Des débuts en sport automobile encourageants pour Patrice Sulpice, pilote paraplégique

© Hugues Laroche

Peu de sports peuvent se targuer d’avoir des directeurs d’équipes et des pilotes en situation de handicap, évoluer en compétition avec des pilotes valides. Cela nous rappelle, s’il en est besoin, que le sport automobile est aussi une affaire de valeurs et d’aventures humaines.

Frédéric Sausset, grâce à son parcours et son exploit exceptionnel en 2016, a ouvert une voie pour les pilotes handicapés. La Fédération Internationale de l’Automobile a d’ailleurs lancé une nouvelle signalétique et une section dédiée sur son site internet pour les compétiteurs handicapés.

Des débuts en sport automobile encourageants pour Patrice Sulpice, pilote paraplégique

© Hugues Laroche

Vingt-quatre ans après une chute qui l’a rendu paraplégique, l’ancien cycliste savoyard Patrice Sulpice a fait ses débuts en sport automobile ces dernières semaines, en Ultimate Cup Series. Grâce au soutien de Patrick Barbier, team principal de Cool Racing, Patrice Sulpice a piloté une Mitjet 2L adaptée à son handicap à Magny-Cours et au Castellet.

« Depuis mon accident aux Championnat du Monde 1995, alors que j’étais numéro un mondial de sprint, il y a eu tout un cheminement pour surmonter le handicap et en arriver là aujourd’hui, » nous a confié Patrice Sulpice. « J’ai toujours gardé la fibre du sport même si j’ai laissé cette partie-là de côté ; la priorité était alors de me reconstruire. Les années sont passées très vite, j’ai ensuite retrouvé goût au sport et je me suis lancé en handisport. Un jour, j’ai été invité au Mans, pendant les 24H, par Porsche, au Porsche Experience Center, la même année que la participation de Frédéric Sausset. Je me suis dit waouh et Frédéric m’a donné envie de le faire. Depuis, j’ai fait des rencontres, dont Patrick (Barbier) et le projet s’est mis en place. »

 

Des débuts en sport automobile encourageants pour Patrice Sulpice, pilote paraplégique

© Hugues Laroche

Votre objectif est d’atteindre les 24 Heures du Mans, en 2024 ?

« C’est une échéance. Je sais qu’il y a des étapes à franchir. Chaque voiture, que ce soit une Mitjet ou une LMP, doit être adaptée différemment en fonction du handicap. J’ai commencé sur l’Audi R8 de Frédéric, que j’avais loué, et l’expérience m’a plu. »

Il a donc fallu adapter la Mitjet. Le volant est pourvu d’un anneau accélérateur tandis que le freinage s’effectue en poussant une manette sur l’avant. De plus, afin d’éviter que les jambes de Patrice bougent, une coque a été moulée et des sangles ont été installées. Embarquez d’ailleurs à bord de sa Mitjet, grâce aux images tournées par Hugues et Victor Laroche, où on peut voir le pilote en action :

Pour sa première expérience à Magny-Cours, Patrice a découvert une piste très humide et des conditions très délicates. Malgré une sortie de piste le jeudi matin, il est aussitôt remonté dans la voiture l’après-midi et a pu prendre du plaisir.

Comme Frédéric Sausset ou Alessandro Zanardi, pour ne citer qu’eux, Patrice véhicule également un message.

« Rien n’est impossible et le handicap ne doit pas être un frein. C’est une difficulté, certes, mais ce n’est pas un obstacle insurmontable. Frédéric Sausset, Alessandro Zanardi, Nigel Bailly, Snoussi Ben Moussa et Takuma Aoki nous montrent bien que malgré les terreurs et les difficultés que la vie nous impose, elle ne s’arrête pas pour autant. »

Une collaboration avec Fred Sausset et sa structure est envisageable ?

« Pourquoi pas, bien sûr. Je ne suis qu’au début de l’aventure et je suis ouvert à tout. Je ne suis pas issu du milieu du sport automobile et j’ai beau avoir des envies, j’ai besoin de personnes autour de moi pour me cadrer et m’orienter. »

Des débuts en sport automobile encourageants pour Patrice Sulpice, pilote paraplégique

© Hugues Laroche

Il y a le travail effectué en piste mais aussi et surtout la préparation physique quotidienne…

« C’est très physique d’être derrière un volant et je m’entraîne trois fois par semaine avec un coach sportif en plus de mon travail quotidien. Dès que je me lève le matin, je fais une séance de yoga et ensuite, je m’installe dans mon fauteuil, avant de déjeuner, et je fais un kilomètre en fauteuil. La journée suit son cours et le soir, je me consacre une heure à être debout dans un fauteuil verticalisateur pour les os et je fais également une heure de ‘’balançoire’’ pour la circulation du sang. »

Lors de la finale de l’Ultimate Cup Series, sur le Circuit Paul Ricard, Patrice Sulpice s’est offert une deuxième place face aux huit pilotes en lice !