Quatre fois champion de France de karting, vice-champion Indy Lights, vainqueur de catégorie aux 24 Heures du Mans en 2003, champion Le Mans Endurance Series en 2006 : Didier André a mené une carrière internationale dense avant de se reconvertir en manager et formateur de pilotes. Il a fondé la structure DADD, Didier André Driver Development, à travers laquelle il accompagne aujourd’hui 14 pilotes en circuit, des formules de promotion au plus haut niveau en WEC, en passant par le sim racing.
Didier André a raccroché son casque, mais pas ses convictions. Après des années à sillonner les circuits d’Europe et d’Amérique du Nord, de l’IndyCar aux 24 Heures du Mans, le Lyonnais a fait le choix de la transmission. Pas comme reconversion subie, mais comme vocation assumée, nourrie de ses années en endurance. « J’ai toujours eu l’envie de transmettre. Je pense que c’est lié aux courses d’endurance, aux 24H du Mans, au fait d’être une équipe, d’apporter un plus à ton équipage. On n’est plus dans la compétition pure, mais dans l’accompagnement : il faut que tout le monde avance pour avoir le bon résultat. »

Thomas Senecloze, F4 FRANCE © KSP Reportages
En 2011, il passe le DEJEPS à la Fédération française du Sport automobile, mention circuit et mention karting, devenant l’un des rares professionnels du secteur à exercer avec ce diplôme d’État dans un milieu sans cadre réglementaire précis. Son premier pilote : Andrea Pizzitola. Puis très vite, Jules Gounon, dès la F4 en 2013. « Jules a été le premier que j’ai accompagné jusqu’à un programme d’usine, à travers la F4 et les différents échelons, jusqu’à son contrat professionnel chez M Sport avec Bentley. » Une aventure humaine intense, au terme de laquelle les deux hommes ont pris des trajectoires différentes. « Ça m’a mis un bon coup de pied au derrière », reconnaît-il. L’expérience le pousse ainsi à se structurer davantage, et c’est avec Esteban Masson, qu’il prend sous son aile dès ses 15 ans en karting, que la méthode DADD trouve vraiment sa forme.
Développer, pas gérer
Le nom de la structure n’est pas anodin : Driver Development, et non Management. La nuance, Didier André la revendique. « C’est un accompagnement global, qui couvre l’aspect mental comme l’aspect physique, mais aussi l’aspect technique, un domaine que j’ai moi-même appris à maîtriser au fil de ma carrière. J’ai des process pour travailler les points importants afin que le pilote soit au niveau pour devenir professionnel. » Concrètement : suivi hebdomadaire, connexion aux applications sportives, échanges constants avec les équipes sur les aspects techniques.

© Drive Your Com
Ce qui le distingue aussi, c’est son passé de pilote. « Je fais un lien entre le pilote et le team, sur l’ingénierie comme sur les débriefs techniques. Je peux échanger avec les pilotes sur des choses que certains managers ne peuvent pas aborder, parce qu’ils n’ont pas ce passé-là. » Et d’ajouter avec franchise : « Ce que j’aurais aimé, c’est bénéficier d’un tel accompagnement quand je pilotais. J’aurais probablement eu une bien meilleure carrière. »
Esteban Masson illustre cette méthode dans toute sa durée : pris en charge dès le karting à 15 ans, aujourd’hui intégré dans le giron Toyota Racing et candidat à un baquet en Hypercar. Citons également Luciano Morano, 20 ans, engagé en LMP3, qui vient d’intégrer le Young Driver Programme de Stellantis Motorsport. Au-delà de ces profils suivis depuis leurs débuts, Didier André intervient aussi en cours de carrière. Il a ainsi contribué à relancer celle d’Hadrien David, 22 ans, dont le parcours aurait pu s’arrêter en 2023, ou encore celle de Franck Perera, 42 ans, démontrant sa capacité à épauler tous les profils, à tous les stades.
Quatorze pilotes suivis en circuit, hors karting : un volume qui pourrait interroger sur la qualité de l’accompagnement. « Je me suis structuré, j’ai mis en place des personnes en qui j’ai confiance, » rétorque Didier André. « Je suis le chef d’orchestre : ça me permet d’accompagner bien plus de pilotes tout en maintenant la même qualité de travail. » Le niveau d’accompagnement varie ainsi selon les besoins : suivi complet dès le karting pour certains, management plus ciblé pour ceux qui rejoignent la structure à un stade avancé.

Trois projets, une même ambition
Référence en matière de management, Didier André ne se satisfait pas de ce qu’il a. Trois projets dessinent aujourd’hui la suite. Le premier : un programme de détection pour jeunes pilotes féminines en karting, dont la trajectoire visée passe par la F4 française puis la F1 Academy. Le deuxième : l’ouverture en septembre d’une école de BPJEPS pour former aux métiers du sport automobile, basée au circuit de Bresse. Le troisième : un centre d’expertise pour pilotes, qu’il espère ouvrir d’ici la fin de l’année, articulé autour d’une école de pilotage monoplace et de modules adaptés à chaque profil. Des jeunes débutants en karting préparant leur transition vers la monoplace, aux pilotes déjà engagés en monoplace comme aux confirmés, en passant par les gentlemen drivers souhaitant progresser dans un cadre professionnel et personnalisé, tenant compte des contraintes de chacun. « La passion fait que je me lance toujours de nouveaux défis. Je ne me satisfais pas de ce que j’ai : je veux aller plus loin, aider encore plus. »
👉🏻 Cette interview est issue du numéro #17 du magazine Drivers Club, disponible en intégralité :
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