale. Mais c’est la manière dont on atteint cette vitesse de pointe qui pose problème. C’est l’accélération en sortie de virage qui nous pénalise. »
Antonio Giovinazzi est encore plus direct : « Il nous manque de l’accélération et de la vitesse de pointe en ligne droite, ce qui est critique ici au Mans. Et pour être honnête, cela se voit au vu des écarts que nous subissons. Malheureusement, cette année c’est comme ça. »

© FIA WEC / DPPI
La différence de résultats entre les trois 499P en qualifications illustre à quel point les marges sont étroites. « C’était simplement une question de réussir à boucler un tour parfait, d’avoir un bon feeling, » analyse Giovinazzi, auteur de la pole. « Cela montre que nous sommes vraiment à la limite pour faire un bon tour. Parfois, on fait juste une petite erreur et on ne passe pas à l’étape suivante. »
La n°51 a atteint l’Hyperpole et s’élancera depuis la huitième position, mais la n°50 partira douzième et la n°83, victorieuse en 2025, a été éliminée dès les qualifications et pointera à l’avant-dernière place, dix-septième sur la grille.
« Je n’ai aucune attente particulière. Je vais juste commencer la course en faisant de mon mieux, essayer de ne commettre aucune erreur. Nous allons essayer d’adopter la meilleure stratégie possible, avoir un peu de chance, et nous verrons bien, » relativise Pier Guidi. « Pour l’instant, je pense qu’il est assez inutile de chercher à rêver de quelque chose qui semble impossible à atteindre. Si le rythme en course reste le même que ce que l’on a vu jusqu’à présent, oui, ce sera difficile. »
Pas de stratégie casino
Face à ce déficit, certains pourraient imaginer Ferrari tenter des coups tactiques pour compenser. Pier Guidi balaie l’idée : « Normalement, lorsque vous essayez de compenser un manque de rythme par une stratégie exotique, cela se passe mal 99 % du temps. Parfois ça marche, oui, mais il est aussi possible de gagner à la loterie de temps en temps… Statistiquement, il vaut mieux s’en tenir à une stratégie normale et en extraire le maximum. »

© FIA WEC / DPPI
« Chaque fois que l’on essaie de surpiloter ou de prendre trop de risques, cela ne fonctionne pas sur une course de 24 heures. Sur une course de six heures, on peut avoir une approche différente. Sur 24 heures, ce n’est généralement pas la bonne solution. Nous savons que nous allons perdre du temps dans le trafic, mais nous savons aussi qu’en étant trop agressifs, nous risquons beaucoup plus. »
Giovinazzi abonde : « Agressifs ? Non. Si on est trop agressifs au Mans, cela ne paie jamais à la fin. Nous devons juste être constants. Pas d’erreurs, c’est le mot d’ordre. C’est cela qui nous placera en bonne position si les autres commettent des fautes. »
Miser sur la nuit et la chaleur
Ferrari regarde donc vers d’autres leviers. Sur les pneus, Giovinazzi reconnaît un retard de compréhension : « On dirait que la voiture bouge un peu plus globalement avec les trois types de gommes. Il est possible qu’ils conviennent mieux aux voitures d’autres constructeurs, alors que nous galérons un peu plus. »
La chaleur du dimanche et les neutralisations restent les principales cartes à jouer. « J’espère que dimanche il fera très chaud pour que nous puissions avoir une voiture plus performante. Pendant la nuit, tout peut basculer lors des relances après une Full Course Yellow ou une Slow Zone. Nous avons peut-être une carte à jouer si nous parvenons à faire monter nos pneus en température plus rapidement que nos adversaires. »
Après trois victoires consécutives, Ferrari sait mieux que quiconque qu’au Mans, la hiérarchie du jeudi n’est pas celle du dimanche.
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