Olivier Beretta est l’un des pilotes les plus expérimentés du plateau du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA. Âgé de 48 ans, le monégasque compte 23 participations aux 24 Heures du Mans et est route vers sa 24e. Le sextuple vainqueur de la classique mancelle nous a accordé un entretien le week-end dernier, à Monza, lors des Ferrari Finali Mondiali.

Olivier dispute la Super Saison 2018-19 du FIA WEC au volant de la Ferrari 488 GTE #70/MR Racing, qu’il partage avec Motoaki Ishikawa et Eddie Cheever III. Revenons sur le début de l’année …

« Personnellement, je suis ravi car je reviens rouler au Mans chaque année depuis pas mal de temps. C’est une belle expérience de rouler en LMGTE Am et c’est fantastique à l’âge que j’ai de rouler avec une voiture et une équipe compétitive. Eddie est une jeune pilote très rapide. Moto a fait d’énormes progrès depuis qu’il a débuté. Il roule au volant d’une F1, il a aussi roulé en F3 au Japon ainsi qu’en Blancpain GT Series. Il a attaqué le WEC cette année. C’était son rêve de pouvoir participer aux 24 Heures du Mans. L’objectif cette année était de finir la course ce qui est déjà pas mal pour quelqu’un qui ne l’a jamais disputée. Nous avons eu un peu de malchance, on a eu un problème avec un pneu à Fuji et maintenant nous préparons Shanghai. »

© Willy Chanteloup / Endurance24

Les 6 Heures de Fuji se sont rapidement terminées pour le trio. Le pneu arrière droit de la Ferrari a explosé dans ligne droite alors que Motoaki Ishikawa était au volant.

« Je ne sais pas vraiment ce qu’il s’est passé mais nous n’étions pas les seuls à avoir des problèmes là-bas. »

En plus de compter 23 participations aux 24 Heures du Mans, Olivier Beretta a un palmarès magnifique dans la Sarthe avec six victoires et onze podiums.

« J’adore Le Mans ! J’y suis allé la première fois en 1995, avec Courage, mais nous avons été disqualifiés à l’issue des qualifications à cause de la non-conformité du poids de la voiture. C’est une épreuve que j’adore et que je n’ai jamais manqué depuis. Je l’adorais déjà avant mais j’étais concentré sur la monoplace et puis j’ai découvert l’endurance après. Chaque édition du Mans est différente. Tu peux le faire une fois, dix fois ou même vingt fois, ce ne sera jamais la même chose et dans mon cas, la 23e a aussi été différente. C’est une course magique qu’il faut prendre heure par heure. Notre objectif est de monter sur le podium avec Moto dans le cadre du programme. Le premier a été atteint, nous allons maintenant travailler sur le deuxième. »

Les Ferrari 488 GTE sont régulièrement en retrait par rapport aux Porsche notamment. Le pilote de la firme italienne met clairement en cause la Balance de Performance.

« Le problème c’est que la BoP n’avantage pas forcément la meilleure voiture. Au contraire, si tu as la meilleure voiture, tu es handicapé. Tu disputes l’épreuve la plus importante de l’année, la victoire devrait revenir à la meilleure voiture et au meilleur équipage, et en réalité ce n’est pas le cas. Nous n’avons pas de vitesse de pointe, notre BoP est lamentable et ce n’est pas juste. Ce n’est pas normal qu’une voiture qui est, sur le papier, moins performante que la nôtre, puisse gagner. Quand tu es en ligne droite en 6e et que tu te demandes deux fois si tu n’es pas en 5e, c’est qu’il y a un problème. Au freinage et dans les virages, nous sommes mieux mais on se fait déposer en ligne droite. Il faut arrêter de faire du politiquement correct et dire ce que les gens ont envie d’entendre, c’est inacceptable et inadmissible. »

Quel est l’objectif pour la suite de la Super Saison ?

« L’objectif est bien sûr le podium mais quand tu vois des courses comme Fuji où il y a 10 km/h de différence avec les autres … Il faut le dire haut et fort, on ne peut pas faire gagner des voitures qui sont à la base moins performante que les autres. L’exemple est peut-être stupide mais tu disputes la Coupe du Monde de football, la meilleure équipe doit gagner et les autres doivent s’entraîner pour être au niveau mais tu ne leur enlèves pas le gardien et les défenseurs. »

Quel regard portez-vous sur votre longue carrière ?

En F1 …

« Je me rends compte qu’à 48 ans j’ai encore la chance de rouler dans des équipes top, un championnat top et je me considère comme quelqu’un de chanceux. Je ne pense pas qu’à l’époque où j’ai commencé le karting, j’aurais dit oui si on m’avait dit que je piloterais toujours au Mans à 48 ans. J’ai une autre activité en plus puisque je roule régulièrement dans des Formule 1. J’ai connu beaucoup de disciplines et beaucoup de voitures. La première F1 que j’ai pilotée était une Lotus en 1990, j’ai ensuite roulé en 1993 avec la Larousse, en 1994 j’ai fait quelques Grand Prix. J’ai quitté le plateau et j’ai repris en 1999 et je suis resté jusqu’en 2006 pour Michelin, en utilisant la Williams de 2002 à 2004. J’ai une vue d’ensemble de pas mal de catégories. Maintenant je roule dans d’autres F1, dans le cadre du Ferrari F1 Clienti. C’est un autre travail. Cela me permet de voir l’évolution des règlements et des voitures alors que chez Williams c’était beaucoup plus de travail. J’ai roulé avec la Ferrari de Gilles Villeneuve, Mansell, Prost, Berger, Barrichello, Alonso, Massa et pratiquement toutes les voitures de Schumacher. »

En endurance …

« J’ai connu plusieurs facettes. Des voitures où il n’y avait pas d’assistance, pas de traction control, des boites manuels et des circuits plus dangereux. Le Mans a fait d’énormes progrès au niveau de la sécurité et il faut leur tirer le chapeau pour ça. Ils essayent d’évoluer et c’est bien. En revanche, il faut que ceux qui font le règlement se rendent compte que cela ne va pas ! On ne peut plus avoir des courses où certains se cachent pour avoir une BoP favorable et que des vieilles autos continuent de gagner. »

Parmi ses nombreuses expériences, Olivier Beretta a aussi eu l’occasion de piloter en Blancpain GT Series.

« Je trouve que Stéphane Ratel a fait un beau championnat. Je l’ai connu durant les années BPR et il a toujours eu des idées différentes des autres. Dans son milieu, je trouve qu’il a réussi à faire quelque chose de bien et de sérieux. La BoP des Blancpain GT Series est bien faite puisqu’on arrive à avoir des voitures très proches les unes des autres. Il essaie sans arrêt d’apporter une pierre à l’édifice comme notamment la FIA GT Nations Cup à Bahreïn et ce serait bien que ce soit ouvert aux pilotes Gold et Platinum. Depuis 1995, il n’a cessé de progresser. »

Ferrari est le seul constructeur à proposer à ses clients de piloter des anciennes Formule 1 sur les plus beaux circuits du monde dans le cadre du programme F1 Clienti.

« Ferrari a réussi à créer un programme qui est fantastique. Cela permet à des gens qui ont réussi dans leur vie de connaitre les sensations au volant d’une F1 qu’ils ont regardé pendant des années à la télévision. Ils ont l’opportunité d’aller à Monza, Spa, Suzuka et je pense que c’est super. »

La transition entre la Formule 1 et l’endurance s’est faite naturellement ?

« Non mais à un moment tu n’as plus le choix ! J’étais en F1, l’équipe était bien mais n’avait pas d’argent. Gérard Larousse a fait qu’il pouvait avec ce qu’il avait. Je suis content et reconnaissant de l’opportunité que j’ai eue même si j’aurais bien aimé continuer. La voiture était ce qu’elle était et malgré cela j’ai terminé plusieurs fois dans le top 10 et faire mieux que la septième place était quelque chose de compliqué. J’ai terminé 8e à Monaco, 7e à Hockenheim mais à l’époque on ne marquait des points qu’à partir de la sixième position. Travailler avec Michelin était une belle expérience d’autant plus qu’à l’époque il n’y avait pas de problème de budget. J’ai roulé les meilleures années avec la Williams. »

© Richard Dole / LAT Photo USA

Quels bons moments de votre carrière retenez-vous en Endurance ?

« La victoire à Daytona au général. La bagarre entre la Viper et la Corvette à une époque où il n’y avait pas de BoP. La période avec Oreca et Hugues de Chaunac a été très belle et c’est d’ailleurs lui qui a sauvé ma carrière car j’étais à pied à ce moment-là. Nous avons connu de belles histoires et belle victoire ensemble. Il y a eu les années proto après au Mans, puis les années Corvette et enfin Ferrari. Franchement, j’ai eu de la chance de côtoyer de supers coéquipiers, d’être dans des voitures victorieuses, dans des équipes performantes et j’ai tout de même fait 11 podiums en 23 participations. »

Un palmarès aussi remarquable de l’autre côté de l’Atlantique. Il a notamment remporté les 24 Heures de Daytona au général en 2000 mais aussi plusieurs titres américains. Seriez-vous intéressé pour y retourner ?

« Quelques courses oui mais je ne veux pas d’un programme qui m’oblige à faire les aller et retours deux fois par mois. Les Etats-Unis ont été une belle expérience mais je suis bien content d’être chez moi. Cela ne me manque pas et j’ai bien fait de partir en 2011 pour découvrir autre chose en 2012 avec Ferrari. Ils avaient besoin de pilotes et moi j’avais besoin de changement. Je suis très content d’être là où je suis et je finirai ma carrière chez Ferrari. »