Croiser Christian Ried quelques minutes tranquille derrière les stands est presqu’un exploit tellement l’homme est accaparé par son équipe Proton Competition, impliquée dans quatre championnats (IMSA, ELMS, WEC, GT World Challenge) avec trois types d’autos différents (Ford Mustang en Oreca en LMP2 et Porsche 963 Hypercar).
Endurance24 a eu l’opportunité de s’entretenir avec l’ancien pilote allemand qui a raccroché le casque il y a quelque mois. Première partie de l’entretien consacrée à son rôle de patron d’écurie…
Comment êtes-vous parvenu à bâtir cette nouvelle relation avec Ford, en GT3 ?
« La Ford Mustang est développée par Multimatic, tout comme la Porsche 963 Hypercar. Le contact a été établi suite à ce partenariat avec Multimatic. Pour l’équipe, c’est un nouveau défi et quelque chose de nouveau. C’est particulier d’être impliqué dans le développement de la voiture. C’est un travail difficile, c’est aussi un défi, mais aussi une bonne école. »
La Mustang a fait ses premiers pas en IMSA et en WEC. Quel est votre point de vue au regard des premières courses ?
« C’est la première saison de la voiture, elle est encore jeune et il est certain que nous sommes un peu en retard sur les essais par rapport à ce que nous voulions. Mais nous l’avons montré à Long Beach ou à Sebring en termes de rythme, la voiture est là. Nous avons encore quelques petits problèmes, rien de très sérieux, et je pense qu’ils sont faciles à résoudre, mais il faut du temps. La première fois que nous avons fait rouler la voiture en course, c’était à Daytona. Là aussi, les performances de la voiture étaient au rendez-vous. Je suis donc très optimiste et je pense que nous pourrons obtenir de bons résultats cette année encore. »

© Nico Deumille
Quels sont les principaux points forts de la voiture et sur quels aspects devez-vous encore travailler ?
« Je pense que ce n’est pas un secret, nous avons encore un petit problème avec la carrosserie. Nous perdons des pièces à chaque course. Il est certain que nous devons renforcer le travail sur ce point. Mais en plus de cela, nous devons aussi comprendre un peu mieux le contrôle du capteur de couple. La première course avec ce système s’est déroulée au Qatar car nous n’en voulions pas en IMSA. Il semble que nous soyons meilleurs sans pour le moment, ce qui signifie évidemment que nous devons comprendre ce système pour mieux le contrôler. Mais comme je l’ai dit, à Long Beach, nous avons terminé P5. Du point de vue des temps au tour, nous étions bien et en mesure de nous battre pour un podium ou de gagner. Nous prouvons que le potentiel est là. Je crois vraiment en cette voiture et en son concept. »
Vous êtes également impliqué en Hypercar et en GTP avec la Porsche 963. Était-ce un choix de rouler dans la catégorie reine ? Comme vous aviez Ford en GT3, vous vouliez rester avec Porsche aussi via Multimatic ? Quel a été le point de départ ?
« Le point de départ a été l’annonce de la fin de la GTE. Pour moi, la GTE était le sommet de la catégorie GT avec une voiture vraiment très performante. Si nous regardons la GT3, pour moi, l’auto l’est un peu moins. Pour l’équipe, l’étape suivante était logiquement la gestion d’un prototype.

© Nico Deumille
Dans la vie, il faut toujours essayer de passer à l’étape supérieure et, selon moi, le GT3 était plutôt un pas en arrière, ce qui ne m’a pas beaucoup plu. Nous avons pris un bon départ l’année dernière même si les Porsche 963 clientes ont pris du retard à la livraison (la première auto de Proton Competition est arrivée à Monza, après Le Mans, l’an dernier. Ndlr), nous étions donc limités dans notre préparation, mais avons terminé la saison avec notre podium en IMSA. Nous avons toujours eu une voiture performante, dans la bonne fenêtre, même en mesure de se battre pour un podium.
Je suis très heureux des performances de l’équipe et de ce que nous avons réalisé avec la voiture en 2023. Nous avons également pris un bon départ cette année en faisant une très bonne course à Sebring. Nous étions 3e, puis on a vu l’opportunité de passer P2, on s’est battu avec Louis (Delétraz), et malheureusement, nous avons raté ce beau résultat. Mais je préfère qu’une voiture et un pilote se battent pour une victoire plutôt que de rouler et terminer 8e. »
Comment se passe la relation avec Porsche ? Bénéficiez-vous d’un apport de données, de la part du constructeur ?
« C’est particulièrement difficile pour une équipe privée. Avec la quantité d’essais et d’informations dont dispose l’usine, nous recevons toujours des données pour chaque course en guise de préparation, et nous avons une bonne communication. Si nous avons des questions, ils sont toujours là pour nous aider. »

© Courtesy of IMSA
Comment gérez-vous tous vos programmes et vos déplacements du point de vue logistique ?
« Avec mon frère, nous dirigeons et gérons l’équipe ensemble. En fait, avant de faire de la course, notre activité principale était la gestion d’une entreprise de logistique. En fin de compte, c’est vraiment ce que nous avons su faire en premier, comment organiser, gérer nos différents programmes.
Je dois dire que l’équipe est très compétente, nous avons dû recruter, c’est certain, et avons de très bonnes personnes dans l’équipe. Ils s’occupent de tout et nous avons aussi le soutien de la série comme en WEC par exemple où tout est organisé par DHL. Ils sont très bons en matière d’information. On peut vraiment prévoir nos besoins, les dates de départ, d’arrivée. De plus, nous avons suffisamment de matériel pour pouvoir tout préparer par voie maritime ou aérienne. »
Vous avez un entrepôt aux États-Unis pour la Porsche 963 et les Ford également ?
« Oui. Nous avons un atelier en Allemagne pour les produits européens et un autre à Mossville, aux États-Unis, pour la partie IMSA. »
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