| 31 octobre 2023 | par

Antonello Coletta : « Pour la crédibilité du championnat, il faut que l’année prochaine soit différente »

© Ferrari
 

Après des débuts réussis en Championnat du Monde d’Endurance de la FIA avec une Ferrari 499P sur chaque podium, et surtout la victoire aux 24 Heures du Mans 2023, la firme au Cheval Cabré s’était mise à rêver du titre avant l’été.

Cependant, Toyota a remis les pendules à l’heure à Monza où les Hypercars italiennes n’avaient pas le rythme suffisant malgré une deuxième place à l’arrivée. Les 6 Heures de Fuji, qui ont suivi, ont été vécues comme un coup dur, voire une humiliation, car aucun des deux équipages n’a réussi à monter sur le podium, qui plus est face à Porsche et sa LMDh.

A l’aube des 8 Heures de Bahreïn, Antonello Coletta, le patron de l’Endurance et de la compétition client chez Ferrari, s’est confié à Endurance24 lors d’un entretien exclusif au Mugello, pour évoquer cette situation délicate, sans jamais commettre le sacrilège de parler de la BoP, non sans une certaine arrière pensée et une amertume certaine.

Antonello, quel bilan tirez-vous de cette première saison en Hypercar ?

 « Je pense que c’est une saison merveilleuse. Dès la première course, à Sebring, nous avons fait la pole. Je rappelle que c’était une chose inattendue pour nous et c’était une grosse satisfaction. Et juste après, nous sommes montés sur tous les podiums jusqu’à Monza, mais c’est clair que Le Mans était quelque chose de magique. Gagner en Sarthe pour la première fois 58 ans après la dernière victoire, qui plus est lors du Centenaire, était donc une expérience merveilleuse. Malheureusement, après Le Mans, ils (les instances. Note de la rédaction) ont changé des choses. J’espère que l’année prochaine, Ferrari aura l’opportunité de continuer à se battre comme en début de saison, car je pense que la présence de Ferrari dans le championnat est bénéfique pour sa crédibilité, et cela profite à l’ensemble des concurrents, pas seulement à Ferrari. Dans tous les cas, nous sommes très satisfaits, mais nous reconnaissons que nous devons continuer à travailler dur, car le niveau de la compétition est extrêmement élevé. Nous ne pouvons pas nous reposer sur nos lauriers après la victoire au Mans, et nous devons nous concentrer sur l’avenir. »

© Nico Deumille

 Avant de penser à l’année prochaine, projetons-nous sur la dernière échéance du calendrier : les 8 Heures de Bahreïn. Qu’espérez-vous et pensez-vous avoir les cartes en mains pour rivaliser avec Toyota ?

« Malheureusement, nous n’avons pas de grandes attentes pour Bahreïn, car nous sommes dans la même situation qu’à Fuji. Il est clair que nous sommes là pour donner le meilleur de nous-mêmes, mais nous devons être réalistes. Je pense que ce sera une bataille très compliquée et ardue. Je le répète, nous sommes dans la même situation qu’au Japon, nous espérons donc être compétitifs, mais je pense que monter sur le podium sera difficile. » 

On ressent une certaine frustration dans vos propos ?

« C’est complètement frustrant. Je ne comprends pas comment c’est possible d’accepter une situation pareille. Honnêtement, je crois que c’est très facile à comprendre après un début de saison avec une pole, un podium à Sebring et Portimão, une autre prestation incroyable à Spa avec une troisième place, et la victoire aux 24 Heures du Mans où nous avons bataillé jusqu’à une heure et demie de la fin, à huit secondes de Toyota. C’est donc clair qu’il y a quelque chose qui ne marche pas. Pour ma part, il m’est impossible de dire ce qui ne fonctionne pas, mais je crois que très facile à comprendre. »

Pour autant, vous échangez avec les instances à propos de cette situation ?

« Nous discutons beaucoup, mais malheureusement, ça ne change rien. Probablement que nous ne sommes pas très efficaces dans les discussions (dit-il en souriant). Mais je pense qu’il n’y a pas besoin de discuter quand les choses sont très claires. Je le redis, nous ne sommes pas devenus stupides après avoir gagné la course plus importante et plus difficile du monde. Mais pour la crédibilité du championnat, il faut que l’année prochaine soit différente parce qu’avec plus de concurrents, ce sera encore plus difficile (d’équilibrer les voitures. Ndlr). »

© Ferrari

Avez-vous justement bon espoir que la compétition soit mieux équilibrée la saison prochaine ?

« 2024 sera plus difficile en raison de l’augmentation du nombre d’Hypercars. Je ne sais pas si le niveau sera plus équilibré ou non, mais je suis sûr que la compétition sera plus relevée. Par définition, avec plus de concurrents, c’est plus compliqué de gagner ou faire un podium ou d’être dans les premières positions. Cela va aussi dépendre des évolutions sur les différentes voitures qui sont déjà là. J’ai entendu dire que d’autres concurrents travaillent sur des améliorations pour renforcer leur compétitivité. Je ne connais pas encore les performances de ceux qui rejoignent le WEC, à l’exception de ceux qui sont déjà en IMSA. »

 

Plusieurs rumeurs font état d’un changement dans la mise en place de la BoP en 2024. Que savez-vous à ce sujet ? 

« Je ne connais pas la situation, mais ils doivent effectuer des changements. J’apprécie l’idée que nous ayons remporté la course la plus prestigieuse, où chaque constructeur a pris la tête à un moment donné. Nous avons livré une bataille constante jusqu’à une heure et demie de l’arrivée, contre l’équipe qui a gagné toutes les autres courses du championnat et qui remportera la prochaine à Bahreïn. Ainsi, je considère que nous avons eu l’une des plus belles courses de ces dernières années, car tout le monde a eu l’opportunité de rivaliser. Après notre victoire au Mans, nous avons rouvert la course au championnat, mais cela s’est refermé une semaine plus tard. C’est extrêmement frustrant, car avoir la chance de lutter pour le Championnat du Monde dès la première saison a été un immense privilège pour nous. »

© Mathis Poirault

Au-delà de cet aspect réglementaire, avez-vous des points faibles, la dégradation des pneus par exemple, sur lesquels vous allez travailler cet hiver pour apporter des améliorations ?

« Je tiens à clarifier un point. J’ai remarqué sur de nombreux sites que d’autres concurrents ont avancé l’idée que le problème de Ferrari réside dans la gestion des pneus ou dans le niveau de nos pilotes. Laissez-moi préciser ceci : au début de la saison, nous avons effectivement dû faire des expérimentations, ce qui a parfois affecté notre gestion des pneus, notamment à Sebring. À Portimão, nous avons adopté une approche plus conservatrice. Cependant, à partir de Spa, je pense que nous avons bien géré la situation. Nous avons remporté des courses en gérant efficacement les pneus sur une période de 24 heures, ce qui suggère que nous avons compris leur bon fonctionnement. Si nous avons gagné, si nous avons fait de bons résultats et si nous avons été capables de développer la voiture en sept mois, c’est que les pilotes ont été très efficaces. Probablement que les personnes qui pointent les pneus et les pilotes se cherchent des excuses pour justifier les différences. J’ai également entendu des critiques sur les erreurs de nos pilotes en piste, mais je crois que la meilleure chose à faire dans la vie est de balayer devant sa propre porte et de ne pas se mêler des affaires des autres. En ce qui concerne la question initiale, je pense que chaque jour dans la vie offre des opportunités d’apprentissage, car c’est dans la nature d’une personne humble qui travaille. Il y a d’autres problèmes, mais malheureusement, ils ne sont pas liés aux pneus. »

Avez-vous des pistes d’amélioration pour l’année prochaine ? Est-ce que la version qu’on a vue cette année va évoluer l’année prochaine ? Allez-vous utiliser des jokers ?

« Pour le moment, nous sommes en train de beaucoup travailler avec les simulations, avec les études et les ingénieurs pour comprendre ce que nous pouvons améliorer pour le futur. Nous n’avons pas pris de décision pour le moment quant à l’utilisation ou non d’un joker. Probablement que non. Mais je crois que nous maintiendrons la situation actuelle, sauf si nous sommes certains que des améliorations significatives sont possibles. Nous ne voulons pas gaspiller un « joker » pour des ajustements mineurs. Nous estimons que le package que nous avons est déjà très solide. C’est seulement une question d’avoir la possibilité d’exploiter la compétitivité de la voiture sur la piste. »

 

Passionné de sport auto depuis toujours⎥Journaliste depuis 2018⎥Rédacteur en chef d'Endurance24
À propos de l'auteur, Florian Defet

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