Sébastien Buemi (Toyota) : "La délivrance de remporter les 24 Heures du Mans"

© Florent Gooden / DPPI

Présent depuis le début de l’aventure Toyota Gazoo Racing en Endurance, en 2012, Sébastien Buemi a décroché sa première victoire aux 24 Heures du Mans cette année. Le pilote suisse fait équipe avec Kazuki Nakajima et Fernando Alonso en Championnat du Monde d’Endurance et dispute également le championnat de Formula E, chez Nissan e.dams. Le Champion du Monde d’Endurance 2014 nous a accordé une entrevue au Mans, il y a quelques jours.

Revenons d’abord sur la première partie de la Super Saison du FIA WEC …

« La saison avait très bien débuté avec trois victoires sur trois avant que nous soyons disqualifiés à Silverstone. La victoire aux 24 Heures du Mans est vraiment le moment phare car j’essaye de les gagner depuis 2012. Après être passé très près en 2016, c’était vraiment la délivrance de finalement réussir à les gagner. A Fuji, nous étions moins rapides de la voiture sœur alors qu’à Shanghai nous étions clairement les plus vites. Un arrêt aux stands pas forcément au bon moment nous a fait perdre du temps et toute chance de victoire. Nous sommes en tête du championnat mais notre avance a bien diminué. Il y a une grande pause avant Sebring donc on va essayer de déconnecter et penser à autre chose pour arriver en forme en Floride. »

Sébastien Buemi (Toyota) : "La délivrance de remporter les 24 Heures du Mans"

La 20e tentative dans la Sarthe fut la bonne pour Toyota. La concurrence n’était pas au niveau espéré mais la victoire, ainsi que le doublé, n’étaient pas une option.

« La pression était énorme de notre côté. Gagner était normal, perdre aurait été une catastrophe. Nous n’avions pas d’autres options que de gagner et objectivement de terminer premier et deuxième. On a fait un énorme travail sur la fiabilité, sur les procédures etc. Nous avons eu la chance de conserver la même équipe pendant plusieurs années ce qui fait que nous nous connaissons bien. Dans le passé, il fallait toujours faire un compromis entre miser sur la rapidité ou sur la fiabilité. Si c’est pour faire comme en 2015, c’est-à-dire avoir une voiture fiable mais à 2 secondes, ça ne sert à rien non plus. Cette année, nous nous sommes concentrés que sur la fiabilité et donc nous sommes arrivés avec un autre état d’esprit. »

Une course sans problème ?

« Nous n’avons eu aucun problème. Kamui (Kobayashi) a juste oublié de s’arrêter aux stands mais on avait une procédure pour gérer la situation. »

La FIA et l’ACO travaillent d’arrache-pied pour que les LMP1 privées se battent avec les Toyota TS050 Hybrid. Si certains pilotes des écuries privées expriment leur frustration de ne pas pouvoir se battre pour la victoire, comment vit-on la situation dans le clan nippon ?

« On le vit plutôt bien. Oui bien sûr il y a de grosses différences entre nous et les LMP1 privées et nous sommes plus rapides dans le trafic. Au-delà de cela, nous n’avons fait aucune erreur contrairement à eux qui perdent un peu de temps dans les stands, doivent changer un splitter etc. En termes de performance pure, Jenson Button a fait un relais extrêmement compétitif à Fuji donc on savait qu’ils seraient proches sur un tour à Shanghai. Ce qui nous a aidé là-bas, c’est l’intensité de la pluie. Dans ces conditions, les quatre roues motrices sont vraiment un avantage. Et il ne faut pas oublier que leur voiture n’existait pas il y a quelques mois encore alors que la nôtre a sept ans. Nous n’avons presque plus de marge de progression contrairement à eux. »

Fernando Alonso a fait ses débuts en Endurance au début de l’année. Comment se passe votre collaboration dans l’équipe ?

« Très bien. Même moi j’avais peut-être quelques aprioris mais il n’y a eu aucun problème. Il s’est adapté, il a vraiment voulu apprendre, il a regardé toutes les courses pendant des heures, il a été Daytona dans une LMP2 en sachant qu’il ne pouvait pas jouer la gagne. Il n’a pas fait ça à moitié et de l’intérieur, je peux dire qu’il a vraiment fait ce qu’il fallait pour gagner. »

Le nom de Sébastien Buemi était évoqué à la fin de l’été comme candidat à un baquet chez Toro Rosso, en 2019. Qu’en était-il vraiment ?

« Les possibilités étaient-là mais plusieurs paramètres ont fait que ce n’était pas forcément la meilleure chose à faire pour moi, dans ces conditions-là. »

Sébastien Buemi (Toyota) : "La délivrance de remporter les 24 Heures du Mans"

© Getty Images / Red Bull Content Pool

Le Suisse cumule plusieurs programmes. En plus d’être pilote à temps plein en WEC et en Formula E, il est également pilote de réserve de Red Bull Racing et de la Scuderia Toro Rosso. Un emploi du temps chargé ?

« Le temps consacré à mon programme LMP1 a bien diminué puisqu’on fait 8 courses sur quasiment une année et demie, contre 9 en 7-8 mois les années passées. Ce sera plus rythmé quand on passera au nouveau format mais jusqu’à Sebring, on aura peut-être deux ou trois séances d’essais mais c’est tout. Le format est bon et ce n’est pas facile à mettre en place car il faut trouver un bon équilibre. En revanche, la saison se terminera au Mans en juin et il faudra ensuite enchainer avec le Prologue en juillet et la première course au mois d’août. »

La Super Saison reprendra ses droits dans quatre mois avec les 1000 Miles de Sebring. Comment envisagez-vous la course ?

« On a peut-être quelques appréhensions au niveau de la fiabilité car nous ne sommes jamais allés faire des essais là-bas quand Porsche et Audi en faisaient. Nous avons organisé un test début février donc s’il y a de gros problèmes, nous pourrons réagir. Personnellement, je me réjouis d’y aller. Même si l’infrastructure n’est pas top, c’est un bel endroit avec une très belle ambiance. »

Sébastien Buemi est sous contrat avec Toyota jusque fin 2019 et des négociations sont en course pour prolonger l’aventure.