Kevin Estre n’a pas quitté son sourire de toute la soirée. Le Français, véritable phénomène en GT, a réussi à inscrire son nom en tant que vainqueur d’une course de prototype en WEC. Avec ses coéquipiers, André Lotterer et Laurens Vanthoor, il a remporté les 1812 km du Qatar, manche d’ouverture de la saison 2024 WEC. Endurance24 est allé à la rencontre du tricolore après sa descente du podium…
Cela faisait plus d’un an et demi de travail, d’essais, de simulateur et de courses sans victoire. Mais la disette est terminée, la Porsche 963 a réussi à inscrire son nom au palmarès du WEC après sa sœur, la 919 Hybride. Il s’agit de la première victoire de la marque de Stuttgart depuis son retour, cela vient concrétiser les effort et les progrès effectués après plus d’un an.
« C’est beaucoup de joie, ça fait vraiment du bien d’être là sur la première marche »avoue Kevin Estre. « Ça a été beaucoup de travail acharné de la part de tout le team. On a commencé il y a maintenant presque trois ans. Les débuts ont été durs la saison dernière, on a vraiment eu du mal, arrivant à accrocher difficilement deux podiums. Au Qatar, on a posé la voiture, ce n’était pas fantastique au début du Prologue, mais on a vraiment réussi à progresser tout au long et lors des séances d’essais également pour finalement avoir une super auto en course. Elle était vraiment très constante, assez facile à conduire et rapide. Ca fait vraiment du bien d’avoir fait tout ce chemin, d’être arrivé là avec le team Porsche Penske Motorsport ! C’est un des très grands noms du sport auto, mais jusqu’à maintenant, en tout cas l’année dernière, on a eu du mal. On essaye de continuer à écrire son histoire, on est content de le faire maintenant. J’ai envie de dire : enfin ! »
Sur un plan plus personnel, c’est aussi une grosse satisfaction. Le Français de 35 ans a tout raflé en GT : les 24 Heures du Nürburgring en 2021, les 24 Heures de Spa en 2019 et les 24 Heures du Mans en GTE Pro en 2018, un titre WEC en GTE Pro, à chaque fois avec Porsche. Ce samedi, il a remporté sa première victoire en proto, ce qui ajoute une saveur particulière.
« C’est sûr qu’elle a une saveur particulière. Le GT, c’était un peu naturel pour moi. J’ai passé beaucoup de temps avec de très bons coéquipiers, de très bons teams, on a réussi à gagner beaucoup de courses et je me sentais à l’aise. Je montais dans la voiture, je ne me posais pas de questions, j’étais toujours rapide. Le prototype a été un peu plus compliqué. Je me suis senti assez bien dès le début, mais au niveau de la performance d’ensemble (voiture, team) dans ce championnat, on a eu un peu de mal. Bien sûr, on a des doutes en tant que pilote, mais on a continué de travailler très dur et l’équipe a vraiment fait du super boulot dans l’hiver. Sur un plan perso, ça fait vraiment du bien de se prouver à soi même qu’on peut gagner dans autre chose que du GT. Remporter une course au général pour Porsche, pour Penske en championnat du monde d’endurance est quelque chose d’extraordinaire. »

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Quand on lui demande si une victoire en Proto est la même chose qu’une victoire en GT, il répond :« honnêtement, en 2017, 2018, 2019, il y avait 17, 18 GTE Pro au Mans avec uniquement du soutien officiel. Le niveau était extraordinaire, aussi bon que ce qui se passe maintenant, mais c’était en GT et pas au général. Evidemment, c’est une satisfaction, on arrive à se montrer devant tout le monde. On a gagné la course au général et pas dans une autre catégorie. Après, sincèrement, pour moi, au niveau du travail effectué dans l’équipe et en tant que pilote, je mettais autant d’investissement en GT que ce que je fais maintenant. J’étais pilote d’usine Porsche et j’étais là pour gagner toutes les courses que je disputais. J’ai toujours le même état d’esprit maintenant, on a juste des voitures qui roulent un peu plus vite, avec 200 chevaux de plus et 200 kilos de moins. »
Après l’euphorie du podium et de ce premier succès, il va falloir vite se remobiliser en vue de la prochaine manche WEC qui aura lieu à Imola le 21 avril prochain. « On n’a jamais roulé là bas. C’est un circuit « old school » avec des bosses, des dénivelés, des gros vibreurs, très différent d’ici. Je pense qu’on a vraiment appris pas mal de choses pendant l’hiver et sur ce week-end aussi. On sait mieux comment mettre la voiture dans la bonne fenêtre de performance, ce qui n’est parfois pas facile surtout avec le peu de temps disponible pendant les séances d’essais. C’est sûr qu’on va continuer à essayer de trouver chaque petit détail, chaque petite chose qui font qu’on aura une voiture parfaite comme aujourd’hui. Mais ce sera difficile parce que Imola, Spa, Le Mans sont des circuits complètement différents de Losail. »

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Porsche a le vent en poupe en ce début de saison en prototype. Après les succès aux 24 Heures de Daytona en IMSA puis cette épreuve de 10 heures au Qatar, évidemment, les regards sont déjà tournés vers les 24 Heures du Mans même si deux manches WEC restent à disputer entre temps. Ces victoires propulsent la marque allemande en tête des favoris en vue d’une 20e couronne en Sarthe.
« Ce succès est de bon augure. Honnêtement, Le Mans était déjà l’objectif l’année dernière même si on savait que ça allait être difficile pour notre première fois. Je pense qu’on est bien plus près qu’en 2023, on est meilleurs dans tous les domaines. Après, on a vu le nombre de voitures qui peuvent aller vite et il ne faut pas oublier que c’était la première de pas mal de voitures. Losail est un circuit très particulier, très à part des autres tracés de la saison, très plat, sans bosses, des vibreurs très plats. On va maintenant arriver sur des circuits européens très différents. C’est sûr qu’on a fait un sacré pas en avant par rapport à l’année dernière et j’espère qu’on aura cette performance au Mans. »
Comme tout pilote, les 24 Heures du Mans font briller les yeux, encore plus quand on est français.
« Mon rêve depuis que j’ai commencé l’endurance est de gagner Le Mans au général. Maintenant, je suis dans la catégorie qui peut me permettre de le faire avec toute une écurie derrière moi. Je pense qu’on a le potentiel mais il va falloir beaucoup travailler, ça ne va pas être facile. En tout cas, on a prouvé aujourd’hui qu’on était les meilleurs et ça fait du bien ! »
Propos recueillis par Florian Defet, à Losail.

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