Paul-Loup Chatin (Genesis) : « Je m’attendais à plus de similitudes (avec l’Alpine) »

À quelques jours des 6 Heures d’Imola, première manche du FIA WEC 2026, Genesis Magma Racing débute après 499 jours de développement. Entre découverte tardive de la GMR-001 et premiers enseignements du Prologue, Paul-Loup Chatin qui partage le volant de la Genesis n°19 avec Mathieu Jaminet et Daniel Juncadella, aborde cette première avec lucidité.

Comment avez-vous vécu vos premiers tours avec la GMR-001 lors du test au Qatar ?

« J’avais hâte d’être au test du Qatar pour enfin découvrir la voiture. Je n’ai pas été agréablement surpris dans le sens où ça a confirmé mes attentes. Je savais qu’il y avait beaucoup de très bonnes personnes dans ce projet. J’avais peu de doutes sur le fondement de la voiture et mes premiers tours m’ont confirmé que la voiture était vraiment bien née et que le potentiel me semble bien présent. Après, évidemment, on est malgré tout au début du programme et il y a beaucoup de travail encore à faire, mais en tout cas ça a été très positif pour moi. » 

Avec votre expérience au volant de l’Alpine A424, comment situez-vous cette Genesis ?

« Oui, j’ai été finalement surpris de voir que le comportement était bien différent. Je m’attendais à plus de similitudes et finalement je n’ai pas retrouvé tant de similitudes par rapport à ce que j’imaginais. Après, on le sait, il y a des choix de philosophie différents par rapport à ce que j’ai connu chez Alpine. C’est là où j’essaie toujours de mettre des guillemets dans mon jugement, ou en tout cas dans mon appréciation, parce que je compare finalement une Genesis 2026 par rapport à une Alpine 2024.

Et Alpine a apporté une évolution pour 2026 qui, je pense, doit permettre de se rapprocher en comportement de ce que j’ai pu découvrir de la Genesis au Qatar. Donc moi j’estime que ce n’est pas honnête de comparer directement l’Alpine 2024, alors qu’il y a eu des  évolutions 2026, face à la Genesis 2026. »

© FIA WEC / DPPi

Le feeling reste malgré tout positif ?

« Oui, c’est sûr que j’ai été agréablement surpris de la charge aéro de la voiture, qui m’a semblé bonne. Après, il y a toute la répartition des masses qui est différente. Finalement, il y a une multitude de facteurs qui sont vraiment différents et qui rendent la comparaison difficile.

Parce que finalement ce sont vraiment deux voitures différentes. C’est ça qui est surprenant, c’est qu’avec une base quand même identique, on a un résultat bien différent. En mieux ou non, l’avenir nous le dira, mais en tout cas j’ai vraiment confiance dans le potentiel de la voiture. » 

Quel regard portez-vous sur la structuration de l’équipe ?

« En fait, c’était malgré tout une séance d’essais. On est venus avec tout le matériel pour que chacun puisse prendre ses repères en amont de la première course et je pense que c’était important, que c’était une bonne chose. Évidemment, suite à ça, il y a des choses qui vont évoluer parce qu’un projet évolue en permanence. Et c’est qu’en étant un petit peu dans l’action qu’on se rend compte des choses qu’on peut faire différemment. Donc mon regard est plutôt bon. Il y a encore beaucoup de travail devant nous, c’est normal. Mais à tout niveau, dans tous les compartiments et départements du projet, je sens qu’on a vraiment les bonnes personnes et surtout le potentiel pour nous permettre de nous battre là où on veut se battre le plus rapidement possible, même s’il ne faut pas être rêveur d’entrée de jeu. » 

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Le report du Qatar change-t-il votre approche du début de saison ?

« C’est sûr que le fait que le Qatar soit reporté, ça change un peu la vue globale du début de saison, avec une course en moins avant Le Mans. C’est évident que ça a un impact sur la préparation. Après, c’est la même chose pour tout le monde. Mais pour nous, ça nous a donné un peu de souffle pour arriver le mieux préparés possible pour la première course qui est Imola, avec un peu plus de temps.

Après, d’un autre point de vue, je pense qu’on va manquer ces dix heures de course qui nous auraient fait apprendre beaucoup de choses très tôt. Mais bon, on a une équipe avec beaucoup d’expérience qui va faire bien les choses. C’est le jeu, il y a des facteurs qu’on ne peut pas maîtriser. »

Que retenez-vous du test réalisé à Imola en mars dernier ?

« C’est une journée d’essai qui n’a pas été évidente, avec des conditions météo où la piste était souvent entre humide et sèche. Donc ce n’était pas la meilleure journée pour faire un maximum de tests. Mais malgré tout, ça nous a permis d’avoir des données, d’avoir quelques tours et donc une référence.

Je pense que c’était important d’aller tester là-bas et ça nous permet d’arriver avec une certaine base de philosophie de setup, du fonctionnement des différents systèmes, ce qui est important. »

Imola représente-t-il un défi particulier ?

« Oui, on sait qu’Imola est une piste assez challenging, avec une surface bosselée et des vibreurs agressifs. C’est vraiment une piste totalement différente du Qatar. C’est pour ça que j’aurais aimé qu’on puisse avoir le Qatar et Imola, parce que ce sont deux pistes vraiment différentes, qui donnent des informations différentes. Et pour moi c’est important. Peu importe les conditions on va maximiser chaque tour en piste, chaque moment en piste. Ensuite, faire notre course à nous. On le sait, il faut se concentrer sur notre course et finir sans faire d’erreur, que ce soit du point de vue pilote, opérationnel ou exploitation. »

© FIA WEC / DPPI

Avec 164 tours parcourus pour votre équipage (356 pour les deux voitures), que retenez-vous du Prologue mardi dernier ?

« C’était bien, honnêtement. C’est la première fois que l’on roulait dans des conditions proches de la course, dans un cadre officiel. Donc tout le monde était un peu excité, parce que c’est quelque chose qu’on attend depuis maintenant près de 500 jours

Je pense qu’on a fait du bon travail en collectant beaucoup d’informations sur les conditions de piste, avec les pneus pluie, medium et soft. On s’est concentrés sur nous-mêmes pour maximiser le temps de roulage et récolter un maximum de données. Je pense que c’était une bonne session pour nous. Il faut continuer comme ça, rester concentrés sur notre travail, éviter les erreurs et trouver le bon rythme. Parce qu’au final, on est encore en phase d’apprentissage. Mais on est fiers de l’équipe et de ce qu’elle a accompli. Pour les deux voitures, c’est une première session positive. »

C’était votre première fois dans ces conditions avec la voiture ?

« Oui, même si ce n’était pas totalement mouillé. Pour Dani c’était plus humide, pour moi c’était plutôt des conditions intermédiaires, entre le sec et le mouillé. Mais c’est toujours intéressant de découvrir la voiture dans des conditions différentes, parce que jusqu’ici je n’avais roulé que sur le sec. J’étais content de pouvoir au moins utiliser les pneus pluie et avoir un premier ressenti, même si ce n’était pas totalement mouillé. »

Quels sont vos objectifs pour ce début de saison ?

« Je ne me donne pas d’objectif précis pour cette première course. Mais chaque kilomètre, chaque tour réalisé est nécessaire pour le projet. Ma déception serait de ne pas finir la course. Il faut faire une course propre, se concentrer sur notre travail. Parce que chaque minute manquée aujourd’hui, on la paiera plus tard. C’est une première année, un programme à long terme. Il y aura peut-être des opportunités dans la saison, mais pour pouvoir les saisir, il faut déjà réussir à finir les courses. »

Florian Defet

Passionné de sport auto depuis toujours⎥Journaliste depuis 2018⎥Rédacteur en chef d'Endurance24