Paul-Loup Chatin (IDEC Sport) : "Nous avons eu peur jusqu’à la dernière minute"

© Eric Fabre / IDEC Sport

Depuis 2013, Paul-Loup Chatin est un visage bien connu de la scène européenne et internationale de l’Endurance. Le jeune homme s’est construit un palmarès qu’il ne cesse d’étoffer avec deux titres en European Le Mans Series, en 2013 et 2014, mais aussi une troisième place des 24 Heures du Mans 2014 en LMP2, sans oublier la pole position LMP2 en 2018.

Après ses deux années fructueuses chez Signatech Alpine, suivies d’une saison chez Panis-Barthez Compétition, Paul-Loup Chatin a trouvé refuge chez IDEC Sport, au volant d’une Oreca 07.

L’un des événements marquants des 4 Heures de Spa-Francorchamps 2019 fut la sortie de piste du français, au volant de l’Oreca 07 #28, au sommet du Raidillon, lors des essais libres 2. Nous avons pris de ses nouvelles à la fin de son relais.

« Ça va ! J’ai juste un peu de mal à plier la jambe donc c’est compliqué de rentrer et sortir de la voiture mais une fois à l’intérieur, ça va plutôt bien, » nous a confié Paul-Loup. « C’était un gros choc, j’ai un gros hématome et quelques points de suture donc rien de grave. Comparé à ce qu’il s’est passé il y a trois semaines, j’ai beaucoup de chance ! »

Un très bon début de course d’ailleurs puisqu’il est remonté jusqu’à la deuxième place, non loin du leader, après s’être élancé depuis la 17e place …

« C’était un challenge personnel de monter dans la voiture aujourd’hui. Mon relais s’est bien passé, il faut tout de même relativiser, j’avais beaucoup de pilotes Silver devant moi. Cette remontée était nécessaire et mon objectif était de transmettre la voiture à Paul, puis Memo ensuite, dans les meilleures conditions. Je pense que c’est chose faite, on peut toujours faire mieux certes, mais je n’ai pas pris de risque. J’ai pris soin de pneus, ce qui m’a permis d’être efficace à chaque fois sur la deuxième partie du relais. Cela a plus ou moins payer. »

La course au titre LMP2 peut malgré tout continuer …

 « C’est l’objectif n°1 et c’est ce qui explique tous les efforts réalisés par toute l’équipe cette nuit. Ne pas courir ce dimanche aurait été un handicap dans la lutte pour le titre. Cela aurait été dur à encaisser pour moi puisque c’est moi qui étais dans la voiture et qui ai commis l’erreur. Cela aurait été terrible. »

« Comme disait Patrice Lafargue tout à l’heure, tous les points récoltés aujourd’hui sont des points bonus. Normalement nous n’aurions pas dû prendre le départ mais grâce aux efforts énormes de toute l’équipe, de Patrice aussi, nous avons pu prendre le départ. Nous avons eu peur jusqu’à la dernière minute d’autant que j’ai eu un problème d’accélérateur dans le tour d’installation. Nous avions une cartographie moteur avec un régime qui nous a permis de terminer ce tour même si j’ai eu peur de caler dans le Raidillon. La voiture est saine et on croise les doigts. Un podium permettrait de remercier toute l’équipe pour le travail fourni toute la nuit. »

Lorsque l’accident est survenu, tout le monde a repensé au drame tragique d’il y a trois semaines, Paul-Loup Chatin le premier …

« Oui clairement. Je me suis retrouvé au milieu de la piste après avoir rebondi dans le mur de pneus. Anthoine était un pilote que j’appréciais énormément, nous avons passé beaucoup de temps ensemble, en karting notamment, dans la même ville et je n’ai pas de mot pour expliquer cette tragédie. Pour être honnête, pour la première fois de ma vie j’ai eu peur en sport automobile. Dans l’impact, je pense que mes genoux ont tapé dans la colonne de direction et le volant s’est décroché. »

Est-ce que vous avez repensé à votre sortie de piste en course ?

« Tous les tours dans le Raidillon. On voit dans la vidéo que je la perds très tard. C’est une bosse qui m’a fait partir, c’est sans doute une petite faute de ma part mais elle n’est pas évidente. »

Paul-Loup Chatin (IDEC Sport) : "Nous avons eu peur jusqu’à la dernière minute"

© Jakob Ebrey Photography

Revenons plus globalement sur votre saison…

« Pour l’instant, c’est globalement une très bonne saison. Deux deuxièmes places, une cinquième place après un drive through et deux crevaisons à Barcelone, et enfin cette victoire à Silverstone, amplement méritée. Cette victoire nous tendait les bras et on devait gagner ! Nous terminons aussi en cinquième position au Mans, ce qui est un peu moins bien que nos espérances mais nous avons eu un problème technique durant toute la course, qui nous faisait perdre une seconde au tour. Ces résultats montrent qu’IDEC ne fait plus partie des outsiders mais qui joue les premiers rôles. Le niveau est très relevé et c’est un honneur de rouler avec tous ces pilotes au quotidien, et c’est encore plus sympa de les battre ! »

Paul-Loup Chatin mène de front sa carrière sportive et extra-sportive. Diplômé de Science-Po, il est consultant au sein du cabinet de conseil Bearing Point.

« Tous mes jours de congés sont consacrés au sport automobile. »

« J’ai énormément de chance d’être chez IDEC Sport qui m’offre l’opportunité d’être pilote professionnel et de poursuivre ma carrière extra-sportive. Le sport automobile est exceptionnel mais cela peut s’arrêter du jour au lendemain. J’ai à cœur de poursuivre une activité à côté qui me permet d’avoir l’esprit plus léger quand je pilote puisque dans tous les cas, le lundi je suis au travail. J’ai de la chance d’avoir Patrice Lafargue, qui met l’humain au centre de tout, qui comprend mes contraintes et qui fait tout pour m’aider, sans oublier Jean-Pierre Cartier, mon partner chez Bearing Point, qui est un passionné de sport auto, qui fait tout ce qui est possible pour que je puisse lier les deux. Ma seule volonté est de ne pas les décevoir. »

Le moins que l’on puisse dire est qu’il est très heureux au sein de l’équipe …

« Je me sens très bien chez IDEC Sport et la seule chose qui pourrait me faire quitter l’équipe serait une opportunité chez un constructeur, dans la nouvelle catégorie hypercar par exemple. Jamais je ne partirai de mon plein gré pour rejoindre une équipe concurrente du même niveau. Il ne faut pas oublier qu’en 2017, je n’avais plus de volant et c’est IDEC qui est venu me chercher, recommandé par Olivier Panis, Jean-Claude Ruffier et Patrice Lafargue. C’est grâce à ces trois personnes que je suis là aujourd’hui et je leur dois beaucoup ! C’est une véritable famille. »

Et qu’il est en passe de continuer l’aventure, sur la scène européenne ou pourquoi pas sur la scène internationale …

« Ce que je sais c’est que, normalement, je porterais les couleurs d’IDEC Sport Racing. ELMS ou WEC, je ne sais pas encore. L’objectif de l’équipe est de gravir les échelons, sans se brûler les ailes. Patrice est une personne très humble et il sait qu’il faut y aller étape par étape. S’il y a une opportunité d’aller en WEC, nous irons, sinon nous resterons en ELMS, ce qui est également très bien quand on voit le niveau. On se bat tous les week-ends avec G-Drive, qui est la référence pour moi, et je pense qu’on ne fait pas pâle figure à côté. »

A l’issue du week-end, IDEC Sport concède désormais 13 longueurs de retard sur G-Drive Racing. Tous les espoirs sont permis pour la finale à Portimao.