| 6 juin 2024 | par

Comment une équipe prépare les 24 Heures du Mans ? En immersion chez IDEC Sport…

© MPS Agency

L’Oreca 07 n°28 de Paul Lafargue, Reshad de Gerus, Job van Uitert va prendre part à la 92e édition des 24 Heures du Mans dans quelques jours. Mais avant la grande course, beaucoup de choses se seront passées entre le Pesage, la Journée Test, les essais libres, les qualifs, l’Hyperpole. Il faut donc anticiper un maximum de choses en amont afin d’avoir le moins de surprises possibles.

Endurance24 a eu l’opportunité de pouvoir visiter les nouveaux locaux d’IDEC Sport à Signes, dans le Var, à quelques mètres du circuit du Castellet. A cette occasion, Nicolas Minassian, le team principal, nous a raconté comment une équipe comme la sienne préparait les 24 Heures du Mans…

Tout commence après la manche ELMS au Castellet où la n°28 a fini 4e après avoir écopé d’une pénalité. On avait alors laissé l’écurie au moment de remballer. Nicolas Minassian raconte la suite. « Au lendemain de la course, on a transformé la voiture en version Le Mans. Gibson a fait les modifications moteur pour nous enlever de la puissance, on a mis la voiture avec plus de poids et installé le kit aéro Le Mans. Le lendemain (mardi 7 mai), on a fait une journée complète pour la tester avec une configuration de circuit (Castellet) différente de celle qu’avait en ELMS pour avoir des usures de pneus qui ressemblent au Mans. Les trois pilotes étaient là pour les préparer et les remettre dans une voiture qui est complètement différente. Certes, c’est la même, mais elle fait quand même presque 70 chevaux de moins avec une aéro différente. De notre côté, nous avons travaillé sur quelques idées qu’on avait pour essayer de gratter encore un petit peu plus pour obtenir un peu plus de perfo au Mans. »

Ce jour là, tout se déroule parfaitement. La voiture est alors été ramenée dans les nouveaux locaux d’IDEC. Là, elle « a été démontée. On a installé tout ce qui est demi-train, boîte de vitesses, amortisseur, l’ensemble mécanique, tout ce qui sera utilisé en couse. J’ai ensuite rodé le tout pendant quelques tours (environ une heure) au Castellet autour du 15 mai. On a tout redémonté, mis de côté sur un rack car ce seront nos pièces pour les 24 Heures. Le but était de valider toutes ces pièces, être sûr d’elles parce que elles sont neuves. Il ne faut pas oublier que Le Mans, c’est pratiquement deux saisons ELMS en une seule épreuve. Quand tout a été fini, la seule chose qu’on n’effectue pas, c’est rôder des freins parce que ce sera fait sur place. Tout le reste passe en rodage et toutes ces pièces ont été mises de côté et seront remontées le vendredi, la veille de la course. »

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Mais pour le moment, notre Oreca 07 n°28 est toute nue… « Une fois les pièces course enlevées, on a mis celles qui seront utilisées pour la Journée Test, les essais et la séance de qualifications. On a aussi des sets de pièces de rechange s’il y a un accident. On a stické les kits Le Mans, refait un coup de propre pour Le Mans. Dès qu’elle a été remontée et qu’elle était prête, on a embarqué pour Le Mans pour prendre possession du stand en attendant le Pesage. Il y a eu aussi d’autres pièces qu’on a changées : les pompes, les pompes de réservoir, on a mis la « black light », la lumière de nuit à l’intérieur de la voiture, les panneaux luminaires pour le roulage, etc…. On a équipé aussi tout ça sur les pièces de spare (de rechange). On a également organisé le matériel, l’outillage, tout ce qui est aussi matériel de consommation : le scotch, toute la partie visserie…On ne veut pas arriver au Mans à 1100 kilomètres d’ici en ayant oublié  des choses ! »

Il n’y a pas que la voiture qui est le centre d’intérêt de Nicolas Minassian et ses hommes. Les pilotes sont aussi au coeur de toutes les attentions. « Ils sont restés au Castellet après la manche ELMS. Le lundi après la course, ils sont venus faire du simulateur et une séance de sport. Toutes les deux semaines, ils sont revenus à Signes pour faire la même chose : simulateur / sport. Notre ostéopathe les a suivi pour prendre soin d’eux, les préparer pour le Mans. Même chose pour les mécanos.

Après l’ELMS, ils se sont entrainés aux pistops parce qu’au Mans on a le droit à quatre mécaniciens contre trois en ELMS. On a aussi pensé à trouver des solutions de secours. S’il y en a un qui se fait mal à un poste précis pour avoir un remplaçant. Même chose si un pilote se fait mal… On a un pilote de réserve qui a déjà fait le Mans, à qui on fait confiance et qui va remplacer si un des pilotes titulaires se blesse. En fait, c’est un peu comme dans l’aviation : il faut que tu anticipes tous les problèmes à l’avance pour avoir une solution à chaque fois. »

© David Bristol

Après la voiture, les pilotes / mécaniciens, le troisième pole d’intérêt est la partie Ingénieurs / staff technique. « Deux jours par semaine, on a eu une réunion avec nos ingénieurs où on a fait du brainstorming sur comment gratter un petit peu plus de perfo en sachant que tout le monde a la même auto. Ce que tu grattes, ce n’est pas grand-chose, mais ça fait toujours quelque chose en plus. Une semaine avant de partir au Mans, on a fait tout ce qui est « check de stratégie », c’est-à-dire mettre les différentes stratégies pour la course en place. On l’avait déjà fait un peu avant mais, à ce moment là précis, on les valide presque totalement. On a une grosse idée des stratégies, avec les slow zones, Full Course Yellow, safety cars. On étudie aussi tout ce qui est règlement technique et sportif avec les mécanos, le directeur technique, les ingénieurs. Le but est de se caler au mieux pour ne pas avoir de pénalités en course parce que le règlement Le Mans est un petit peu différent. Il faut changer la casquette ELMS et la renforcer pour Le Mans parce que c’est plus spécifique. »

Et maintenant, les dès sont (presque) jetés. Présent sur place au Mans, le stand a été monté et la voiture est là (voie photo). Vendredi, la voiture passera au Pesage à 16 h 30. Il sera alors temps de penser à la Journée Test (dimanche 9 juin), mais le programme est déjà prévu. « On a décidé de ce que l’on allait faire deux ou trois semaine avant. Nous avons réalisé des tests, on a décortiqué ce qu’on a travaillé, ce qu’on a appris. On a refait une ébauche de ce qu’on veut essayer à la Journée Test. Il faut faire la relation entre ce qui a été essayé au Castellet et ce qui va se passer au Mans parce qu’il faut que ça fonctionne sur les deux circuits. Il est important de se caler. Chacun a son mode de fonctionnement. On est tous dirigés par quelqu’un. J’ai une personne à chaque poste qui dirige et puis après, on avance, on mélange le tout. La mayonnaise prend. »

© Endurance24

C’est un rôle qui change complètement de ce que Nicolas Minassian a connu pendant plus de 30 ans en tant que pilote. « J’adore ce poste de team principal. Par contre, je peux dire que c’est beaucoup plus de travail que quand j’étais pilote. C’était plus simple de piloter  car c’est naturel. Après, il faut performer régulièrement, tout le temps, pour garder ta place et c’est ça qui est dur. Si tu veux durer longtemps, il faut être vite, longtemps. Dès que tu commences à être moins vite, on peut faire des erreurs. Je n’ai jamais été le meilleur mais j’ai été performant, ca a duré très longtemps. Je n’ai pas eu de trucs qui m’ont cassé mon envie de piloter, d’ailleurs, j’aime toujours autant ça. »

Désormais, l’homme de 51 ans vit la plupart du temps dans l’usine IDEC Sport qui a été concçu tout spécialement. « Patrice (Lafargue) est un énorme passionné. Il aime motiver ses troupes avec le sport. Il aime les gens qui ont cette âme et cette pêche, il aime le résultat. Il a voulu faire un centre qui réunit le sport de haut niveau et le plaisir. Si tu ne te fais pas plaisir dans ce que tu fais, tu ne vas pas être fort. Si tu veux un team de course, les pilotes, il faut qu’ils s’entraînent, les mécanos, il faut qu’ils aient la forme, il faut qu’il y ait un simulateur, il faut qu’il y ait une salle de sport; il faut que le team en logistique soit efficace pour pouvoir décharger, recharger, comme ça, il y a moins de fatigue, il y a plus d’énergie dans l’écurie. Il faut que ça soit coordonné. On a fait un centre pour donner de l’efficacité à l’ensemble du programme sportif d’IDEC. »

© MPS Agency

 

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