Ce dimanche 1er juin 2025 à Monza, Andrea Bertolini disputera la dernière course de sa carrière professionnelle. Pilote emblématique de Ferrari, champion GT au palmarès prestigieux, l’Italien de 51 ans tourne la page d’une vie en rouge bien loin d’être pour autant terminée. Quelques mois plus tôt, dans le paddock du temple italien de la vitesse, il se confiait à Endurance24 entre souvenirs émus et convictions intactes.
Installé sur une chaise de camping, au fond d’une semi-remorque AF Corse, Andrea Bertolini parle comme il pilote : avec sincérité, rigueur et humilité. Ce jour-là, en septembre 2024, à Monza, il sent déjà que la fin approche. Le regard est apaisé, la voix posée, la mémoire vive.
« Il n’y a pas de secret, vraiment », répond-il lorsqu’on lui demande comment il a tenu si longtemps. « Le point clé, c’est que je prends du plaisir chaque jour dans cette entreprise. Je travaille pour Ferrari depuis plus de 32 ans. J’ai commencé quand j’avais 17 ans. Pour moi, c’est une seconde famille. »
Né à Sassuolo en 1973, non loin de Maranello, Bertolini débute par le karting et remporte plusieurs courses nationales avant de mettre sa carrière entre parenthèses pour des raisons économiques. Il entre chez Ferrari comme technicien d’essai et devient, à 19 ans, le plus jeune pilote de développement des GT de la marque. Il reprend ensuite la compétition à la fin des années 1990.
En 2001, il fait ses débuts en FIA GT sur une Porsche privée. L’année suivante, il rejoint le team JMB, client de Ferrari, et termine quatrième du championnat. En 2003, sa carrière prend un tournant avec son intégration au département Corse Clienti. Il participe au développement de la 360 GTC et signe quatre victoires cette saison-là.

Le début des années 2000 marque aussi son implication dans le programme Maserati. Il participe au développement de la MC12 et à ses débuts en compétition. Avec cette voiture, il remporte plusieurs courses et titres, notamment avec Michael Bartels au sein du Vitaphone Racing Team : trois titres FIA GT (2006, 2008, 2009) et un titre mondial GT1 en 2010.
« Je me souviens de tout. Quand j’ai été chargé de développer la voiture de course GT avec la 360 GTC en 2002, à la fin de 2001. Quand Jean Todt m’a appelé pour être pilote d’essai F1 en 2003. En moins de deux ans, ma vie a complètement changé. Ensuite, en 2004, avec la GT1 chez Maserati – à l’époque, Maserati et Ferrari, c’était la même maison. Et ce que je n’oublie jamais, ce sont les personnes avec qui j’ai travaillé. »
À 51 ans, il continue de sillonner les circuits, non plus pour compléter son palmarès, mais pour peaufiner les armes des futures conquêtes rouges. « À Maranello, mon rôle est clair : pilote de développement. J’essaie d’apporter toute mon expérience pour rendre la voiture plus rapide et plus fiable. Je passe beaucoup de temps au volant. À mon âge, si on s’arrête deux ou trois ans, c’est difficile de revenir. Heureusement, je suis tous les jours dans la voiture. Ça me garde jeune. Les sensations, les temps de réaction… c’est ma zone de confort, mon bureau. Si tu arrêtes à mon âge, ce ne sera plus pareil après deux ans. »
Et pourtant, les week-ends de course vont s’arrêter. « J’ai souvent envisagé d’arrêter la compétition, mais jamais de conduire. Je pensais que 2024 serait probablement la dernière. Quand j’en ai parlé avec Ferdinando (Cannizzo) et Antonello (Coletta), avec qui j’entretiens une relation de longue date, ils m’ont dit : “Tu continues. Tu restes une référence pour nous.” Honnêtement, après plus de 30 ans dans le sport auto, les week-ends de course ne me manquent pas. Le bon côté des six ou sept dernières années, c’est la relation très forte que j’ai avec Louis (Machiels), qui est comme un frère. C’est aussi pour ça que je cours encore, car on prend toujours du plaisir ensemble. »

Vainqueur des 24 heures du Mans et Champion WEC en LMGTE Am en 2025 © Ferrari
Des victoires, il en a connues beaucoup. Dix titres internationaux, dont quatre en FIA GT1 et un en GTE en WEC, plusieurs titres en Europe et en Asie. Mais la victoire qui reste : « Barcelone 2003, première course avec la Ferrari 360 en FIA GT. On gagne. Et notre boss vient me voir : “Souviens-toi, maintenant tu ne seras plus vu comme le gentil gars par tout le monde. Certains vont essayer de te mettre en difficulté, de parler mal de toi. Mais continue à te battre, à prendre du plaisir, et reste le même.” Et c’est ce que j’ai fait. Je m’en souviens comme si c’était hier. »
A-t-il des regrets ? « C’est normal de vouloir faire plus. Mais je viens d’une famille modeste, sans budget. Ferrari m’a donné une chance. J’ai été cinq fois champion du monde. Alors non, je n’ai pas de regrets. Évidemment, j’aurais aimé être en Formule 1, mais j’étais jeune. Ma carrière a été longue et belle. J’ai eu de la chance. »
Et pourtant, des Formule 1, il en a eu l’occasion d’en conduire plus d’une fois… « Juste en Formule 1, pour les shakedowns, j’en suis à plus de 570, de la 375 F1 – la première Ferrari de F1 – à la plus récente, celle d’il y a deux ans. Mais comme je te le disais, Ferrari est ma famille. Et la relation que j’ai avec tout le groupe, avec Corse Clienti, ça me maintient jeune. »
« Peu importe l’époque : quand on est pilote officiel, on est un privilégié »
Quant au sport, il en dresse un constat lucide : « Ce n’est ni mieux ni pire qu’avant. C’est différent. Beaucoup de mes anciens coéquipiers disent que “c’était mieux avant”… Honnêtement, ce n’est pas correct de penser comme ça. Chaque époque a sa propre histoire.
Il y avait moins de BOP. Il y avait plus de respect entre pilotes. Aujourd’hui, certains vous bloquent volontairement en essais. Ce n’est pas du respect. Les voitures sont aussi plus faciles à piloter aujourd’hui. Il est plus difficile de faire la différence. Mais ce qu’ils font sur le simulateur est proche du réel. À l’époque, il n’y avait pas de sim, et les voitures étaient plus complexes : une erreur de passage de vitesse pouvait casser le moteur au freinage. J’ai eu la chance de vivre cette époque. Ils ont la chance d’être là aujourd’hui. Peu importe l’époque : quand on est pilote officiel, on est un privilégié. »
Puis il conclut, dans un sourire : « Passer du temps avec tous nos jeunes pilotes, qui me regardent comme un grand frère, avec qui j’ai une relation forte. On a une bonne relation dans toutes les situations : quand ils ont besoin d’un conseil, d’un soutien, lors de moments difficiles. Passer du temps avec eux me maintient jeune. »

🏆 Titres de champion
- Champion FIA GT (catégorie GT1) : 2006, 2008 et 2009 avec Vitaphone Racing Team (Maserati MC12)
- Champion du monde FIA GT1 : 2010 avec Vitaphone Racing Team (Maserati MC12)
- Champion International Superstars Series : 2011 au volant d’une Maserati Quattroporte
- Champion FIA WEC (LMGTE Am) : 2015 avec SMP Racing (Ferrari 458 Italia GT2)
- Champion European Le Mans Series (LMGTE) : 2014 avec SMP Racing
- Champion Asian Le Mans Series (GTC) : 2013
🥇 Victoires majeures
- 24 Heures du Mans : Vainqueur en 2015 dans la catégorie LMGTE Am avec SMP Racing
- 24 Heures de Spa : Vainqueur en 2006 et 2008 avec Vitaphone Racing Team (Maserati MC12)
🏁 Résultats récents en GT World Challenge Europe
- 2022 : Champion Pro-Am Endurance Cup et 3e en Pro-Am Sprint Cup avec AF Corse (Ferrari 488 GT3 Evo 2020)
- 2023 : 11e en Bronze Cup Endurance et 13e en Bronze Cup Sprint avec AF Corse
- 2024 : 2e en Bronze Cup Endurance avec AF Corse (Ferrari 296 GT3)
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