2020 verra l’arrivée de la nouvelle génération des LMP3, cinq ans après la création de cette catégorie par l’Automobile Club de l’Ouest. Comme les trois autres constructeurs (Duqueine, Ginetta et Adess) sélectionnés par le législateur, Ligier Automotive a présenté publiquement son prototype, la Ligier JS P320, le vendredi 14 juin, dans le cadre des 24 Heures du Mans.

La JS P320 succède donc à la JS P3 qui a connu un succès retentissant en raflant quasiment tous les titres LMP3 depuis 2015. Rencontre avec Olivier Jansonnie qui a supervisé la direction technique du projet JS P320.

En quoi consiste votre rôle au sein de ce projet ?

« Cela consiste à coordonner le développement de la voiture, » nous a indiqué Olivier Jansonnie. « J’ai rejoint Ligier en janvier et une partie du projet avait déjà commencé notamment au niveau des études aéros. Le but était donc de finaliser les choix aérodynamiques, en nous assurant que nous faisions les bons, et de gérer le planning de production jusqu’à la mise en piste qui a eu lieu ces derniers semaines. »

Avant de rentrer dans les détails, revenons sur l’esprit de la règlementions 2020.

« Il s’agit en réalité d’un kit qui vient se greffer sur la voiture existante. L’objet n’était donc pas de refaire une voiture complète mais de réaliser une évolution de la version actuelle. Ce kit d’évolution est encadré par le législateur qui en a fixé le prix. C’est à nous de choisir ce qui est opportun de développer. On se base ainsi sur les forces et les faiblesses du modèle actuel pour développer cette évolution. Dans la partie du développement aérodynamique, qui avait largement été engagée avant mon arrivée, le but était de garantir une évolution substantielle de la performance tout en minimisant les changements à apporter pour respecter l’enveloppe budgétaire. »

© Jérôme Contou / Underground Pictures

Les premières images du prototype deuxième génération ont été publiées début juin. On a ainsi pu remarquer qu’une attention particulière a été portée sur l’aérodynamisme.

« Plusieurs raisons expliquent cela. Tout d’abord, la voiture datait de 2015 et il y avait la volonté et un besoin de rafraîchir le look. Clairement, un concurrent, qui est arrivé après nous, a pu profiter de facteurs qui n’étaient pas pris en compte en 2015 comme l’arrivée de Road To Le Mans. La voiture de 2015 souffrait sur les circuits dit à faible appui, typiquement au Mans, malgré l’option aéro que nous avions proposée. C’est donc un aspect que nous essayons de corriger. La finesse aérodynamique et notamment la vitesse de pointe faisaient partie de nos priorités. A côté de cela, nous avons aussi pris en compte les remontés de nos clients et nous avons essayé de les intégrer au développement. »

Depuis quand travaillez-vous sur le projet ?

« Le règlement est en gestation depuis la fin de l’année 2018. Parmi ce que nous avons à développer, nous devons certes faire des choix, mais nous avons aussi des points imposés. C’est le cas par exemple du kit safety pour augmenter le niveau de sécurité. Il prévoit notamment l’introduction de panneaux latéraux anti-intrusion, des appuie-têtes renforcés, mais aussi des normes de crash également différentes. On doit donc déjà soustraire ce qu’on doit faire de notre périmètre d’action. »

Les retours des clients ont bien entendu compté dans le développement.

« Exactement. Il y a ce que nous avons identifié par rapport à ce que nous savons de la voiture, de ce que nous connaissons de la concurrence et puis aussi les retours de nos clients. Par exemple, ils ont souhaité une évolution au niveau des suspensions et nous les avons écoutés. »

Comment avez-vous d’ailleurs organisé ce développement ?

« Le plan de développement suit les différents jalons marqués par l’ACO. Il y avait un jalon extrêmement important qui était le dépôt des surfaces CAO au 1er juin. Ce qui signifie que le législateur connait toutes les voitures extérieurement parlant. Il y a encore différents aspects sur lesquels ont peut travailler pour adapter le prototype aux différents circuits, mais les formes générales doivent être connues. La voiture a roulé pour la première fois au mois de mai. Elle est depuis en test de validation, et ce jusqu’à la fin du mois de juillet. L’homologation finale est prévue fin juillet, avec une inspection prévue quelques jours plus tard. »

© Jérôme Contou / Underground Pictures

Quelques éléments visuels ne sont pas sans rappeler la Ligier JS P217 …

« Oui comme la glace de phare par exemple. C’est un élément visuel qui permet d’établir un lien de filiation avec la P2. Plutôt que de transposer des pièces, nous nous inspirons plutôt de l’expérience d’ingénierie qui nous permet d’être mieux armés puisque nous avons déjà vu le problème ailleurs. »

Pour 2020, les quatre constructeurs sont sur la même grille de départ. La JS P320 ne bénéficie donc pas de l’avantage qu’avant la JS P3 en arrivant la première en compétition.

« C’était un avantage au départ qui s’est transformé en inconvénient sur la fin. Dans un projet comme cela, on souhaite une compétition technique et sportive la plus juste possible. En recommençant de la sorte avec des règles connues par tous, c’est la solution la plus équitable selon moi. Nous verrons ce que tout le monde a fait avec ce lot de règles dans quelques mois. »

La JS P320 sera en lice en European Le Mans Series, Michelin Le Mans Cup, Ultimate Cup Series et Asian Le Mans Series l’année prochaine. Graff nous a récemment indiqué qu’elle allait bientôt passer commande d’une Ligier JS P320. Team Virage compte également faire l’acquisition du prototype LMP3 deuxième génération.