Helio Castroneves est l’un des pilotes les plus populaires des Etats-Unis. Cela est dû au fait qu’il a une façon toute particulière de célébrer ses victoires et à son incroyable palmarès : trois victoires aux 24 Heures de Daytona, une à Petit Le Mans, un titre IMSA, et surtout quatre fois vainqueur des mythiques 500 Miles d’Indianapolis. Tout juste auréolé d’une nouvelle victoire à Daytona (avec Colin Braun, Tom Blomqvist et Simon Pagenaud), le pilote brésilien s’apprête à disputer les 12 Heures de Sebring qui manquent à son palmarès.
Comment est cette Acura ARX-06 à piloter ?
« Tout simplement incroyable ! Déjà, je n’avais jamais piloté de voiture avec un système hybride. Pourtant, je ne suis pas un petit nouveau dans le milieu (rires), mais je dois me familiariser avec cette technologie car nous rentrons dans une ère tout simplement incroyable. De plus, je dois gérer mon pilotage entre l’IndyCar et l’Endurance. Ce sont des perspectives différentes et une technologie incroyable. Le sport automobile n’est plus tout à fait ce qu’il était, il est plus assisté par ordinateur et des logiciels qui font le travail pour vous. Mais c’est incroyable, j’aimerais juste avoir plus de temps pour utiliser les outils offerts aux pilotes. Je trouve que c’est un petit bout de la F1, c’est vraiment cool d’être à ce niveau. »
Dans quelle mesure est-ce comparable ou différent des DPi que vous avez pu piloter ?
« C’est une nouvelle auto pour nous, il y a donc beaucoup d’axes d’amélioration. La plus grosse différence entre la GTP et la DPI est le système de freinage. Il n’y a plus de frein classique, maintenant, je n’ai plus le même feeling avec ce système hybride (il n’y a plus de liaison directe entre le pied du pilote et les freins, l’électronique modifie le feeling par rapport au freinage, ndlr). Il y a des capteurs, cela ressemble à un simulateur, il a donc fallu que je m’adapte. Avant, quand je freinais, je savais normalement comment la voiture allait réagir, mais maintenant c’est l’ordinateur qui gère. Mais le potentiel est énorme et on est qu’au début. »
Vous avez remporté les 24 Heures de Daytona pour la troisième fois en janvier. Etait-ce la plus dure ou la plus facile ? Est-ce celle qui compte le plus pour vous car elle est synonyme de nouvelle ère ?
« Ce ne fut pas la plus aisée car j’étais moins préparé. La DPi était une voiture que je connaissais bien car j’ai passé trois ans au niveau du développement. La 4e année avec Wayne Taylor Racing, je savais exactement ce qu’il fallait faire et la 5e avec Meyer Shank Racing, je dirais que c’était comme enfiler un chausson. 2023 est donc une année beaucoup plus synonyme de défi. Tom (Blomqvist) est certainement celui qui a le plus d’expérience avec un système hybride car il a roulé en Formule E. Il connait la technique, le vocabulaire qui va avec. »

© Nico Deumille
Pour ces 12 Heures de Sebring, savez vous comment la voiture va se comporter sur les bosses et quelles sont vos attentes ?
« Nous avons déjà effectué des essais ici à plusieurs reprises. Ce sera un vrai défi au niveau des freins avec les logiciels que j’ai mentionnés. Si l’information n’est pas la bonne, cela peut vous mettre dans le pétrain. Je pousse pour que la compréhension soit la meilleure, je préfère une auto qui a une performance constante plutôt qu’une performance sur deux ou trois super tours par relais car on parle d’une course de 12 heures. Je pense que tout le monde est dans le même bateau, pas seulement Acura, car ce sont de nouvelles autos. »
Vous n’avez jamais disputé les 24 Heures du Mans. Pourquoi ?
« Je n’ai jamais vraiment eu d’opportunités, mais ce n’est pas faute d’avoir dit à plusieurs reprises que je voulais faire Le Mans. Certes, je ne comprends pas toujours les règles entre les Bronze, les Silver, etc… Si Le Mans était ouvert à quatre pilotes par auto comme c’est le cas à Daytona, j’aurais déjà plus de chances. L’autre souci, c’est qu’après les 500 Miles d’Indianapolis, il y a le Grand Prix de Detroit en IndyCar qui tombe en même temps que la Journée Test. J’adorerais faire les 24 Heures du Mans, je peux parler avec des équipes, pas forcément en catégorie reine, mais dans toutes. Je veux juste découvrir, prendre de l’expérience dans ces formidables 24 Heures du Mans. Le président d’Oreca, Hugues de Chaunac, m’a déjà dit : « Allez, on le fait ! » et je lui réponds, vous êtes français, vous avez une voiture, alors quand est-ce que je viens ? (rire). En plus, mon coéquipier d’Indycar (Simon Pagenaud, ndlr) va les refaire cette année. Il n’est jamais trop tard pour les disputer, je sais qu’il me reste du temps. »
Vous y verra-t-on en 2024 avec Acura ?
« Peut être, en tout cas, j’adorerais faire les 24 Heures du Mans avec Acura. J’ai connu pas mal de succès avec ce grand constructeur à Daytona, entres autre, ce serait super d aller au Mans avec eux.»

© Nico Deumille
Vous avez déjà remporté 4 fois les 500 Miles d’Indianapolis. On imagine que vous avez déjà en tête la prochaine édition en mai pour une 5e ?
« Absolument ! Meyer Shank Racing a tellement grandi depuis 2021 et cela a continué en 2022. Je pense qu’Indy 500 sera encore mieux pour nous, nous avons une super opportunité cette année, à mon avis. »
Une dernière question. Pourquoi célébrez-vous tout le temps vos victoires en escaladant les grillages ?
«La première fois que je l’ai fait, rien n’était prémédité. C’était au Grand Prix de Detroit 2000. Après la victoire, j’étais sensé rentré au ralenti dans la pitlane, mais je me suis arrêté au milieu de la ligne droite. Quand j’ai levé la tête, la foule était en délire et je me suis dit : « Je descends pour aller célébrer tout cela avec eux ». Et c’est comme cela que cette histoire de grillage à commencer, ce n’était pas pour montrer que j’étais un mec cool, c’est plus le reflet de ma personnalité, l’expression de mes sentiments. Je préfère cela que juste faire un signe de la main. J’ai vu que d’autres personnes faisaient pareil, je suis heureux. Cela permet de réaliser à quel point il est difficile de gagner une course, du travail à accomplir pour atteindre cet objectif. J’ai été surpris cette année car je n’ai pas terminé les 24 Heures de Daytona. J’ai été très touché par la réaction de Tom et cela a montré à quel point cette équipe est extraordinaire. Ce fut cool de tous grimper aux grillages cette année après le drapeau à damiers. »

© IMSA
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