De beaux plateaux, de nombreuses courses, une météo estivale… Toutes les conditions étaient réunies pour que le SRO Racing Festival, théâtre de la manche finale du Championnat de France FFSA GT, soit un véritable succès. Le public ne s’est d’ailleurs pas trompé en répondant présent en nombre samedi et dimanche.
Une fois n’est pas coutume, la Balance de Performance est venue gâcher la fête. Cet exercice complexe qui vise à équilibrer des voitures très différentes par nature pour garantir une compétition équitable en piste, est un sujet qui revient couramment, pour ne pas dire constamment dans les différents paddocks.
La BoP a cette fois-ci monopolisé les échanges dans le Var, notamment dans le clan BMW et Aston Martin où certaines équipes engagées avec ces autos ont fait savoir leur mécontentement. Une situation des plus délicates à gérer pour Laurent Gaudin, manager général du Championnat de France FFSA GT qui a vu les représentants des équipes défiler dans son bureau. « Nous avons eu (au Castellet), et ce n’est pas la peine de le cacher, un léger problème de BoP. C’est souvent le cas dans les championnats utilisant la BoP et comme c’est souvent le cas en règle générale dans l’année, » nous a-t-il confié durant un entretien au long cours, en toute franchise.

© SRO
En lice pour le titre Silver Cup, la BMW M4 GT4 n°17 de L’Espace Bienvenue, après avoir remporté cinq courses lors des quatre premières manches, n’a jamais été en mesure de batailler aux avant-postes le week-end dernier sur un circuit qui lui est pourtant favorable, face à la Toyota GR Supra GT4 Evo n°9, sacrée championne en Silver Cup. « A croire qu’on dérange, » réagissait-on chez L’Espace Bienvenue où l’ajustement de BoP entre les qualifs et la course 1 a été jugé insuffisant. « L’allègement de 10 kg représente un gain d’environ seulement deux secondes sur une heure de course. »
Même constat du côté d’Aston Martin, avec Racing Spirit of Léman, qui également mathématiquement en lice pour le titre en Silver Cup au début début du week-end et qui déplorait, dimanche matin, un écart important face aux Toyota et Alpine pourtant alourdies de 10 kg. Après une double victoire de l’Aston Martin n°92 à Lédenon, « on a le sentiment qu’il s’agit d’une BoP qui nous sanctionne par rapport à nos résultats précédents et non par rapport à notre performance, » nous confiait Patrick Barbier, directeur de l’équipe. Ce à quoi Laurent Gaudin répond : « La BoP est effectuée sur la base de toutes les données acquises par SRO sur l’ensemble des championnats. Elle est effectuée par un département technique spécifique, dirigé par Claude Surmont qui fournit la BoP à l’ensemble des championnats GT4 : la France, l’Europe, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre et bien d’autres. »
L’écurie haut-savoyarde nourrit son analyse en s’appuyant sur les performances réalisées au Castellet, en juin dernier, lors du meeting GT4 Europe, où Victor Weyrich avait signé la pole, sur le même modèle, en 2:12.009 alors qu’il a effectué son meilleur temps en 2:12.906 samedi, en Q1. « Il est vraiment dommage que le championnat ne se soit pas joué sur la piste avec les trois voitures qui pouvaient encore prétendre au titre et ce quel que soit le vainqueur final, » regrette Patrick Barbier. Si l’on compare les meilleurs tours en course de la catégorie Silver Cup, la Toyota n°9, victorieuse des deux courses, s’est montrée la plus rapide de la course 1 en 2:13.134, puis en course 2 en 2:13.306. En course 1, l’Aston Martin n°92 a réalisé son meilleur temps en 2:13.397, contre 2:14.172 pour la BMW n°17. En course 2, l’Aston Martin n°92 a effectué son meilleur chrono en 2:14.004 contre 2:13.995 pour la BMW n°17.

© Nico Deumille
Bien que cette problématique de BoP ait été mise en exergue ce week-end, le sujet semble bien plus profond, et certains regrettent d’ailleurs la globalisation de la BoP, comme a pu nous l’expliquer Charly Bourachot, le patron de l’écurie CMR, engageant des Porsche 718 Cayman GT4 RS CS et des Alpine A110 GT4. « Je suis un fervent défenseur de SRO depuis le début ainsi que de la qualité du travail réalisé. Mais cette année, cela n’a pas été au rendez-vous […] Il y a un gros souci technique avec une BoP qui n’est plus du tout au niveau de ce qu’on a connu. Pas parce que Claude (Surmont) a perdu en qualité, tout simplement parce qu’à un moment, il est comme tout le monde. Quand il y a trop de boulot, tu ne peux pas t’appliquer sur tout. »
Laurent Gaudin et son équipe se retrouvent donc en première ligne face aux remarques, critiques et doléances. Dans les faits, le manager général de la série est impuissant pour intervenir sur les décisions techniques qui sont prises au-dessus delui. « Tout le monde sait, constructeurs, team managers, ingénieurs, que la BoP est faite par un département technique spécifique et qu’il ne faut pas discuter avec les gens de terrain. Tout le monde le sait. Par contre, c’est plus facile de s’en prendre aux gens de terrain parce qu’ils sont à portée de mains. » Au fil de notre échange, il reconnaît « qu’effectivement, sur cette épreuve, je pense qu’on a eu un problème. Est-ce qu’il faut, parce qu’il y a un problème actuellement sur la BoP de deux voitures, remettre en cause tout le système ? Je ne crois pas. »

© Nico Deumille
Ce problème qu’il juge par ailleurs comme une « erreur humaine ou une incompétence provisoire » tout en avouant « ne pas avoir compris ce qu’il s’était passé » a renforcé la frustration de plusieurs équipes et de leurs pilotes au moment où les regards se tournent vers 2024. Certains d’entre eux ont d’ailleurs annoncé leur intention de ne pas poursuivre en Championnat de France FFSA GT. « Oui, ça me peine. Oui, ça m’affecte. Oui, ça me travaille » réagit un Laurent Gaudin touché. « On se bouge le « cul », on croit dans ce qu’on fait. On a fait beaucoup de promotion, on travaille beaucoup sur la télévision. Tous les ingrédients sont là et il y a un ou deux aspects qui ne fonctionnent pas et hélas, on voit bien plus ces deux ingrédients que le reste. »
Au moment de baisser le rideau sur la saison 2023, les inquiétudes sont grandes pour la saison prochaine et la BoP n’est pas, à elle seule, responsable de la situation. L’explosion des coûts ces dernières années est également au cœur des préoccupations…
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