| 26 octobre 2026 | par

Sport automobile français : la FFSA face à la menace d’un déclassement

© SRO Motorsports Group

Le ministère des Sports a engagé le 22 octobre une procédure visant à retirer l’agrément de la Fédération française du sport automobile, au terme d’une inspection générale dont les conclusions ont été jugées accablantes. Une décision sans précédent pour une fédération de cette taille, qui ouvre une période d’incertitude pour les quelque 60 000 licenciés français et que la FFSA, qui dit n’avoir reçu aucun document officiel, entend contester.

Marina Ferrari a motivé sa décision devant L’Équipe : la fédération « ne respecte pas le code du sport, notamment les exigences relatives au fonctionnement démocratique des instances fédérales ». La ministre, qui dit avoir reçu les conclusions de la mission d’inspection en septembre, évoque également « une situation sociale compliquée avec une grande souffrance des personnels » et, « avec beaucoup de précaution », des « suspicions de conflits d’intérêts ».

Le dossier des statuts revient avec insistance : la FFSA n’aurait toujours pas mis sa structure régionale en conformité avec les exigences issues de la loi NOTRe, en vigueur depuis 2018, malgré des demandes répétées de plusieurs ministres successifs.

Cette procédure prolonge un signalement effectué le 4 mars auprès du procureur de la République de Paris, sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale, portant notamment sur l’attribution de subventions dont la conformité posait, selon le ministère, de « sérieuses interrogations ». Le directeur technique national, Christophe Lollier, a par ailleurs fait l’objet d’une suspension conservatoire.

© FFSA

La réponse de Pierre Ragues

Élu à la tête de la fédération en avril, Pierre Ragues a opposé une fin de non-recevoir procédurale. « Nous n’avons reçu ni le rapport d’inspection ni de courrier officiel », a fait valoir le président de la FFSA, qui estime ne pas pouvoir se défendre contre un document qu’on ne lui a pas transmis. « Dès que nous en aurons connaissance, nous les examinerons avec la plus grande attention », a-t-il ajouté, disant privilégier un dialogue constructif avec le ministère plutôt que la polémique.

Dans un communiqué adressé aux clubs et aux licenciés, la fédération insiste sur la continuité : « Aucune conséquence opérationnelle ne nous a été notifiée. » Rallyes régionaux, courses de côte et meetings sur circuit se tiennent normalement, bénévoles, commissaires et directeurs de course continuent d’officier sous bannière fédérale. « La Fédération poursuit donc ses activités et reste pleinement mobilisée dans l’exercice de ses missions », conclut Pierre Ragues.

Dix-huit mois de guerre interne

La crise ne date pas de cet automne, et elle n’a pas éclaté par hasard. C’est le journaliste Gilles Gaignault qui, le premier, a sorti l’affaire et porté sur la place publique les dérives de gouvernance de la fédération, qu’il documente depuis sur son site autonewsinfo.fr.

Président depuis l’été 2024, Pierre Gosselin avait entrepris de réformer la gouvernance de la maison et déposé une plainte au pénal contre ses prédécesseurs Jacques Régis (1997-2007) et Nicolas Deschaux (2007-2024), dénonçant « un système de gouvernance opaque et illégal qui menace tant notre agrément ministériel que notre probité ». Ses opposants ont riposté par une plainte collective pour abus de confiance, détournement de fonds et dénonciation calomnieuse.

Le 24 mars 2026, une assemblée générale extraordinaire révoquait le comité directeur, et donc Gosselin, à environ 70 % des voix — le jour même où Marina Ferrari saisissait la justice. Pierre Ragues lui succédait le 22 avril, avec 1 817 voix contre 1 440, un écart qui dit assez la fracture interne. Ancien pilote aux douze participations aux 24 Heures du Mans et directeur général d’une entreprise familiale de distribution de pièces détachées, il héritait d’une institution à apaiser.

L’apaisement n’est pas venu. En juillet, saisi d’une procédure de conciliation après la contestation du scrutin par Gosselin, le CNOSF estimait que le vote avait pu être faussé et préconisait la tenue de nouvelles élections. Le 8 octobre, Le Parisien révélait que le rapport d’inspection recommandait le retrait de l’agrément. Quinze jours plus tard, la ministre passait à l’acte.

Ce qu’un retrait changerait concrètement

Il faut distinguer deux statuts que le débat public confond volontiers. L’agrément atteste qu’une fédération remplit les conditions fixées par le code du sport ; la délégation lui confère le droit d’organiser les compétitions officielles et de décerner les titres. Les articles R.131-9 et R.131-10 du code du sport encadrent la procédure : un arrêté motivé, publié au Journal officiel, précédé d’une phase contradictoire de quinze jours pendant laquelle la fédération peut présenter ses observations.

Un retrait n’entraînerait ni la dissolution de la FFSA, ni l’arrêt des compétitions. Marina Ferrari l’a d’ailleurs affirmé : les courses continueraient, les subventions des collectivités et la participation des pilotes français aux épreuves internationales ne seraient pas affectées. Le CNOSF étudie la mise en place d’une commission ad hoc qui gérerait les compétitions nationales et l’attribution des titres pendant la transition, et une autre fédération pourrait, à terme, solliciter l’agrément si elle répond au cahier des charges.

Restent des zones grises considérables : la délivrance et la reconnaissance des licences, la validation des règlements, la supervision des organisateurs, la continuité des championnats et la valeur juridique des titres. La FIA, qui délivre les licences internationales des pilotes français a été informée de la situation par le ministère.

La phase contradictoire est ouverte. La FFSA a quinze jours pour convaincre.

Journaliste et rédacteur en chef d'Endurance24 Directeur de la publication du magazine Drivers Club
À propos de l'auteur, Florian Defet

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