Après 25 ans de compétition, Pascal Tortosa est l’ingénieur course de Jean-Eric Vergne en Formula E avec 2 titres à la clef. Il est aussi formateur à l’École de la Performance de Nogaro. Fort de ces deux points de vue, celui du formateur et celui du recruteur, il nous explique pourquoi les ingénieurs issus de la spécialisation Performance Engineering de l’École de la Performance sont très prisés par les teams.

Quel est votre parcours en compétition ?

Ma formation de départ n’avait rien à voir avec le sport automobile, puisque je sors de l’École des Mines d’Alès. Mais je suis rapidement “tombé” dans la compétition. Je la pratique depuis 25 ans, j’ai fait à peu près toutes les disciplines circuit existantes, hormis la F1. Et avec un titre à la clef chaque année. Je suis actuellement chez DS Techeetah, et 2 titres remportés avec Jean-Eric Vergne lors des 2 dernières saisons. Je suis l’ingénieur course de Jean-Eric, c’est-à-dire son interlocuteur direct pendant les meetings.

Et vous êtes formateur à l’École de la Performance  ?

Oui, depuis 2000. Ça a été un peu en dents de scie en fonction de mes différents calendriers de courses. Après une grosse période d’indisponibilité, je suis revenu à l’École et nous avons convenu avec Thierry Fornerod qu’il fallait que la formation de nos ingénieurs aille plus loin que la pratique des stages. Il fallait leur faire toucher de vraies voitures de course, et ça le plus tôt possible avant leur départ en stage. Nous avons donc mis sur pieds des journées de roulage, que j’ai animées jusqu’à ce que la Formula E me prenne un peu plus de temps.

Quel sont les objectifs de ces journées de roulage ?

Il s’agit pour les ingénieurs de faire réellement rouler l’auto, comme en course. On aurait pu s’en passer, et se contenter d’études de cas basées sur l’analyse de datas que j’aurais amenées. Mais ce qui est important c’est qu’ils comprennent et qu’ils maîtrisent tout ce qu’il y a autour de la séance de roulage. Notamment en amont, avec toutes les petites choses indispensables pour que la séance puisse avoir lieu. Comme les pneus montés, l’essence, l’extincteur, les capteurs installés sur la voiture, … Tout ça paraît simple, mais on n’est pas forcément capable de tout prévoir sans une certaine pratique du sport automobile.
On s’est rendu compte qu’ils travaillent tranquillement, jusqu’à 2 semaines du roulage, avec des horaires normaux. Et puis dans les dernières journées c’est le rush pour finir de préparer, par manque d’anticipation. Et là, ça se termine à minuit. Ça leur permet de se rendre compte qu’ils ne se sont pas organisés, comme c’est d’ailleurs souvent le cas dans une équipe de course débutante. Mais c’est toujours bon de le vivre au moins une première fois avant d’arriver en stage dans un team.

Comment se déroule la journée elle-même ?

Je les mets en situation. Ils ont une Formule Renault à faire rouler, et doivent organiser eux-mêmes une vraie journée de roulage, seuls. Je n’interviens pas, sauf pour vérifier qu’aucune de leurs décisions ne met en danger leur sécurité. Pour le reste, je les laisse volontairement se planter, pour qu’ils voient concrètement ce qu’est l’organisation d’une telle journée. Et le jour J, il faut que la voiture roule quasiment à plein temps. Normalement à la fin de la 1ère demi-journée, chacun a tenu tous les rôles et s’est pris dans la figure tous les problèmes. Chaque roulage représente une journée complète, et on en a 2 ou 3. Les progrès sont importants de l’une à l’autre. Et du coup leur taux de stress ne sera plus le même quand ils devront faire la même chose durant leur stage. Ça ne sera plus nouveau pour eux.

Parlez-nous de la spécialisation Ingénieur de l’École, et de ses points forts.

A la sortie d’une école d’ingénieurs, aussi bonne soit-elle, on est scolaire. On n’est pas prêt pour la vie active. J’ai employé dans mes équipes des stagiaires de grandes écoles, comme Supaero. On a affaire à des gens qui ont un niveau théorique très élevé, mais qui ne sont pas adaptés au terrain et à l’organisation. Alors que dans le cas de l’École de la PERFORMANCE, le positionnement dans l’année de la spécialisation Performance Engineering permet aux ingénieurs de faire une saison complète dans un team. Ce qui constitue évidemment pour eux une expérience très valorisante. Auparavant, l’École les a déjà formés sur de nombreux aspects pratiques, on en a parlé. Et les a aussi préparés au rythme de travail de la compétition. Ce qui fait qu’on a déjà détecté ceux qui sont faits pour ce métier, et qui sont prêt à passer 200 jours par an loin de chez eux.

C’est en ça que les ingénieurs de l’École sont recherchés par les équipes ?

La valeur des ingénieurs de l’École de la PERFORMANCE est très reconnue dans le milieu de la compétition, c’est un peu un phénomène “à tiroirs”. On a d’abord une formation au spectre très large, avec des ingénieurs qui en sortent plus matures, et qui ont fait rouler des voitures par eux-mêmes. Du coup, ils sont déjà opérationnels quand ils arrivent dans une équipe, et leur maître de stage peut donc leur donner autre chose que des tâches de base. Il peut les mettre directement sur un poste datas, pour faire par exemple du driving avec un pilote ou des choses comme ça. Ce qui revient pour l’équipe à récupérer dans son staff un véritable ingénieur de plus, qui ne coûtera que sa nourriture et quelques frais, c’est très intéressant pour une équipe. Ça fait vraiment la différence. Mettre des sous sur quelqu’un qui n’a pas d’expérience, ça n’intéresse pas les équipes.

Et au final le stage est plus “vendeur” …

Bien sûr ! Comme l’ingénieur est opérationnel dès son arrivée dans l’équipe, son stage est forcément plus “terrain”, et donc bien plus formateur. Et un stage de cette nature et de ce calibre, qui couvre toute une saison, à la sortie de la formation ça sera bien plus attrayant pour les teams qui recrutent. Ce qui augmentera encore la valeur des stagiaires qui arrivent sur le marché. Donc leurs chances de trouver des postes derrière, et de continuer dans le milieu de la course. C’est vraiment ce qui fait la différence par rapport aux autres formations, y compris celles des très bonnes écoles d’ingénieurs. Et je peux vous dire que c’est un dispositif qui fonctionne vraiment très bien.

Par ailleurs, qu’en est-il du module “électrique” ?

C’était une demande de longue date de Thierry. Mais ça n’était pas possible car les technologies utilisées étaient très différentes d’un constructeur à l’autre. Le simple fait d’en aborder une m’aurait amené à faire sortir des informations et trahir des secrets. Ou alors il fallait s’en tenir à des banalités, ce qui n’était pas satisfaisant.
Aujourd’hui les solutions techniques ont commencé à converger. Et on est à un moment où le gros tronc commun va pouvoir être valablement étudié en détails, sans rester dans des généralités ni révéler des secrets. Le module devrait voir le jour pour la session 2019/2020, je pense sur une durée d’une semaine. Dans un premier temps il sera théorique. Nous avons envisagé de récupérer des voitures Gen1 (*) pour la formation. Mais l’organisateur compte les réutiliser, ce qui les met hors de portée budgétaire pour une école.

Retrouvez tous les détails sur la spécialisation Performance Engineering dédiée à tous les ingénieurs.
Prochaine session : du 12 octobre 2020 au 17 septembre 2021.
Dates de sélection : www.ecoleperformance.com/dates-des-selections/.
Plus d’infos sur contact@ecoleperformance.com ou au 05 62 08 88 83