| 19 août 2023 | par

Kévin Estre (Porsche) : « Essayer de faire des coups d’éclat, de gagner une course avant la fin de saison ! »

© Nico Deumille

Kévin Estre dispute sa première saison en Championnat du Monde d’Endurance de la FIA (WEC) dans la catégorie reine Hypercar. Le Français est associé à André Lotterer et Laurens Vanthoor sur la Porsche 963 n°6 couvée par Porsche Penske Motorsport. Le début de saison et les 24 Heures du Mans ont été difficiles, en dépit d’une éclaircie à Portimão (3e). Présent à Monza, le pilote de 34 ans a accepté de faire le point avec Endurance24 avant les deux dernières manches de la saison… 

Les 24 Heures du Mans ont été une grosse déception pour le pilote tricolore et ses coéquipiers avec une 22e place finale au général et la 11e place en catégorie. Cela avait déjà moyennement commencé avec une 9e place en qualifications qui ne permit pas à la n°6 de basculer en Hyperpole au contraire de ses deux sœurs officielles. En course, ce fut mieux, du moins au début… « Laurens a pris un super départ et j’ai ensuite eu une crevaison à la fin de mon premier relais à cause d’un débris. C’est de la malchance, mais à partir de ce moment-là, avec un tour et demi de retard après seulement trois heures, il a fallu rouler le couteau entre les dents toute la course pour essayer de revenir dans le tour du leader. C’est ce qu’on a fait, étant toujours à la limite d’être dans le même tour. Malheureusement, j’ai fait une petite erreur le matin. On était dans le tour du leader, pour pas grand chose. Je me suis retrouvé derrière Sébastien Bourdais, je poussais pour essayer de revenir, doubler et je fais une petite erreur dans le trafic. Kubica (Oreca WRT) ne m’a pas aidé, j’ai essayé de dépasser. J’ai peut-être été un peu optimiste, un peu chaud, ça aurait pu passer mais il a décidé de braquer et, du coup, pour l’éviter, j’ai freiné fort, perdu l’arrière et suis allé tout droit dans le mur. Pas très fort, mais suffisamment pour rentrer au stand pour réparer. Ça a été mentalement difficile. Après ça, on a eu un ou deux soucis de fiabilité en plus. Je pense qu’ils seraient survenus dans tous les cas. »

Le bilan de la course pour sa voiture n’est pas très bon avec une place au-delà de la 20e place. Mais pourtant, le rythme était-là, mais pas à n’importe quel prix. « On se battait pour le podium, mais soyons honnête, on ne se serait pas battu avec Ferrari pour la gagne, c’est sûr, mais pour le podium à la régulière sans avoir de soucis de fiabilité. Mais pour monter sur le podium, il fallait vraiment pousser très fort, prendre de gros risques partout et quasiment tous les pilotes Porsche ont fait des erreurs plus ou moins grosses. Il nous a manqué un petit peu de performance. Il fallait toujours vraiment attaquer très, très fort. C’est ce que l’on fait généralement au Mans, mais là, c’était un peu trop. »

© Nico Deumille

Le Mans fut une grande déception générale pour le constructeur de Stuttgart qui s’attendait à mieux pour son retour dans la catégorie reine. La mieux placée des 963 à la 16e place au général, la 9e en Hypercar grâce à la n°5 de Makowiecki / Cameron / Christensen… « Une voiture a eu un problème technique dès le début (n°75), la Jota n°38 a tapé, la n°5 a eu des problèmes techniques, nous sur la n°6, on a fait des erreurs et ensuite connu des problèmes techniques. Il y a une grosse déception du côté de Porsche, c’est certain, mais c’est la première année de la voiture avec une nouvelle collaboration entre Porsche et Penske. Ce n’est pas une excuse parce que Ferrari l’a très bien fait dès la première saison, mais ils ont un petit avantage en performance sur nous depuis le début de l’année. Avoir un petit peu plus de marge que nous tout le temps, cela aide quand toi tu as le couteau sous la gorge pendant 24 heures, on abîme plus la voiture et on a plus de chances de faire des erreurs ! »

Un peu en retrait depuis le début de la saison par rapport à Toyota et Ferrari, Porsche est la 4e force du plateau juste derrière Cadillac. Mais que manque-t-il à ces 963 pour être plus compétitives ? « Un petit peu de tout, il n’y a pas d’endroit où l’on peut vraiment pointer du doigt en disant « Si on améliore ça, on sera là. » Pour moi, quand on analyse un peu le Mans, on était bien dans les secteurs rapides, dans les virages rapides par rapport à Ferrari et Toyota. Mais il nous en manquait en sorties de chicane, dans les lignes droites et au niveau fiabilité. Pour résumer, je dirais qu’au Mans il manquait un peu en accélération, en vitesse de pointe et de la fiabilité. Sur les autres courses WEC, c’est un peu différent. On a fait un bon step avant le Mans en gagnant en termes de perfo par rapport aux autres. »

© MPS Agency

Justement, le reste de la saison approche. Après une 7e place lors des 6 Heures de Monza, les deux dernières épreuves pointent leur nez : Fuji et Bahreïn. Alors à quoi pouvons-nous nous attendre ? « Essayer d’être bien, de faire des coups d’éclat, de gagner une course, même si ça va être difficile. C’est l’objectif qu’on se donne depuis le début de l’année, même si nous étions réalistes. Après Sebring, on a vu que ça allait être difficile, mais on a tout ce qu’il faut pour faire bien. Après, est ce qu’on aura la performance pour gagner une course ? Pour l’instant, on ne l’a jamais eu. Est-ce qu’on l’aura ? Je ne sais pas.»

Par contre, aux USA, en IMSA, cela sourit plus à Porsche avec une victoire à Long Beach, une 2e place à Laguna Seca et une autre à Watkins Glen. Mais en WEC, cela ne veut pas sourire… La Porsche 963 serait-elle mieux adaptée aux circuits US, la BoP serait-elle plus favorable. Rien de tout cela. « La différence c’est qu’en WEC, on se bat contre Ferrari, Toyota, Cadillac, Glickenhaus, Vanwall et Peugeot. Les trois derniers, on les a toujours derrière nous. Cadillac, ils étaient devant nous à Sebring et depuis, on se bat à coups de dixièmes avec eux. Aux USA, les Porsche 963 luttent contre Cadillac, BMW et Acura, ils arrivent à gagner des courses là-bas, mais il y a quatre voitures en moins qui sont très difficiles à battre ici (Ferrari et Toyota). Après, on essaye de profiter de ce qu’ils apprennent et des set-ups de l’IMSA. C’est le même team, on partage toutes les infos, mais en WEC, on se bat contre d’autres types de voitures (LMH. Ndlr) et d’autres concurrents. »

© MPS Agency

Entre Le Mans et Monza, Kévin Estre a disputé une autre classique d’endurance, les CrowdStrike 24 Heures de Spa. Il était au volant de la Porsche 911 GT3 R n°92 engagée par Team Manthey EMA aux cotés d’un autre tricolore, Julien Andlauer, et de Laurens Vanthoor. Les trois hommes ont dû se contenter de la 4e place, au pied du podium. « Spa a été un peu frustrant, très difficile mentalement avec beaucoup de voitures, un peu chaotique en termes de stratégie, de pneus, de dépassements de voitures retardées, etc… C’est vraiment une course difficile, très à part. On s’est battus jusqu’à la dernière heure pour le podium. BMW était plus fort que tout le monde cette année, avec un peu plus de perfo, mais on a lutté avec Audi et Mercedes, ça dépendait des moments. Parfois, on était un peu mieux, parfois, c’étaient eux. Sur la fin, on était bien, mais je me fais bouchonner pendant un relais par une Audi qui était à cinq tours, un Bronze qui ne m’a jamais laissé passer en ayant des drapeaux bleus, sans aucune conséquence, sans un avertissement ou quoi que ce soit. En essayant de me battre à rester derrière lui, il y a une Mercedes qui me met une boîte et m’arrache le diffuseur à une heure et demie de la fin. Je finis la course sans cette pièce, arrivant quand même à me battre pour la troisième place jusqu’au dernier tour avec Nicky Thiim. La deuxième était à deux secondes devant, donc on était en lice pour se battre pour un podium. La victoire face à BMW aurait été difficile, mais c’est un gros challenge, on est tous contents quand on finit car Spa est dur mentalement, physiquement, c’est prenant. »

© Porsche

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